Lecture / Ecriture
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Bord de mer de Véronique Olmi

Véronique Olmi
  Bord de mer
  Un si bel avenir
  Sa passion
  Numéro Six
  Le Premier amour
  La nuit en vérité
  La promenade des Russes
  Une séparation
  Cet été-là

Véronique Olmi est une écrivaine française née à Nice en 1962.

Bord de mer - Véronique Olmi

En perdition
Note :

   Pour la première fois de leur vie, une mère emmène ses deux enfants au bord de la mer.
   
   Ainsi, ce livre aborde un sujet bien banal. Pourtant, très vite, le lecteur plonge dans une atmosphère sombre qui ne ressemble en rien à ces clichés réjouissants de plages ensoleillées, de jeux de sable et de mer d’huile. Tout d’abord parce que leur départ ressemble plus à une fuite qu’à des vacances organisées puisqu’il se décide en pleine période scolaire dans un mois de novembre brumeux et invariablement pluvieux. Puis, la mer qu’il découvre se présente à eux uniquement sous ses mauvais jours : elle est brunâtre, déchaînée, continuellement en colère. Ils échouent aussi dans la chambre exiguë d’un hôtel miteux avec comme unique trésor une boîte d’économies ne contenant guère plus qu’une cinquantaine de francs.
   
   Après avoir déambulé dans ce décor lugubre et hostile, ils vont “s’offrir”, en contraste, les lumières multicolores et les joies d’une fête foraine. Ils pénètrent un lieu de Vie animé de musiques, d’odeurs édulcorées qui les transportent dans un univers empli de rires et de douceurs jusqu’à épuisement des quelques pièces de monnaie qui restaient. Là, l’angoisse des personnages qui ne peuvent que regagner l’obscurité s’empare aussi intensément du lecteur qui perçoit encore plus le drame qui se profile…
   
   Sans compassion ni fioriture, dans une écriture épurée jusqu’à en avoir supprimé certaines ponctuations, Véronique Olmi dépeint la solitude incommensurable d’une détresse sociale. Ce livre nous entraîne dans une descente sans espoir avec cette mère désorientée, traquée par des démons intérieurs et qui ne parvient plus à avancer dans cette société indifférente qui lui a toujours échappé. Elle est poursuivie par la honte de n’avoir jamais pu donner à ses enfants une vie comme les autres et elle n’arrive plus à sauver les apparences.
   
   Ce premier livre, noir, très noir, de l’auteure est extrêmement puissant et bouleversant à en couper le souffle. Il est un terrible cri jusqu’au tout dernier mot et il résonne longtemps encore après avoir tourné la dernière page.
    ↓

critique par Véro




* * *



Plus jamais le froid…
Note :

   Les moyens n’y sont pas, le cœur pas vraiment non plus. Mais elle y croit, elle veut y croire quand elle leurs dit que ce départ signifie « vacances ». Stan et Kévin, ses deux petits garçons n’ont jamais quitté la cité, ils y vivent seul avec leur mère….Ce départ soudain, cette cuisine qu’on abandonne rend soucieux Stan, l’aîné….En plus demain il y a école, ce ne sont pas les vacances. Mais ce soir, on prend le bus, au milieu d’inconnus, pour l’inconnu. Il fait nuit, il pleut, il fait froid. Le dernier billet de cent servira à payer les places. Après, ce sera l’hôtel. Pas vraiment ce qu’imaginaient les enfants. Un hôtel, ça brille de mille feux, c’est les grands tapis rouges, les fleurs….Là c’est plutôt vide de tout. C’est très sombre, tout est marron, du sol au plafond…On s’y croirait seul, perdu au bout du monde. La chambre est au sixième. Un lit, une porte qui ne s’ouvre qu’à moitié, une fenêtre. Les sanitaires, sales et puants sont au bout du couloir….
   
   L’apothéose doit être pour le lendemain. C’est que maman ne les emmènent pas n’importe où en vacances. Le lendemain, c’est la mer….Mais pas de chance, il pleut toujours. Tout est gris, froid. Et comme à l’hôtel, le sentiment de déception se fait sentir…La mer a la couleur du ciel, ou plutôt serait-ce le contraire ? On ne sait plus.
   
   Mais ces vacances doivent être réussies, Stan et Kévin doivent être heureux….Et maman y veillera….
   
   Il est des livres qui, une fois finis, donnent l’impression de ne plus vouloir se refermer. Jamais. Tout le texte suinte de cette souffrance trop longtemps accumulée, comme une blessure, une mauvaise plaie qui ne voudrait pas cicatriser. Le titre lu, la couverture tournée, vient alors un cri, un cri de désespoir. Il est infini. Comme une main tendue qu’on ne pourrait attraper trop occupé à se boucher les oreilles, tellement ce cri, cette souffrance, par sa puissance nous est insupportable. On ne voudrait jamais atteindre la dernière page, on se dit qu’on ne pourra y arriver, trop dur….Tout est trop fort, trop pesant. Les mots, les sentiments, les couleurs, les odeurs….Tout ce qui émane de ces pages, n’est là que pour nous entraîner dans un abîme, où la souffrance guette, sournoise elle attend sa proie. Et comme une caresse, qui vous endort, pour mieux vous soumettre, vous brise….Net….
   
   Il est des livres dont on ne sort jamais indemne…dont on ne sort jamais vraiment.
   ↓

critique par Patch




* * *



Des larmes, à l’image d’une pluie tenace
Note :

   Une ville, quelque part, au bord de la mer. De la pluie, en continu, qui raye le paysage et rend confus le dehors. Une mère, qui veut offrir à ses deux enfants chéris, Kevin, 5 ans et Stan, 9 ans, le bonheur de vacances au bord de la mer. Mais la mer ne semble pas vouloir offrir à cette famille la douceur de ses vagues et le ciel, obstinément, dérobe sa lumière bleutée et paisible. Les éléments se déchaînent jusqu’à cette fête foraine où seules les étoiles semblent renvoyer à la maman la lumière de la réalité.
   
   Un livre choc, poignant, dès le départ, même si je ne connaissais pas la fin du voyage.
   
   La maman prend la parole, du début à la fin, pour dire, avec ses mots de mère à la dérive, le voyage qu’elle a décidé d’entreprendre avec ses deux fils, Kevin et Stan. Dès le début, le lecteur sent cette dérive, cette faille maternelle, à travers quelques mots qu’elle pose, ici ou là. Voici ceux qui m’ont le plus marquée et touchée:
   « Kevin voulait que je prenne ses jouets aussi, mais j’ai pas voulu, je savais bien qu’on allait pas jouer. » (p. 11)
   
   Elle dit la joie d’une mère qui souhaite offrir un moment de bonheur à ses enfants qui n’ont jamais quitté la cité et n’ont jamais vu la mer. Elle dit aussi, en creux, l’inquiétude qui la saisit à cette perspective, la peur qui lui assèche la bouche, le nœud qui serre son ventre. Kevin semble le plus content. Déjà Stan pressent l’issue de ce voyage qui résonne, pour lui, non du côté d’un espoir, mais d’une nouvelle manifestation de bizarrerie de sa mère à laquelle il semble coutumier.
   
   La pluie envahit la ville. Jamais cette dernière n’est nommée, ni même la mer. Déjà, l’irréel a surgi. Un hôtel sordide abrite leur chambre, au sixième et dernier étage. Les chambres voisines sont-elles occupées? Y a-t-il des humains autour d’eux? L’hôtel semble tantôt vide, tantôt plein, mais il angoisse la famille. La montée des marches est bien souvent anxiogène, tout comme la descente. Véronique Olmi décrit à merveille le vécu d’une crise d’angoisse par la mère: soudain le réel s’effrite.
   « J’ai descendu ces escaliers, la brume m’entourait un peu plus à chaque étage, je loupais des marches, je les voyais plus bas qu’elles étaient, c’était une petite chute à chaque fois, pareille aux trous d’air dans les rêves.» (p. 69)

   
   Mais le plus marquant, le point de rupture de l’histoire qui amène au final douloureux, est constitué par l’épisode de la fête foraine. Les mots de cette maman montrent combien elle bascule vers l’irréel:
   « Dans les lumières blanches de la grande roue le ciel devenait tout pâle, je savais que tout autour c’était la nuit, rien que la nuit à des kilomètres à la ronde. Et le silence. Moi, j’étais dans un petit point furieux, avec du noir tout autour, j’étais une étoile, vieille et toujours là, vieille et pleine de feu. J’étais lancée dans le ciel, je me tenais à rien mais tout se tenait autour de moi, j’étais comme dans des bras.» (p. 95-96)

   
   Le final, que cet épisode m’a permis de pressentir, m’a semblé terriblement long et douloureux. Des larmes coulent sur le visage du lecteur, à l’image de cette pluie continuelle, au dehors. Véronique Olmi nous invite à entrer dans la tête de la maman pour essayer, non de cautionner, mais de comprendre son acte. En même temps, je me suis mise à la place de ses deux enfants endormis dans une paix trompeuse. L’ultime phrase, le hurlement d’une mère dans le silence d’une chambre d’hôtel, semble encore plus tragique: on quitte «Bord de mer» avec, au creux des oreilles, un cri de détresse immense: le doux bruit des vagues que pouvait laisser promettre le titre apparaît alors bien trompeur…

critique par Seraphita




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