Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La Maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino

Keigo Higashino
  La Maison où je suis mort autrefois
  Un café maison
  Le dévouement du suspect X
  L’Équation de plein été
  La Prophétie de l’abeille

Keigo Higashino (東野 圭吾) est un écrivain japonais de romans policiers, né à Osaka en 1958 .

La Maison où je suis mort autrefois - Keigo Higashino

Souvenirs d'enfance...
Note :

   Le titre absolument irrésistible, m'a fait me précipiter sur cet ouvrage!
   On a tous une maison où l'on est mort autrefois.
   Voilà une variation éprouvante à partir de ce thème.
   
   Il y a deux ans, le narrateur de ce récit a eu des nouvelles de Sakaya , son amie de jeunesse qu’il a fréquentée six ans du Lycée à l’université. Mariée et mère d’un enfant, elle n’assume pas du tout sa condition. Le narrateur, dans le cadre de son emploi a écrit plusieurs articles sur les femmes qui maltraitent leurs enfants et Sakaya est justement dans cette situation.
   En outre, son père vient de décéder, lui léguant un jeu de clefs et un plan pour se rendre en un lieu déterminé, où , de son vivant, il se rendait seul, sans explications.
   Elle veut y aller, espérant élucider son cas, dominer son mal-être, apprendre quelque chose de sa petite enfance. Elle n’a aucun souvenir avant l’âge de sept ans, et le peu qu’on lui a raconté sonnait faux et ne lui rappelait rien. Cette démarche lui fait peur et elle réclame l’aide de son ancien ami. A vrai dire, elle ne connait personne d’autre…
   Le narrateur ne veut pas renouer avec elle, sachant qu’il n’a aucune chance, mais il accepte finalement de l’accompagner en ce lieu…
   Le plan les mène à une maison abandonnée près d’un lac, dans la montagne. Une maison que semble-t-il les habitants ont dû quitter très vite sans rien emmener. Les pièces possèdent un certain confort sauf que l’électricité n’est pas installée, et que l’on ne peut entrer que par la cave! le frigo est plein, ils pénètrent dans les chambres et cherchent à en identifiera les occupants.
   Celle du jeune garçon de la famille retient vite leur attention. Livres de classe, bureau, vêtements… et même son journal intime à partir de quoi va commencer à s’élaborer le passé.
   Tout cela date de 23 ans, et les pendules sont immobilisées à une certaine heure comme si le temps s’était arrêté.
   On se demande comment et par qui la maison est "hantée..."
   Les deux protagonistes vont reconstituer le passé de cette étrange famille avec laquelle Sakaya avait peut-être des liens qu’on a soigneusement occultés pour de mystérieuses raisons.
   
   Cette enquête est très bien faite! On progresse à partir d’indices, et l’on résout l’énigme petit à petit par le raisonnement. Il est impossible au lecteur de tout deviner d’avance, je le dis aux fins limiers, tout le monde aura des surprises! La conduite de l’intrigue est rigoureuse et passionnante.
   
   A propos de souvenirs, ceux d’avant sept ans, sont avant tout des souvenirs-écrans mélange de fantasmes et de scènes vécues. La reconstitution de la vérité est possible par l’interprétation des indices livrés par les souvenirs.
   
    Ici les indices sont les objets trouvés dans la maison, son apparence, l’investigation à partir de ces matériaux. Grâce à ces indices le passé est reconstitué avec certitude quant à ce qui importe le plus…
   
   Mais que Sakaya finisse par se souvenir complètement de ce qu’elle a occulté, voilà qui est fort rare; et mérite d’être souligné.
    ↓

critique par Jehanne




* * *



Modiano au pays du Soleil Levant
Note :

   Grosse impression de malaise à la lecture de cette "maison où je suis mort autrefois". Certaines œuvres vous font cet effet, impactant votre vie quotidienne hors lecture, vous laissant dans un état d’esprit un peu flottant, un peu dans la crainte. Le dernier qui m’avait fait cet effet était "Les terrasses d’Orsol", de Mohamed Dib. Même impression comateuse, même impression de me trouver devant un coreligionnaire de Patrick Modiano, Algérien pour Dib et Japonais pour Higashino. Nous sommes dans la peau d’un ou des héros du roman, qui a oublié quelque chose et qui cherchera tout au long du roman.
   
   Le héros ici est une femme ; Sayaka Kurahashi. Elle fut dans son adolescence et sa jeune vie de femme la petite amie (bon sang quel terme!) du héros qui va relater la quête de sa prime enfance dont elle n’a ni traces ni souvenirs. Sayaka avait quitté brutalement son petit ami "historique" pour épouser un homme d’affaire il y a quelques années déjà quand elle reprend ex abrupto contact avec lui. Elle lui demande son aide pour tenter de remonter le fil de son enfance. Elle dit n’avoir aucune mémoire de ce qui a pu se passer avent l’âge de cinq-six ans.
   
   Son père vient de mourir et Sayaka s’est retrouvée en possession d’une clef, mystérieuse, mais surtout d’un plan sommaire conduisant de toute évidence à une bâtisse perdue en montagne.
   
   Contre toute attente, notre héros va céder aux supplications de Sayaka pour l’aider et nous allons suivre le déroulé de leur quête et en même temps la relation de la vie de Sayaka à son ancien petit ami, Sayaka mère maltraitante d’une petite fille de trois ans, une vie tout sauf simple.
   
   Ça fait davantage polar que Modiano, moins onirique que Dib. Entre les deux, avec l’univers japonais en toile de fond. Les rebondissements dans la quête de la vérité sont parfois un peu tirés par les cheveux mais ça reste prenant. Prenant mais vous met en état de malaise (Modiano me fait aussi un peu cet effet d’ailleurs).
    ↓

critique par Tistou




* * *



Soyez attentif !
Note :

   La littérature japonaise contemporaine est riche d’écrivains dont le dénominateur commun est de créer un espace romanesque où la réalité semble toujours voilée par une part d’obscurité et une sorte de confusion entretenue par de dangereuses liaisons avec un monde sombre et fantastique, parfois au point d’en devenir morbide. Haruki et Ryû Murakami (qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre), Yoko Ogawa ou bien encore à Akira Yoshimura en sont des représentants à divers titres.
   
   A cette liste prestigieuse il conviendra aussi d’ajouter Keigo Higashino, considéré comme une des figures majeures du roman policier japonais contemporain. Le livre dont il est question ici, avec son bien étrange titre qui dérange, "La maison où je suis mort autrefois", a d’ailleurs reçu le Prix Polar International de Cognac en 2010.
   
   D’une manière assez fascinante, Keigo Higashino y explore les raisons pour lesquelles un individu peut se retrouver frappé d’amnésie. On sait que, souvent, l’origine en est un choc intense et que le cerveau fabrique alors une stratégie de défense efficace en verrouillant l’accès aux informations susceptibles de faire resurgir une souffrance intense voire insupportable.
   
   L’amnésie est précisément l’un des troubles dont souffre une jeune femme, Sayaka Kurahashi. Mariée depuis peu à un homme toujours absent, elle est la mère d’une petite fille dont on vient de lui retirer la responsabilité pour raison de maltraitance. Sayaka ne pouvait s’empêcher, compulsivement, d’infliger toujours plus de souffrance à son enfant sans être capable d’expliquer les raisons de ses gestes qu’elle regrette profondément.
   
   A la mort de son père, elle reçoit une clé accompagnée d’un plan. Une invitation presque explicite à aller se rendre là où cette clé devrait permettre d’ouvrir une porte dont elle pressent qu’elle dissimule les secrets de ses propres souffrances. N’osant s’y rendre seule, elle force la main à son ex petit ami avec qui elle avait rompu brutalement il y a sept ans, pour l’accompagner sur place.
   
   Lorsque Sayaka et son ami pénètrent dans la maison dont la clé donne accès, ils découvrent un espace inhabité depuis près de trente ans mais dans lequel se trouvent d’étranges éléments (un journal intime d’un enfant, des costumes d’adulte, des lettres, un télescope, des pendules toutes arrêtées à la même heure…) qui invitent à décoder ce qui apparaît peu à peu comme une sorte de gigantesque mise en scène.
   
   Commence alors une enquête où, pas à pas, entre la logique du jeune homme et les surgissements d’images remontant du passé de Sayaka, une terrible explication va permettre de comprendre ce qui s’est passé autrefois et éclairer, du coup, le mal-être de Sayaka.
   
   K. Higashimo mène son récit de main de maître, semant des indices ici et là auquel le lecteur ferait bien d’être attentif. C’est d’ailleurs aussi la principale limite de ce roman par ailleurs parfaitement ficelé que de faire surgir des informations étranges qu’un lecteur de polar aura tôt fait de détecter comme essentielles voire de décoder tandis que le petit couple d’enquêteurs semble, pour un temps du moins, passer à côté.
   
   Mais cela n’empêchera pas de dévorer un livre qui se lira quasiment d’une seule traite et laissera un certain sentiment de malaise du fait des thèmes qu’il abordera.

critique par Cetalir




* * *