Lecture / Ecriture
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Histoire de Tönle de Mario Rigoni Stern

Mario Rigoni Stern
  Lointains hivers
  En attendant l’aube
  Histoire de Tönle
  Les saisons de Giacomo
  Le sergent dans la neige

Mario Rigoni Stern est né en Vénétie en 1921. C’est un montagnard très attaché à ses racines.
Il a participé à la seconde guerre mondiale dans les chasseurs alpins, a été fait prisonnier en stalag pendant des longs mois avant de s’évader.
Il a été publié assez tard.
Il a reçu le prix PEN italien en 1999.
Il est mort en juin 2008 à 86 ans.

Histoire de Tönle - Mario Rigoni Stern

Autriche/Italie en 14-18
Note :

   Tönle (prononcer Ténle) est berger, sur le plateau d'Asiago, à la frontière de l'Italie et de l'Autriche-Hongrie. Il est né dans les années 1830/1840. Pour survire, il est contrebandier, mais se fait prendre par les douaniers. Il se défend, s'enfuit. Il est condamné à la prison par contumace et ne peut plus revenir chez lui. Il vit de petits travaux dans divers pays, revient chez lui à la mauvaise saison, en cachette des autorités. Une amnistie, en 1904, lui permet de rentrer officiellement au pays. Et là, il redevient berger, et le reste jusqu'à la fin de sa vie même aux plus forts des batailles de la guerre 14/18.
   
   C'est un petit roman attrayant à plus d'un titre. D'abord Tönle est un personnage fort, romanesque bien que taiseux et pudique. Ensuite, la frontière et la difficulté de vivre dans ses environs, surtout aux moments de conflits est omniprésente: peut-être cela parlera-t-il plus à des Alsaciens qu'à moi qui suis de Bretagne? Et enfin, ce livre a le mérite de parler de la première guerre mondiale, mais d'un côté que je ne connaissais pas: les Italiens contre les Autrichiens. Dans ce qu'on lit communément chez nous, il est question des tranchées et des combats entre Français et Allemands. Ici, point de tranchées (montagnes obligent!) et point de Français. Un point de vue différent et intéressant.
   
   Cependant, malgré la relative modestie du livre (132 pages), il y a des longueurs et notamment les passages décrivant les marches et les balades de Tönle parce que l'auteur cite beaucoup de noms de lieux que je ne connais pas et qu'il est parfois difficile de suivre, d'autant plus que Tönle marche beaucoup et vite! Mais cet écueil est surmontable et restent les premières impressions dont j'ai parlé plus haut.
    ↓

critique par Yv




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Un classique en Italie
Note :

   Profession : berger contrebandier
   
   Nom : Tönle Bintarn
   
   En 1866 sur le plateau d’Asiago, en Vénétie à la frontière du royaume d’Italie et de l’Empire austro-hongrois, Tönle Bintarn tente de faire vivre sa famille. Le troupeau ne suffit pas et chaque printemps Tönle s’arrache à tout ce qui fait sa vie, sa ferme qui "avait un arbre sur le toit : un cerisier sauvage", sa famille, son plateau, et franchit la frontière.
   
   Cette année il est allé jusqu’à Ratisbonne et au retour pour son malheur, son chargement sur le dos, il bouscule un douanier. Cela lui vaut une condamnation par contumace qui va le rendre fugitif pour de longues années.
   
   C’est cela la vie de Tönle, l’hiver bien caché au creux de sa ferme, dormant dans le grenier pour avoir une échappatoire au cas où; et sur les chemins de l’Empire Austro-Hongrois 9 mois par an.
   
   Colporteur, mineur, passeur de tabac, jardinier au Château de Prague, parlant plusieurs langues, ses pérégrinations le portent loin de son Italie natale, il joue à saute frontières et s’enfonce jusqu’aux Carpates, jusqu’en Russie.
   
   Les dangers sont nombreux, les carabiniers bien sûr mais aussi les filous, les crevasses, les tempêtes de neige, les loups et la faim omniprésente.
   
   Et pendant ce temps la vie s’organise sans lui "Quand il avait pris la clef des champs, sa femme était enceinte de deux mois à peine et il ne le savait pas encore. Maintenant une petite fille était née" lui rapporte de quoi vivre et augmenter le troupeau " il ôta sa ceinture, la décousit avec son couteau et fit glisser dans sa main les gulden d’argent".
   
   Quand l’amnistie de son délit arrive c’est bien tard et très vite là c’est l’attentat de Sarajevo et le plateau d’Asiago va d’un seul coup devenir ligne de front.
   
   Dans ce superbe roman, Mario Rigoni Stern ne fait pas un récit de la guerre mais de ses conséquences sur Tönle et ses pareils. Des hommes pour qui l’Europe est une réalité, qui sont toujours sur la corde raide un pied dans chaque pays mais qui ne comprennent pas la nécessité de se battre pour ces frontières.
   
   Tönle est marqué par la fatalité et précipité dans l’Histoire. Fini pour lui les splendides couleurs du plateau d’Asiago, fini les prairies verdoyantes, fini le cerisier sur le toit de sa maison.
   
   Récit intense, lumineux et poétique, dans lequel Mario Rigoni Stern a le souci du détail d’un miniaturiste.
   
   Un petit livre qui trouvera assurément place dans votre bibliothèque.

critique par Dominique




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