Lecture / Ecriture
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J'abandonne de Philippe Claudel   

Philippe Claudel
  Meuse l'oubli
  Trois petites histoires de jouets
  La petite fille de Monsieur Linh
  J'abandonne
  Le bruit des trousseaux
  Les âmes grises
  Quelques-uns des cent regrets
  Le café de l’Excelsior
  Le rapport de Brodeck
  Le monde sans les enfants
  Les petites mécaniques
  L'enquête

J'abandonne - Philippe Claudel

Dons d'organes : vers une renaissance
Note :

   Ce livre nous entraîne dans l’obscurité profonde d’un personnage qui touche le fond de la douleur laissée par la disparition de sa femme. Il ne semble, désormais, porter en lui que “la laideur de ce monde” qui l’entoure. Les petits riens très sombres de son quotidien prennent une place exacerbée et un caractère plutôt glauque. Son univers lui paraît en tout point hostile, horripilant et le mène au bord de l’exaspération, du précipice dans lequel il est tout prêt à se jeter. Pas étonnant que, dans son état, sa profession de “contemplateur de larmes” lui soit insupportable.
   
   Parallèlement, l’intensité de l’amour qui le lie à sa fille est d’une pureté si pénétrante que j’y ai retrouvé beaucoup de ces vives émotions ressenties dans cet autre livre : “la petite fille de Monsieur Linh”.
   Néanmoins, la plume de Philippe Claudel est , ici, beaucoup plus caustique et son humour, bien que souvent grinçant, est vraiment perspicace. Cette dérision jubilatoire qui entoure l’univers trash de la baby-sitter donne un souffle non négligeable au texte.
   
   Apparemment, comme le soulignent certaines critiques, ce livre peut mettre en péril le choix du don d’organes et son interprétation est pour le moins divergente. Pour ma part, je reste convaincue qu’il en est un bel hommage, un subtil appel au don d’organes.
   Même si l’ensemble du livre peut laisser supposer l’inverse, la scène finale ne conduit-elle pas le personnage principal à une indéniable renaissance ? Lui qui nous avait entraînés tout au long du texte aux portes de l’abandon total. Et c’est cette femme éplorée qui vient de perdre sa fille de 17 ans, qui, par ses “actes”, va lui permettre de redevenir un être humain dans le monde des vivants. Elle lui fait ainsi don de cet espoir qui va les mener à nouveau, lui et sa fille, dans la beauté de la vie.
   
   Un livre très intense avec une plume bien perspicace

critique par Véro




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Le vrai de la douleur
Note :

    Le narrateur est une «hyène», c’est-à-dire qu’il est chargé par un hôpital d’annoncer dans les familles la mort d’un de leurs proches afin de leur extirper le consentement d’utiliser le corps en vue de greffes d’organes. Il s’agit donc souvent d’êtres jeunes frappés par un accident. Il a un collègue très spécialisé et tous deux sont très différents. Le narrateur est dégoûté par son métier (il n’avait qu’à pas le faire!) et le monde tel qu’il est : la vulgarité reconnue et partagée, la bêtise, la haine ordinaire. C’est un Don Quichotte moderne, incompris par son collègue, bien intégré au système et supporter de football (un peu cliché : un supporter de foot est forcément vulgaire...)
   
   Le récit est en quelque sorte en deux tons : d’une part les considérations, les réflexions et les «aventures» du narrateur, et de l’autre la description d’une femme en face de lui qui vient de perdre sa fille de 17 ans, avec son chagrin, sa douleur, ses réactions dans lesquelles le narrateur veuf depuis peu revoit sa propre douleur face au monde et sa seule douceur fragile, sa petite fille de 21 mois.
   
    On assiste alors à une narration très originale à plusieurs voix, échos de ceux qui souffrent de la mort d’un des leurs, l’horreur moderne où la jeunesse est rendue servile au mercantilisme. Seule oasis possible, le vrai que l’on retrouve dans cette douleur qui ne triche pas et les êtres auxquels on se raccroche malgré tout. Pour le narrateur, la femme meurtrie se confond alors avec sa petite fille qu’il a peur de confronter au monde hostile, par un subtil effet de miroir : je vois ma douleur dans celle de l’autre.
   
    La fin d’une absolue cohérence montre le narrateur qui rend son collègue si fou de haine qu’il finit par prendre un coup et s’évanouit, soutenu par la femme en ayant le désir de ne vivre rien que pour sa fille.
   
   Ensemble superbe au style ciselé. Claudel sait mêler humour (un passage truculent de langage «jeune») et drame (description psychologique de la souffrance face à la mort).

critique par Mouton Noir




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