Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'Heure du Roi de Boris Khazanov

Boris Khazanov
  L'Heure du Roi

L'Heure du Roi - Boris Khazanov

Un roi sans divertissement…
Note :

   Ce bref roman très réussi traite d'un petit royaume prêt à collaborer, englouti par le Grand Reich en 1940, et d'un roi désarmé dont le Premier ministre est à l'image de Mr Pickwick. Il ne peut opposer au Prince des Ténèbres que sa non-violence et s'il se résout à une action résistance elle ne pourra être que symbolique, — ce qui ne signifie pas qu'elle ne sera pas forte.
   
   Presque tout dans le détail des faits désigne le royaume de Danemark depuis la conquête-éclair jusqu'à la réaction du roi face à l'antisémitisme de l'occupant. Ces faits sont bien connus des historiens de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui l'est moins: qu'un médecin russe récemment sorti du goulag en ait fait un samizdat au temps de Brejnev; la traductrice alors étudiante avait lu, éblouie, le livre interdit à Moscou avant sa première publication en Israël, et bien avant qu'il ne parvienne sous nos yeux traduit par ses soins.
   
   On comprend un peu que le livre ait été censuré à Moscou: il ironise sur le pouvoir et sur l'armée! Mais l'essentiel est ailleurs: le vécu quotidien du roi, ses cauchemars, son activité de médecin urologue, permettent de le suivre jusqu'à la fameuse "heure du roi", promenade traditionnelle du monarque à cheval, pour une fois faite à pied et avec son épouse Amalia.
   
   Voilà un petit livre qu'on aura envie de relire, ne serait-ce que pour la scène de la consultation du spécialiste à la tête couronnée par son plus sinistre patient, ce Prince des Ténèbres qui conquiert l'Europe en brandissant le drapeau illustré du signe de la Tarentule.
    ↓

critique par Mapero




* * *



Un très grand petit livre à lire et à faire lire
Note :

   C’est grâce à la sortie en format poche que mon attention a été attirée par ce livre. Un grand merci à l’éditeur car c’est un livre formidable que celui-là.
   
   Le Troisième Reich tout puissant envahit les pays d’Europe les uns après les autres. Le royaume du roi Cédric est sur sa route, "un pays désarmé et impuissant " et "guère plus vaste qu’un bec de moineau ."
   La population est prise par surprise par cette invasion, le vieux roi baisse la tête, la population fait connaissance avec le rationnement, le travail obligatoire, le couvre-feu.
   Le roi est effondré, adepte de l’ordre il craint les réactions de l’occupant et demande à son peuple la prudence et à la jeunesse de "s'abstenir de toute action susceptible de compliquer les rapports avec les autorités occupantes ".
   Le roi est petit à petit déchu de ses fonctions, privé de son pouvoir, moqué par l’occupant , il se met à faire des cauchemars.
   Les sujets du roi subissent l’occupant "Ils s'accommodaient du nouvel état de choses comme un malade qui revient à lui après une anesthésie et qui apprend qu'on l'a déjà opéré et qu'il ne lui reste plus qu'à vivre sans les jambes" mais ils ne collaborent pas vraiment, les délations sont insuffisantes au goût de l’occupant.
   La cavalerie royale va même tenter de s’opposer aux blindés des nazis!
   Comme dans toute l’Europe occupée des brimades, des humiliations sont imposées à la population. C’est une décision de l’occupant qui va provoquer un sursaut chez le roi, un réveil de l’honneur, une prise de conscience de sa responsabilité.
   
   Je vous laisse découvrir la suite de ce récit très court, écrit comme un conte philosophique ou comme une fable moderne. Ce texte d’une grande finesse, allie simplicité et puissance, en quelques pages tout est dit sur le totalitarisme, sur le courage, sur la peur, sur la dignité de l’individu.
   
   Les leçons de ce livre sont intemporelles. Que peut l’individu face à la suppression de la liberté, notre impuissance nous dédouane-t-elle de toute responsabilité?
   Ce sont des thèmes universels que Khazanov présente ici, lui l’écrivain qui a passé plusieurs année au Goulag.
   
   L’histoire de ce livre est exemplaire, publié sous le manteau dans les années 70 en Russie, il est lu par Elena Balzamo et circule par le samizdat. Elena Balzamo n’entend plus jamais parler du livre, aujourd’hui elle assure non seulement la traduction mais aussi une postface, belle revanche.
   
   Lors de sa parution en 2005 les critiques ont salué ce "pur bijou d’humanité " "Un livre en dehors du temps, qui mérite de rester au chevet de toutes les consciences"
   
   Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque offrez le, faites lire ce très grand petit livre.
    ↓

critique par Dominique




* * *



Le temps d'arriver
Note :

   Ce roman est une vraie prouesse : en un peu plus de cent pages, l'auteur parvient à traiter des thèmes aussi forts que la dictature, la guerre ou le rapport au pouvoir. Et tout cela avec une grande force littéraire.
   
   Cédric est le souverain d'un petit pays de l'est de l'Europe. Il doit faire face, son peuple avec lui, à l'invasion du pays par le voisin nazi. Jamais on ne saura précisément quel est le pays dirigé par Cédric, proche de la Bordurie ou de la Syldavie inventés par Hergé. Mais cela importe peu, tellement ce qui est raconté est universel.
   
   Cédric ne sait pas trop comment réagir face à cette invasion. Au final, peu d'actions dans ce roman, si ce n'est cette promenade finale dans les rues de la capitale qui est une véritable provocation pour l'occupant. Mais de nombreuses réflexions de la part du souverain, concernant sa place au sommet de la tête ou sur sa vieillesse et sa possible mort qui pourrait amputer le budget de l’État. Beaucoup de rêves du souverain parsèment également le récit, et apportent une dimension onirique séduisante.
   
   La force de ce roman est aussi lié à la présentation rapide des coutumes du pays. En relatant les mythes fondateurs (l'histoire de Saint Sire Cédric) ou les traditions actuelles (la promenade du roi à cheval dans le jardin), le lecteur plonge immédiatement dans ce pays, comme s'il en était un visiteur régulier et averti.
   
   Rien que l'histoire de ce roman vaut le détour. Boris Khazanov a quitté l'URSS en 1982 pour l'Allemagne. Dans sa jeunesse, il a pris part aux mouvements antisoviétiques et a été condamné à huit ans de travaux forcés. Il publie cette nouvelle en 1977 dans un recueil édité en Israël, avant d'être publié en Allemagne en 1990 et en France en 2005. Un roman qui a pris le temps pour nous arriver, mais qui mérite vraiment le détour, car sa puissance politique et littéraire est indéniable.

critique par Yohan




* * *