Lecture / Ecriture
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L'autre versant du jour de Pierre Le Coz

Pierre Le Coz
  L'autre versant du jour

L'autre versant du jour - Pierre Le Coz

Ici ou ailleurs!
Note :

   Un auteur, né dans le Finistère, que je découvre par ce recueil de nouvelles qui s'est vu décerner le «Prix Prométhée de la Nouvelle»* en 2007. Le genre de découverte complètement inattendue, un ouvrage inconnu, la consonance du nom breton et la question rituelle, pourquoi ne pas le lire? Disons tout de suite qu'il n'est ici aucunement question de Bretagne, tout se passe plus au sud, entre Toulouse et l'Afrique, avec une incursion à Paris.
   
   Ce livre commence par une série de courts textes intitulés «Cités interdites», que nous visiterons en suivant les pérégrinations d'un homme. Les cités (mot plus évocateur que celui de ville) en question sont méditerranéennes ou africaines, de Marseille à Dakar en passant (c'est le mot qui convient le mieux) par Marrakech et Taroudannt. L'histoire est somme tout assez banale, cet homme veut fuir l'Occident; à Marseille il rencontre un dénommé Fad, qui lui propose de le rejoindre au Maroc en lui offrant un travail spécial, mais lucratif. Alors vogue l'aventure... J'ai par moment pensé à Jack Kerouac dans l'évocation des départs et des nuits trop arrosées.
   
   Restons au soleil dans «La vue de Tolède», le soleil n'est malheureusement que dans le ciel, pas dans la vie.«Le tombereau de Couperin» est une histoire d'amour et une excellente nouvelle. Rachel aime Kristoff, mais elle ne supporte pas de ne pratiquement rien savoir de sa vie antérieure. Qu'a t-il fait pendant les quinze ans qui ont séparé son départ de Pologne et maintenant? Obsédante question!
   
   «État de siège» est un texte très fort, comment dans un monde dévasté par la guerre vivre quasiment en vase-clos une grande passion pendant que les gens meurent dans la ville? Une histoire poignante qui se passe dans un monde qui peut paraître lointain, mais qui sera sûrement le nôtre.
   
   Paris sert de décor au récit «Le Haut-Pays», Julie et Paul s'aiment et déambulent dans la capitale. Le temps d'une année, changeant de quartier, d'habitudes, de lieux de résidence, le mouvement continu de deux êtres avides de découvertes. Mais dans l'ombre de la bibliothèque nationale, ils découvrent le Haut Pays où ils habiteront un jour peut-être?
   
   «Les amants du Tage» est un court texte que j'ai trouvé très énigmatique, où il est question de port et bateaux à quai. Mais un jour ces navires partiront...
   
   Ce livre se termine par une lettre de l'auteur à Guy Rouquet, créateur de l'Atelier Imaginaire, association à but non lucratif qui permet la promotion de jeunes auteurs francophones. Pierre Le Coz emploie un mot qui, je pense, définit très bien ce recueil: «errance».
   
   Un homme veut vivre son rêve, fuir l'Europe, ou se fuir lui même, le voyage, l'alcool, les rencontres, mais la curiosité est un vilain défaut. Un enfant de neuf ans muré dans son silence au sein d'une famille aimante, mais un jour l'épouse, la mère n'en peut plus... Des couples qui se quittent, séparés par le doute ou la mort, l'homme congédié prend le premier train, encore plus au sud vers des horizons nouveaux. Un autre quitte un pays en guerre pour retourner chez lui, mais seul. Dans une autre nouvelle, c'est la femme seule qui rejoint le lieu des rêves à deux. Tous les personnages de ce livre ont en commun une grande solitude, voulue ou subie, car la mort aussi réclame son dû.
   
   «Cités interdites» est un court roman policier écrit comme une poésie. Les descriptions des cités sont belles, il y a une scène où notre «héros» rencontre une femme, ils boivent et finissent la nuit ensemble. C'est très bien écrit, décrit avec pudeur, et au matin l'homme épuisé dit à sa compagne «Tu es un paradis». Merveilleux compliment, je pense. La question obsédante de ce livre est «Où vivre», l'endroit de sa naissance? Le lieu où la vie vous a mené? Dans ce lieu que vous pensez avoir choisi? Mais avons-nous réellement le choix? Être en mouvements, partir, voyager, est-ce une finalité en soi?
   
   Une découverte, pour quelqu'un comme moi, grand amateur de nouvelles.
   
   
   Extraits :
   
   - Sous sa braise liquide, la mer semblait couver un incendie.
   
   - Il le savait: l'aube révélerait un monde où tout serait de nouveau en place, les tours et les immeubles, les usines et les centres commerciaux.
   
   - Est-il possible qu'il put résider toute sa vie dans cette prison d'air et de rues?
   
   - Ainsi se soignait-t-il de sa vieille maladie de l'errance.
   
   - Parler, c'est commencer de mourir, c'est consentir au temps, à l' inexorable de son écoulement sans retour.
   
   - Les morts ne savent pas qu'ils sont morts. Ils ne sont plus là et ils ne sont même pas ailleurs.
   
   - Pour lui, elle restera dans sa mémoire la Ville rouge, celle où l'espace de quelques saisons, il avait cru trouver son destin.
   
   - L'insurrection les avait mariés aussi sûrement qu'un prêtre ou qu'une réclusion dans la même cellule.
   
   - La ville autour de lui était comme une cité fantôme abandonnée par les chercheurs d'or.
   
   - C'était une de ces nuits d'été où l'air stagne comme une eau invisible au-dessus des toits.
   
   - Elle n'osait lui dire qu'il n'était poète que lorsqu'il cessait d'écrire.
   
   - Ils sont venus ici, dans cette ville où le temps s'écoule autrement, où l'été était un sursis.
   Ils savent pourtant que les heures ordinaires reviendront.

   
   
   * Ce prix est décerné tous les ans par «L'Atelier Imaginaire» dont le site est ici.

critique par Eireann Yvon




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