Lecture / Ecriture
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Ma vie à Saint-Domingue de Jean-Jacques Salgon

Jean-Jacques Salgon
  Ma vie à Saint-Domingue

Ma vie à Saint-Domingue - Jean-Jacques Salgon

Haïti un an après
Note :

   Un an après le séïsme et alors que l’on voit parader devant les télévisions le dictateur Duvallier, j’ai eu envie de lire un livre sur Haïti qui réponde à certaines de mes questions. Ni livre d’histoire, ni roman, le livre de Jean-Jacques Salgon a été un guide parfait. Il dédie son livre «A tous ceux que cette catastrophe a meurtris dans leur chair et dans leur âme».
   
   Pourquoi un ardéchois «cœur fidèle» viendrait-il parler d’Haïti?
   c’est que son histoire personnelle va croiser à un moment celle de l’île, il va ainsi par de fréquents allers-retours nous transporter des côtes africaines à Saint Domingue, des ors de Louis XIV aux apparats de l’Empire napoléonien.
   Ce livre pour l’auteur répond à son besoin de savoir, de comprendre cette histoire d’Haïti et dresse le portrait d’un homme extraordinaire: Toussaint Louverture.
   
   Son histoire commence sur les côtes africaines où son père va se faire enlever, capturer par des négriers et être envoyé en esclavage.
   Toussaint naît en 1743. On suit la vie de l’esclave affranchi et éduqué, du fin stratège qui va à la tête de ses troupes devenir le héros de Saint Domingue. Fidèle à la France jusqu’à l’aveuglement, croyant aux promesses de Bonaparte «Vous lui direz que moi, premier magistrat du peuple français, je lui promets protection, gloire et honneur.»
   Il n’aura que le temps de croire à l’indépendance, ses enfants Isaac et Placide seront reçus par le Premier Consul mais «Bonaparte va le faire jeter comme un brigand au fin fond d’un Jura couvert de sapins et de neige et vitrifié par le froid.»
   Toussaint Louverture est mort oublié au fond des geôles françaises en 1802. L’esclavage et la traite des noirs sont rétablis à la Martinique et à la Guadeloupe
   
   Jean-Jacques Salgon à vécu, travaillé dans plusieurs pays d’Afrique, sa curiosité, sa sensibilité personnelle, transparaissent dans les pages où il revient sur son expérience. Comment il est passé des peintures de Jean Michel Basquiat* à ses recherches sur Toussaint Louverture, comment il a élargi son point de vue par les détours de l’histoire (guerre d’Algérie, Mai 68) pris des chemins peu fréquentés, explorant le passé de cette île.
   
   Son voyage est un voyage dans le temps et l’on part à la rencontre de figures de l’histoire de Haïti, certains peu connues, des hommes au destin parfois tragique, les souvenirs de l’auteur faisant écho aux événements. Il garde un certain optimisme car dit-il «J’ai pu constater combien la France, en dépit de tous les abus propres au régime colonial; pouvait encore être aimée» qu’il attribue à l’apport de la lecture, de la culture, moyens d’émancipation.
   
   J’ai aimé ce livre court et dense, l’œil bien ouvert de l’auteur, sa façon bien à lui de nous rappeler un passé qui peut nous rendre honteux mais dont parfois on peut être fier. J’ai aimé une franche simplicité doublée d’une hauteur de vue, le tout servi par des phrases parfois mordantes ou d’une douceur trompeuse.
   
   Un excellent moment de lecture, de ceux qui vous donnent l’impression d’être un peu plus intelligent.
   
   
   * sujet de son livre "Le Roi des Zoulous"

critique par Dominique




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