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Le retour de Jim Lamar de Lionel Salaün

Lionel Salaün
  Le retour de Jim Lamar

Lionel Salaün est un écrivain français né en 1959.

Le retour de Jim Lamar - Lionel Salaün

Sur les rives du Mississipi, une amitié improbable
Note :

   A vingt ans, Jim Lamar quitte la ferme familiale de Stanford pour aller combattre au Vietnam. Nous sommes en 1968. La guerre finie, Jim ne revient pas au pays. Ses parents sombrent dans le chagrin. En 1975, meurt le père de Jim Lamar. Puis c’est au tour de sa mère de s’éteindre en 1979. Au printemps 1981, la maison endormie, que les habitants ont pris soin de dépouiller, reprend vie: à la grande stupéfaction des villageois, Jim Lamar est revenu. L’hostilité et la peur d’un homme qui est devenu un étranger au fil des ans deviennent les sentiments dominants. Un autochtone cependant va vaincre la crainte collective: il s’agit de Billy, un adolescent de treize ans. Une complicité s’instaure entre Jim et lui.
   
   Voici un beau roman que nous offre Lionel Salaün qui dépeint avec brio cette amitié solide qui se noue entre un adolescent et un homme qui, au fil des années, est devenu un paria et qui inspire crainte et répulsion. Le rythme est lent au début, l’auteur prenant le temps de nouer l’intrigue pour décrire progressivement la rencontre des deux protagonistes. Cette progression m’a beaucoup plu.
   
   Jim Lamar est décrit comme l’Anderer, ce personnage qui incarne l’altérité dans «Le rapport de Brodeck» de Philippe Claudel. Cet autre est dérangeant dans la mesure où l’on ne saisit pas ses motivations: pourquoi n’est-il pas revenu tout de suite après la guerre? Pourquoi n’a-t-il donné aucune nouvelle? Pourquoi a-t-il laissé mourir de chagrin ses parents? En quel homme la guerre l’a-t-elle transformé? Jim Lamar, c’est la part sombre de tout un chacun, l’ambivalence que l’on porte tous en soi. Ce côté obscur ne rebute pas Billy, au contraire. Il a su percevoir en Jim un véritable être humain, beaucoup plus tendre et paternel envers lui que son propre père.
   
   Nous apprenons beaucoup sur l’histoire et les motivations de Jim, mais l’auteur nous éclaire aussi sur la famille de Billy, avec ses personnages antipathiques, tel l’oncle Homer, qui incarne la violence et la brutalité.
   
   Un petit bémol cependant: à mon avis, les chapitres commencent à chaque fois par de trop longues digressions. Mise à part cette nuance, le roman est passionnant, le lecteur s’identifie à Billy qui semble très attachant. L’auteur sait décrire sans pathos les sentiments qui lient Jim et Billy. Les personnages sont présentés sans manichéisme, dans toute leur ambivalence. La fin surprenante sait d’ailleurs le rappeler. Un roman sur l’altérité, l’amitié, l’adolescence, la guerre et ses conséquences. Un roman qui se déroule en Amérique, sur les rives du Mississipi, écrit par un français. Un roman qui mérite la découverte.
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critique par Seraphita




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Roman initiatique
Note :

   Tout le monde le croyait disparu, mort quelque part, des années auparavant, au cœur de la jungle ou dans une rizière, lors de cette guerre du Vietnam qui a marqué à tout jamais l'histoire des États-Unis.
   Dans ce coin perdu du Missouri, un de ces états agricoles du Middle West, les parents de Jim Lamar ont longtemps attendu le retour de leur fils. Puis ils se sont éteints, lui d'abord, elle ensuite, laissant l'entretien de leur ferme à un voisin.
   Quand il fut acquis que le fils Lamar avait définitivement disparu de la surface du monde, vint se poser la question de savoir à qui reviendraient la ferme et les terres alentour.
   Le conseil municipal de Stanford, indécis sur la solution à apporter à ce problème, décida de laisser traîner les choses, livrant ainsi la propriété des Lamar à l'abandon.
   De la ferme, qui jusqu'ici avait été plus ou moins entretenue par le voisin, Samuel Dixon, ne resteront bientôt plus que les murs, les habitants de Stanford s'étant tour-à-tour servis, qui emportant les meubles, qui les machines agricoles, qui les menus accessoires de la vie quotidienne.
   Devenue une coquille vide, la ferme des Lamar, n'est plus qu'une maison abandonnée dont s'approchent avec crainte les bandes d'enfants de Stanford, parachevant à leur manière le pillage dont se sont rendus coupables nombre de leurs parents en brisant à coups de cailloux les dernières vitres encore intactes.
   
   Billy Brentwood est de ceux-là. Âgé de treize ans, Billy, comme nombre d'enfants d'agriculteurs aime passer son temps – quand il n'est ni au collège, ni en train d'aider son père aux travaux de la ferme – à traîner dans les bois ou sur les rives du Mississipi.
   En cette année 1981 il ne rôde plus guère autour de la ferme abandonnée des Lamar depuis que celle-ci héberge de nouveau un habitant. Au début, tout le monde a cru qu'un ou plusieurs vagabonds s'étaient installés dans la ferme. Bien décidés à chasser ce ou ces squatters, les habitants de Stanford ont fait appel au shérif Butler qui s'est rendu sur place afin d'interroger celui ou ceux qui occupent illégalement cette demeure.
   Après un bref entretien avec l'étrange personnage qui vit en ces lieux, le shérif va annoncer une nouvelle stupéfiante: l'homme qui vit là, et il est seul, n'est autre que Jim, le fils des Lamar, celui-là même que l'on avait cru définitivement rayé du monde des vivants.
   
   Aussitôt, vis-à-vis de cet homme revenu d'entre les morts s'installe chez les habitants de Stanford une crainte et une méfiance hostiles doublées d'un sentiment de culpabilité partagé par nombre d'entre eux: n'ont-ils pas quasiment tous contribué au pillage des biens des Lamar, persuadés à l'époque que cet acte répréhensible n'aurait pas de répercussions?
   Et puis cet homme n'est-il pas – comme tous ceux revenus du Vietnam – devenu un marginal, un inadapté, un asocial, un de ces soldats ayant été le témoin et l'auteur des pires atrocités de cette guerre sale? En ce sens, l'attitude de ce Jim Lamar ne plaide pas en sa faveur, ce géant taciturne, depuis son retour, ne se mélange pas à la population de Stanford.
   Est-ce de sa part une forme de mépris envers ceux qui se sont appropriés les biens de sa famille ou bien, plus inquiétant encore, la marque d'un esprit dérangé par les horreurs de la guerre, capable à tout instant de donner libre cours à un déchaînement de violence?
   
   C'est cet étrange personnage que va rencontrer Billy au cours de l'une de ses escapades en forêt. Entre le jeune garçon et l'homme solitaire va se créer peu à peu une complicité suivie d'un fort sentiment d'amitié. Une amitié qui ne sera pas du goût de tout le monde dans cette petite communauté d'agriculteurs.
   Au contact de Jim Lamar, Billy apprendra – comme Jim l'a appris dans d'autres circonstances – que le monde ne s'arrête pas aux frontières du comté de Stanford et que s'il existe de par ce monde des gens «différents», ils n'en sont pas moins dignes de respect.
   
   En racontant ses souvenirs, en particulier ceux relatifs à son expérience lors de la guerre du Vietnam, Jim fera comprendre au jeune garçon que le monde est vaste et que les êtres qui l'habitent, si différents soient-ils, ont énormément de choses à nous apporter. C'est ce que Jim a compris lors de cette guerre qui, si abominable soit-elle, lui a permis de rencontrer et de fraterniser avec d'autres hommes dont les origines et les préoccupations étaient à mille lieues de son univers étriqué de fils de paysan du Middle West.
   Cet échange entre Jim et Billy marquera à jamais le jeune garçon qui découvrira douloureusement à quel point la communauté dont il est issu peut s'avérer étroite d'esprit et intolérante face à tout ce qui peut s'avérer différent de son mode de pensée.
   
   C'est donc un roman initiatique que nous livre ici Lionel Salaün, un roman «américain» écrit par un français, comme l'a fait il y a quelques années, et avec tout autant de talent, Frédéric Roux avec son "hiver indien".
   Pourquoi un roman américain? Peut-être pour faire ressentir au lecteur l'universalité de son propos et peut-être aussi par amour de cette littérature américaine qui mêle le tragique et l'épique, l'intime et le grandiose, ce sens inouï de la description du quotidien où à certains détails apparemment dérisoires viennent s'amalgamer des bribes de la grande Histoire. On ne peut qu'évoquer, en lisant ce roman, le long cortège de tous ces auteurs américains qui ont tant apporté – et apportent encore aujourd'hui – à la littérature universelle.
   Loin d'être une parodie, un roman «à la manière de...», le roman de Lionel Salaün est, en plus de son propos profondément humaniste, de sa talentueuse narration, un vibrant hommage à la littérature américaine. Un premier roman qui a la dimension d'un chef-d-œuvre.
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critique par Le Bibliomane




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Un beau roman
Note :

   Jimmy et Billy, deux jeunes du même pays, d’un même village, Stanford, un trou perdu du Missouri dans les années soixante dix vont vivre l’espace d’un été une de ces amitiés insolites et fortes capable de changer le cours de leurs vies. Billy a treize ans et Jimmy le double. L’un n’est qu’un écolier qui s’ennuie, victime d’un père alcoolique et violent et d’un oncle raciste et menaçant. L’autre est un géant de retour du Vietnam, treize ans après la fin de la guerre.
   
   C’est de ces treize années de silence qu’il va être surtout question dans ce roman. Qu’est devenu Jimmy entre la fin de la guerre et son retour chez lui au bout de treize ans? Pourquoi n’est-il pas revenu voir ses parents décédés entre temps?
   
   Les habitants ont profité de son absence pour mettre à sac sa maison. Tout ce qui pouvait être utile a été pillé, jusqu’au très lourd fourneau qui se retrouve maintenant dans la maison du narrateur, ce jeune Billy qui est le premier à rencontrer Jimmy à son retour au village.
   
   Tout le monde, sauf lui, est hostile à cette installation. Tous ont quelque chose à se reprocher et se sentent coupables envers le jeune soldat.
   
   Peu à peu ces deux solitaires vont apprendre à se parler et à se connaître. Jimmy finira par raconter sa guerre et par confier les raisons de sa longue absence.
   La fin réserve une surprise de taille.
   
   J’ai beaucoup aimé ces deux personnages et surtout ce jeune soldat isolé et incompris qui ne perd jamais espoir et qui, parti de rien, a tout appris de ses expériences, s’en est enrichi et cultivé, toujours fidèle à ses amitiés.
   
   A cela s’ajoute la présence du Mississipi et de la nature environnante qui parfois se fait plus menaçante que les hommes eux-mêmes. La société américaine d’alors, avec ses révoltes et ses figures charismatiques comme Martin Luther King pèse aussi de tout son poids.
   
   C’est un beau livre qui vient de recevoir le Prix des lecteurs du Télégramme.

critique par Mango




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