Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Des femmes bien informées de Carlo Fruttero

Carlo Fruttero
  L'amant sans domicile fixe
  Des femmes bien informées

Carlo Fruttero est un écrivain, traducteur et journaliste italien né en 1926 et mort en 2012. Il a écrit la plus grande partie de son œuvre en collaboration avec Franco Lucentini.

Des femmes bien informées - Carlo Fruttero

Multiples femmes
Note :

   Proche de Turin, le cadavre d’une prostituée roumaine est retrouvée.
   Chapitre après chapitre, huit femmes s’adressent à nous.
   
   Celle qui a trouvé le cadavre, la surveillante-chef, mariée à ce qu’elle nous décrit comme un peureux. Elle est toutes les femmes obéissantes, le devoir comme seul projet de vie, l’observation jalouse de celles qui vivent différemment et l’éternelle insatisfaite.
   
   Celle qui s’est enfuie à la vue du cadavre, la serveuse, amoureuse de son lapin, célibataire et tombeuse d’hommes, immature et libre. Elle est toute les femmes enviées des autres sans pour autant être heureuse.
   
   La carabinière chargée de l’enquête, tenace, victime du sexisme dans son travail à l’univers masculin, observatrice de premier ordre. Elle est toutes les femmes aux yeux perçants.
   
   La journaliste, fouineuse de première, marchant à l’instinct, à l’affût, sans illusions sur la (triste) nature humaine.
   
   La victime est identifiée, Milena, ex-prostituée, passée dans un centre catholique aidant les femmes violentées à s’en sortir, puis réinsérée avec succès dans plusieurs familles qui lui donnaient du travail, mariée récemment à un riche banquier. Alors d’autres femmes apparaissent.
   
   La fille. Celle qui a engagé Milena comme baby-sitter, qui vit encore chez un père qu’elle adule, celui qui se mariera avec la victime. Elle est la fille à son papa. Cordon virtuel avec le père non coupé.
   
   Puis il y aura la meilleure amie, la bénévole et la vieille comtesse. Par touches successives, avec un art consommé du dialogue rapporté sans tirets, ni guillemets, la découverte de la vie de la victime et des conditions de son meurtre apparaissent. C’est bien foutu. Le savoir-écrire de l’auteur est savoureux. Le tout, saupoudré de considérations courtes, amusantes et souvent réalistes sur la vie, l’amour ou encore l’amitié. Le ton est agréable.
   
   « Avec Fiorenza, nous nous entendions à merveille. Quelle belle expression. Mais en quoi consiste exactement l’amitié, cela reste un mystère. Les goûts commun? Sornettes. […] Le plus probable est que de part et d’autre existe la même certitude, instinctive, absolue, que l’autre ne vous jugera pas. On peut lui dire n’importe quoi, de la suprême ânerie au secret le plus intime, et on sera critiqué, désapprouvé voire insulté, mais jamais par un juge. Bref la totale liberté de parole.» P 85

   
   J’ai apprécié la construction du récit. Une capacité à raconter l’histoire sans utiliser une trame traditionnelle bluffante. Ce livre est le premier en solo de cet auteur qui toute sa carrière a travaillé avec son compère Lucentini. Je finis l’ouvrage avec l’envie de s’essayer à la lecture des opus passés du duo. Bon signe.
   
   « Les autres, nous tous qui marchons à tâtons dans cette vallée de larmes, nous devons nous contenter de demi-vérités, de quarts de vérité, de quartiers de mandarine de vérité.» P 194

critique par OB1




* * *