Lecture / Ecriture
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Trait pour traits de Brigitte Lozerec'h

Brigitte Lozerec'h
  Trait pour traits

Trait pour traits - Brigitte Lozerec'h

Portraits de famille
Note :

   J'avais, il y a quelques temps, été impressionné par le roman «L'intérimaire» de cet auteur, que je n'ai plus lu depuis des années. Donc je pourrais presque parler de redécouverte.
   
    D'entrée de jeu, j'ai été attiré par la présentation de ce livre, et comme ma seconde passion après la lecture, c'est la peinture, c'était l'occasion de renouer avec l'œuvre de Brigitte Lozerec'h.
   
   Mathilde est désormais une femme heureuse, ses talents de peintre sont reconnus. Elle est mariée à un peintre lui aussi célèbre. Que de chemin parcouru depuis son arrivée en France quelques années auparavant, avec sa mère, veuve avec trois enfants, elle et William son frère jumeau, et Eugénie la plus jeune. Le déracinement est total, le français qu'il faut se réapproprier, la fortune envolée, fini le temps des précepteurs et autres professeurs à domicile. Pour les deux aînés, cela sera la pension, et de surcroit dans un établissement religieux pour Mathilde. Cette ambiance étriquée la marquera pour longtemps, et la laissera un peu déboussolée. Surtout que pendant ses absences, sa jeune sœur mettra la main mise complète sur sa mère et sa grand mère. Pendant ce temps, William, lui, découvrira la liberté, mais c'est un garçon et l'époque est plus simple pour eux. Pour Mathilde, il reste la peinture, mais ce n'est pas un métier en ce début de siècle, surtout pour une toute jeune fille. Elle est très vite amoureuse de Frédéric qui est un peu plus âgé qu'elle; ils se marièrent, mais n'eurent pas d'enfant... Mais dans ce bonheur sans tache, une personne s'interpose, Eugénie..... Pourtant le succès est là, l'argent, les voyages, la gloire. Et la vie continue, des zones d'ombres du passé ressurgissent suite à la découverte par William d'anciennes lettres. Qui fut réellement ce père anglais? Beaucoup de questions restent sans réponses, mais le peu de réponses apporte un éclairage nouveau sur la vie de la famille en Angleterre. La guerre approche, et avec elle de grands bouleversements...
   
   Beaucoup de personnages féminins dans ce livre, à commencer par Mathilde Lewly, un premier déracinement à la mort de son père suivi d'un départ pour la France, le passage d'une grande demeure à un appartement parisien, de très longs séjours en écoles religieuses.
   
   Frédéric Thorins est passé du rôle de professeur à celui de mari, il aidera Mathilde dans sa carrière tout en développant la sienne propre.
   
   Eugénie, sa jeune sœur, ayant vécu seule, réclame l'attention générale, jalouse et colérique, elle ne supporte pas d'être une sorte d'ombre de son aînée, voulant peindre, car Mahilde peint! Faut-il revenir dans le passé pour trouver les causes de cette animosité?
   La mère se remarie et a un autre enfant, ce qui semble l'éloigner encore plus de Mathilde. La grand-mère très dure et moraliste est très sévère, la tante Dylis, femme affranchie qui vit en France depuis de longues années. Volontairement ou en exil? Un des seuls personnages féminins montrant dans la famille un peu de chaleur humaine.
   
   La vie au début des années 1900 en France, mais pas selon le schéma classique. Ici le personnage principal est franco-anglaise, artiste-peintre fréquentant une sorte de bohème avant gardiste, mais qui souffre des mêmes maux que le commun des mortels.
   
   Les pages sur l '«école de Clichy» et ses habitudes nous font pénétrer dans ce monde soi disant non-conformiste et interlope des créateurs de l'époque. Il est fort probable que, la drogue en plus, les comportements soient les mêmes aujourd'hui.
   
   Un livre intéressant se déroulant à une époque où, pour une femme, les obstacles étaient très nombreux, en particulier dans une famille étouffante avec une sœur envahissante. Oser se lancer dans une carrière artistique demandait un certain courage. Cet ouvrage a certainement dû nécessiter beaucoup de travail dans le monde de la peinture et dans l'étude du début des années 1900.
   
   
   Extraits :
   
   - J'avais entendu depuis des années: «la plus grande doit céder, Mathilde, ne la fais pas pleurer... »
   
   - Une Mathilde souterraine s'est mise à vibrer après ce refus.
   
   - Il fallait apprendre à admettre l'inadmissible.
   
   -Elle semblait se réjouir de mon errance en ces lieux et savourer mon malaise, en châtelaine qui reçoit ses pauvres.
   
   -Derrière cette gaieté se cachait des peines, des manques et des solitudes. Je l'ai appris au fil du temps.
   
   - Qu'elle disparaisse une bonne fois! Ai-je demandé in petto à Dieu ou à diable. Il n'est plus question de morigéner comme une enfant.
   
   - Je démêlais mal la déception, le dédain et le chagrin chez ma mère.
   
   - Seulement je ne voulais pas qu'elle me dévore pour échapper à sa vacuité.
   
   - Le créateur n'a rien à dire sur son œuvre, il lui suffit de l'avoir faite.
   
   -Elle m'a coupée au milieu de ma tirade: «C'est un homme, lui.... »
   
   - J'avais au cœur une colère inouïe, mais toujours inavouable.

critique par Eireann Yvon




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