Lecture / Ecriture
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La terre est à nous de Annie Saumont

Annie Saumont
  Un pique-nique en Lorraine
  Un soir, à la maison
  La terre est à nous
  Le tapis du salon
  C'est rien ça va passer
  Encore une belle journée

Annie Saumont est une écrivaine française née en 1927 à Cherbourg et morte le 31 janvier 2017.

La terre est à nous - Annie Saumont

Mais à quel prix!
Note :

   Malgré tout le bien que j'ai entendu de cette auteur, grande spécialiste de la nouvelle, je n'avais rien lu d'elle. Je ne sais pas très bien pourquoi, alors je vais essayer de me racheter. Ce livre, qui contient quinze nouvelles, est la réédition d'un ouvrage datant de 1998.
   «Papa perdu» est l'histoire, en résumé, d'un aller et retour en train qui a pris douze ans.
   -papa pendu au piton de la poutre peinte papa pale papa perdu.
   
   «Nostalgie», c'est un Noël en famille, la grande réunion annuelle. Tout le monde semble joyeux, les enfants surtout, mais certains adultes regrettent leur enfance. Une très belle histoire pleine de pudeur et de tristesse comme son nom l'indique.
   
   «La terre est à Edmonde» est une sorte de chronique paysanne autour d'un héritage. Un garçon Sébastien, une fille Edmonde et une famille qui les a adoptés. À la mort de l'homme, le testament dit: «La maison à Sébastien, la terre à Edmonde!» Que cache ce testament?... A noter le vocabulaire très campagnard qu’adopte l'auteur dans ce récit.
   
   «Dans une écharpe blanche» est une bien triste histoire d'amour. Noyer son chagrin, pourquoi pas, mais on ne peut pas tout noyer, même au nom de l'amour...
   
   «Maintenant ou plus tard», le matin, le midi ou le soir ou alors l'après midi, les avis divergent, personne n'est d'accord...
   
   «Loukoums» est l'histoire d'un obèse obsédé de cette friandise extrêmement sucrée. Il nous raconte son enfance en Algérie sous le soleil, sa famille, enfin sa mère, le père n'est pas là, Abdul, son ami d'enfance plus vieux que lui et déjà les loukoums...
   
   On retrouve le café du commerce, mais le samedi cette fois et en compagnie d'Ulysse, pas celui de Joyce, non l'autre celui de l’Iliade et de L’Odyssée. Ulysse attaché au mât de son navire pour résister aux chants des sirènes. Des sirènes, il en est question justement...
   
   Les personnages sont souvent à la limite de la rupture, mais très ordinaires. Un jeune orphelin en transit dans une famille, les clients du «café du Commerce», bistrot sympa, une étudiante (belle) comme serveuse, un client (beau), un jeudi ordinaire, puis un autre, l'ordinaire ne l'est plus. Un pêcheur, des militaires et deux petites filles jouent à la marelle, personnages d'un après midi au bord d'une rivière, un Tonton qui chasse les grands fauves en Afrique, mais est-ce bien sûr? Une femme qui cherche le grand amour, est-il à l'escalier B. 5eme étage? Un maniaque de la propreté dans un monde totalitaire distribuant des mauvais points! Une jeune fille qui pleure sur le zinc d'un bistrot, à dix sept ans on a le temps de vieillir!
   
   L'écriture est moderne et incisive, pas un mot de trop, du grand art. Les descriptions sont brèves, mais très visuelles, l'atmosphère feutrée, rien ne semble décrit, tout est suggéré, les non-dits familiaux, les secrets. Des chutes toujours surprenantes, et parfois cruelles, ponctuent chaque histoire.
   
   Un léger regret, je n'ai pas réellement compris certaines nouvelles «Le paysage» par exemple.
   
   
   Extraits :
   
   - Ma mère parlait beaucoup, mon père parlait que pour dire des conneries. Il était toujours bituré.
   
   - La non-voyante- oui c'est ainsi qu'on doit s'exprimer par respect pour les infirmes, au pardon, les handicapés-...
   
   - La famille. Pour un jour rassemblée. Père et mère encore alertes. Les autres autour si vivants, si gais.
   
   - Avant ça. Avant la déprime. Lorsque soudain à vingt cinq ans on commence à se bourrer de gélules peut-on imaginer que le mal vient de si loin?
   
   - Là-haut, étirant contre l'azur du ciel sa bavure au blanc de céruse il y a un nuage.
   
   - Au pire, un sexagénaire. De nos jours les hommes vieillissent bien.
   
   - Cell-center, département préménopause.
   
   - Je ne peux pas voir la mer. Tant d'eau, des milliards de mètres cubes.
   C'est ça le malheur- Frédéric: dix sept ans et seulement l'espoir de vieillir en vitesse. Après celui d'avoir son bac.

critique par Eireann Yvon




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