Lecture / Ecriture
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Football Factory de John King

John King
  Football Factory
  White Trash

John King est un écrivain anglais né en 1960.

Football Factory - John King

Au foot!
Note :

   Le football, je suppose que tout le monde connaît. Un jour j'en ai trouvé une très belle définition: un jeu où vingt deux nouveaux riches jouent devant des milliards de nouveaux pauvres.
   
   Dans ce livre, écrit en 1996, nous découvrons la face sombre de ce sport, les supporters ultra-fanatiques, pour qui la foule sert de couverture pour un autre sport, la violence exacerbée. Il n'y a pas que le ballon qui ne tourne plus rond!
   
   Tom Johnston est membre d'un clan de supporters. Ses préoccupations principales, surtout le week-end, pourraient s'intituler les quatre «B». Ballon, baston, bière et baise, cet ordre n'étant pas forcément toujours respecté. Mais une fin de semaine réussie doit comporter ces quatre ingrédients.Tom et ses amis ne vivent que pour le match du samedi suivant, une semaine à Stamford Bridge, stade de Chelsea, et l'autre aux quatre coins de l'Angleterre. Ils ont tous des boulots plutôt minables, au mieux, donc peu de moyens, mais s'organisent pour suivre leur équipe favorite. Un sentiment prévaut chez chacun, la haine! La haine de tout, des autres clubs, des juifs, des noirs, des Pakistanais et évidement des Français, le second sentiment majeur est un machisme élevé au rang de religion. La bière qui sert à la fois de boisson, d'anesthésiant, de repas, est consommé parfois avec modération, mais uniquement dans un but stratégique, par exemple pour ne pas trop se faire remarquer en se rendant au stade. Après le match, la consommation augmente fortement, les pubs qui sont pris d'assaut servent souvent de lieu de combat et peuvent être facilement dévastés, surtout après les matchs à l'extérieur.
   
   Beaucoup de personnages dans ce livre, avec tous les tarés qui hantent ces pages. Désolé, mais je ne vois pas quel autre mot je pourrais employer! Le pire est qu'il ne semble pas que l'auteur force le trait. J'ai assisté à quelques matchs pendant les trois ans que j'ai passés en Angleterre, et je ne pense pas que la situation se soit améliorée. C'est très impressionnant et peu rassurant de se trouver mêlé à des centaines de supporters venant d'une autre ville que Londres. On apprend comment ces gens s'arrangent pour déjouer la surveillance policière. Par exemple, prendre un car de supporters à Londres, descendre de ce car dans une autre ville, et prendre le train par petits groupes pour la destination finale. On suit également le manège, le jeu du chat et de la souris entre groupes cherchant uniquement à en découdre. Le match, qui se déroule à Millwall, donne lieu à une bataille rangée qui laissera quelques traces dans les corps et dans les esprits de ceux qui y ont participé.
   
   Et les filles, me direz-vous? Elles sont toutes et tout le temps aux trois-quart ivres, partant dans des aventures insensées, se terminant dans des lits de passage qu'elles oublieront la bière évacuée.
   
   Ce livre est conçu comme le calendrier de la première division du football anglais. Des matchs à domicile, puis des rencontres à l'extérieur, à Tottenham, à Liverpool, à Newcastle et à Millwall par exemple. Il va s'en dire que partout la haine est présente, surtout contre les Spurs, (Tottenham) et Millwall.
   
   La photo sur la couverture montre un homme avec un tatouage sur la joue, «Chelsea F.C. No Surrender». Cette devise est également celle des protestants de l'Ulster, ce qui démontre un côté très conservateur et raciste de cette bande de pseudo supporters. Bizarrement, les Irlandais sont relativement épargnés par les commentaires des supporters, ils ne les comprennent pas, mais en moyenne, ils sont les seuls à trouver grâce à leurs yeux. Chose très étrange également, ces mêmes supporters qui s'entredéchirent, quand ils se retrouvent à l'étranger avec l'équipe nationale alors c'est la Sainte-Alliance! Mais après le retour au pays, la guerre reprend ses droits!
   
   Souvent entre deux matchs de football, l'auteur nous fait connaître d'autres personnages londoniens bon teint, pas toujours très normaux! Ce livre peut servir de guide touristique à quelques amateurs de stades de football à travers l'Angleterre. J'ai personnellement bien aimé les promenades dans un Londres loin des clichés touristiques, ayant fréquenté les stades londoniens, il y a bien longtemps.
   
   Ce roman qui est par ailleurs bien écrit est vraiment une descente aux enfers. Ce phénomène de bandes servant de n'importe quel prétexte pour s'entre-tuer a pu paraître en régression, mais il est loin d'être définitivement éradiqué.
   
   
   Extraits :
   
   - On est entre nous, à la table, parce que depuis que les flics se sont mis à infiltrer, il y a intérêt à faire gaffe. Ce n'est plus comme avant.
   
   - Clientèle assurée, donc ils nous font attendre.
   
   - On s'arrêtera à Northampton, en rentrant. C'est un bon endroit pour se saouler la gueule, et on n'est qu'à une heure de Londres, par l'autoroute.
   
   - Se déplacer à Old Strafford ou Anfield, c'est toujours un petit coup d'adrénaline en plus.
   
   - Qu'est-ce qu'on a de mieux à faire? On traîne au pub, histoire d'éponger la gueule de bois de la veille, puis à trois heures moins vingt on écluse les verres et on y va.
   
   - Difficile d'imaginer qu'à une époque on pouvait se déchaîner dans le stade même et s'en tirer sans bavure, et ça toutes les semaines.
   
   - Qu'est-ce que tu peux attendre de l'Europe, à part quelques canettes de pisse d'âne?
   
   - Quand on est à Tottenham, c'est le pied. On a toujours haï les Spurs, c'est normal, c'est sain.
   
   - Elles voient tout, les caméras vidéo. Il faut être vachement rapide pour arriver à ses fins, parce que le marché des voyeurs est en pleine expansion.
   
   - Des fumiers, planqués sous leurs uniformes, qui lèchent le cul du Trésor public.
   
   - Mais personne n'est venu nous aider, quand les gars de Norwich essayaient de nous apprendre de force des vertus paysannes.
   
   - Je sais comment les médias déforment tout. J'étais déjà dans le coin quand les lois ont commencé à nous compliquer la vie.
   Les Irlandais ne sont pas comme ça, dit Sean.
   Non, ils sont différents. C'est une race insulaire. Une autre tribu. Des gaéliques comme disait Vince.
   
   - Des métèques avec des passeports anglais, voilà ce que c'était.
   
   - On doit être comme les nègres, d'une certaine façon. Des nègres blancs. De pauvres blancs. De la merde blanche.
   
   - La haine, la peur nous rendent différents.
   

   
   Titre original : The Football Factory (1996).

critique par Eireann Yvon




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