Lecture / Ecriture
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Ciel et terre et ciel et terre et ciel de Jacques Roubaud

Jacques Roubaud
  Quelque chose noir
  Ciel et terre et ciel et terre et ciel

Né en 1932 à Caluire, Jacques Roubaud est mathématicien de profession et membre de l'Oulipo depuis 1966. il a consacré des études qui ont fait date à l’histoire du vers français ou à la poésie des troubadours. Il est également traducteur, de l’anglais et du provençal.
(Source éditeur)

Ciel et terre et ciel et terre et ciel - Jacques Roubaud

Le truchement de l'art et du souvenir
Note :

   C’est un enfant qui court dans la garrigue, «son territoire personnel, la tranquillité sans menaces, la solitude, son bien.»
   Un enfant rêveur qui se cache parce qu’on est en 1943 et qu’on devine que l’enfant n’est pas d’ici. Il aime regarder le ciel, les nuages qui le font voyager «Il pouvait reconnaître en eux à volonté, des navires, des barques, des goélettes, des steamers, des yachts, des pirogues, des radeaux, des îles.» il voudrait les conserver intacts dans sa mémoire.
   Dans la chambre où il est réfugié avec sa mère, il y a au mur quatre tableaux qui lui permettent de quitter la chambre par l’imagination, de faire accélérer le temps, il leur donne des noms à lui et quand il ferme les yeux il peut les reconstituer «la rivière, la prairie, le moulin, la barque». C’étaient des images d’Angleterre, un pays qui rimait avec liberté si sa mère et lui y parvenaient.
   
   Quarante ans ont passé et M Goodman regarde un ciel d’Ecosse, il étudie le ciel, c’est un scientifique, il veut comprendre les nuages et un jour il voit un tableau «Clouds study with birds» un tableau de John Constable mais les tableaux du peintre n’évoque rien pour lui, ne lui rappellent rien, jusqu’au jour où «un coin de voile d’oubli opaque qui plus de quarante ans auparavant était tombé devant ses yeux se leva. Il se souvint.»
   
   Lors d’un voyage sur les traces de Constable «Peu à peu, par pans entiers, les images de son passé qui s’étaient refusées à lui obstinément, par vagues successives l’envahirent. Il revit la garrigue et ses nuages, il revit l’écluse du canal, il revit la maison où il était resté des semaines attendant le départ pour l’Espagne.»
   
   Une réconciliation avec le passé par le filtre de la peinture, la force de l’oubli des événements tragiques, c’est ce qu’offre Jacques Roubaud dans un magnifique récit construit comme une énigme.
   
   Il évoque comment les images de l’enfance sont transformées, recomposées par la mémoire, la fascination qu’exercent les nuages, il nous permet de cerner le génie de Constable qui «avait fait d’une quête du temps la forme centrale de sa peinture, et découvert, là était son génie, une solution picturale à son mystère dans le contraste entre ciel et terre, entre une terre peuplée des images fixes du passé, des lieux de l’enfance, et un ciel peuplé des images mobiles du présent perpétué en futur, les nuages.»
   
   Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque.

critique par Dominique




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