Lecture / Ecriture
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Quand l’heure viendra de Joseph Winkler

Joseph Winkler
  Quand l’heure viendra

Joseph Winkler est né en 1953 à Kamering en Carinthie. Fils de paysans catholiques, il brasse dans ses romans cette matière villageoise faite de secrets, d’interdits et de hontes farouchement camouflées. Il s’est rapidement acquis la réputation de trublion dans la littérature autrichienne. Sa langue même est une insurrection violente contre la chape de silence imposée par le consensus social. Auteur de récits et de romans, il a obtenu, entre autres, le prix Alfred Döblin et le prestigieux prix Büchner.

Quand l’heure viendra - Joseph Winkler

Un livre difficile mais un livre saisissant
Note :

   Un vrai choc de lecture, un roman à la fois lyrique, violent, sombre et … magnifique.
   Joseph Winkler est un écrivain de la même lignée que Thomas Bernhard, natif d’un village de Carinthie région rurale, catholique et repliée sur elle-même.
   Cette chronique que l’on devine autobiographique est un condensé de la mémoire collective d’un village. C’est par les récits de son père qu’on accède aux histoires du villages, un père tout puissant incarnant l’ordre, l’autorité, le respect des traditions, l’obéissance aveugle à la religion et aux diktats de l’Eglise.
   
   Entrons, et parcourons les rues de ce village en forme de croix et allons à la rencontre des habitants qui l’ont peuplé pendant les trente dernières années.
   Le narrateur va tout à tour nous présenter 36 habitants de ce pays, 36 destinées frappées du sceau du pêché.
   Il entrecoupe ses histoires d’une tradition locale qui veut que les paysans fabriquent un brouet d’os qui en été «a la propriété repousser les insectes qui, les jours de canicule surtout, harcelaient les chevaux de trait dans les champs».
   Cette jarre va servir à accueillir métaphoriquement tout le non dit, toutes les actions nauséabondes des villageois et sa présence revient comme un leitmotiv accompagnée par les Litanies de Satan de Baudelaire «Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!»
   Et les 36 récits nous livrent les haines, les peurs irrationnelles, les accidents, les maladies, les suicides, les crimes du villages.
   Une jeune fille affolée par ses premières règles au point de se jeter dans le torrent, une femme attendant le retour de son fils mort depuis 15 ans, Léopold et Jonathan dix sept ans et tués par leur amour illicite.
   Le silence qui s’abat sur tous. Les traditions étouffant toute révolte, la vie rythmée par les messes, les baptêmes, les enterrements.
   Le temps passe mais il reste au cœur des villageois le regret du temps de la guerre, de la toute puissance, du temps où l’on pouvait maudire l’étranger, le juif, le réprouvé.
   
   Disons le, c’est un livre difficile, terrible mais un livre saisissant, d’une beauté puissante et funèbre.
   Si vous aimez la littérature de langue allemande faites connaissance avec Joseph Winkler dont on comprend bien à la lecture de ce livre, pourquoi ses concitoyens le détestent à l’égal de Thomas Bernhard.

critique par Dominique




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