Lecture / Ecriture
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Roman de Vladimir Sorokine

Vladimir Sorokine
  Journée d'un opritchnik
  Roman
  La Tourmente
  Soupe de Cheval

Connu dans les milieux non-conformistes depuis la fin des années soixante-dix, Vladimir Sorokine, né en 1955, devient un écrivain russe majeur après l’effondrement de l’Union soviétique.
Ses romans, nouvelles, récits et pièces de théâtre sont de véritables événements, suscitant louanges, critiques acerbes, contestations, indignation.
(source l'éditeur)

Roman - Vladimir Sorokine

Aimé n’est pas le mot
Note :

   Est-ce que j’ai aimé ce livre? Aimé n’est pas le bon mot.
   
   Est-ce que je le garderai en mémoire? Absolument il me sera impossible de l’oublier et pourtant j’ai beaucoup de mal à en faire un résumé tellement ce livre m’a laissé ahurie, hébétée, ayant de la peine à croire ce que je lisais, étant encore aujourd’hui, plusieurs jours après avoir terminé ma lecture, terrifiée par ce texte.
   
   Tout d’abord il faut vous dire que "Roman" est le nom du héros, Roman Alexeïevitch pour être précis. Le choix du patronyme est le premier gravillon dans la chaussure glissé par Sorokine mais au début on ne se méfie pas.
   Vous voilà à la fin du XIX ème siècle, dans la Sainte Russie, la Russie éternelle, celle de Tchékhov, de Tolstoï, de Tourgueniev.
   Tout le roman russe défile pendant 500 pages, avec maestria Sorokine convoque tous les grands écrivains, toute "l’âme Russe" et il le fait avec une habileté diabolique. On est pris, on s’attache aux personnages, on lit avec bonheur des pages de description d’une nature magnifique.
   
   Roman, est un jeune aristocrate qui lassé d’être avocat revient dans la propriété où il a passé son enfance. Un retour aux sources, il revient vers la superbe Zoïa dont il est amoureux fou mais qui peut être ne l’a pas attendu.
   Il a décidé de consacré sa vie à la peinture. Toute la famille est heureuse de le voir, les oncles, les tantes, les cousins, le vieil instituteur, le docteur, le père Agathon, les voisins, les domestiques, tout le monde lui fait fête.
   On baigne dans une atmosphère plus Russe que Russe, c’est éblouissant, tout est en place, le samovar fume, le héros retrouve le goût des nourritures de son enfance "Esturgeon et saumon, caviar pressé et jambon fumé, sandre en aspic et brochet farci, tomates au sel, lactaires délicieux, bolets, pommes macérées, chou aigre aux airelles, tout s’entassait sur des assiettes et des plats à touche-touche, formant un fantastique paysage, au milieu duquel pointaient, ici ou là, les tours de cristal multicolore des carafons de vodka, de vins, de liqueurs en tous genres"
   Après les gourmandises c’est le retour à la nature qui va combler Roman "le jardin était obscur et frais. C’était une douce nuit de printemps, au ciel bas, dans les tons de violet foncé, effleuré ça et là par des étincelles d’étoiles que l’on distinguait à peine" La passion de la chasse lui revient "il marchait, scrutant ces lieux si familiers et si chers que son cœur cessait de battre dans sa poitrine et que des larmes lui montaient aux yeux."
   
   C’est romanesque à souhait non? Bien sûr Zoïa l’ingrate l’a oubliée, deuxième petit gravier semé par Sorokine, mais elle est vite oubliée au profit de Tatiana, la magnifique Tatiana, qui bien que de condition modeste comble toutes les attentes, foin de la différence de milieu et de fortune.
   Voilà vous avez lu plus de 400 pages, et vous commencez à trouver qu’il y a quelque chose d’étrange dans ce récit, l’auteur serait-il en train de vous piéger? Mais non, soulagement tout s’accélère soudain, un accident de chasse, la préparation d’un mariage, vite, vite, tout doit se faire rapidement , tellement rapidement que vous ne voyez pas la fêlure, du moins vous ne la comprenez pas vraiment, et c’est fini pour vous, vous êtes livré à Sorokine pieds et poings liés.
   Il vous reste 100 pages à lire, le récit devient apocalyptique, sidérant, l’écriture se fragmente, les mots volent en éclats, vous continuez de lire un peu hypnotisé mais stupéfait, effaré, jusqu’au dénouement.
   
   A lire les critiques, Sorokine est présenté comme un auteur qui dérange, comme l’enfant terrible des lettres russes, c’est vraiment peu dire! Il dit de son roman "C’est un livre sur la mort, et le crépuscule d’une civilisation, celle de l’ancienne Russie", je dirais que l’auteur fait exploser cette image à coup de mots avec une puissance extraordinaire.
   La quatrième de couverture évoque une maestria éblouissante, un dénouement stupéfiant laissant le lecteur effaré, et bien pour une fois c’est en dessous de la vérité.
   Un roman fou, halluciné, un roman choquant, inquiétant mais en même temps remarquable et inoubliable. Âmes sensibles s’abstenir!
   
   Dans une longue interview dans "le Matricule des Anges" il dit "J'ai essayé de dégager les relations existant entre notre conscience russe saturée de références littéraires et la vie rurale désespérée, primitive, de la province"

critique par Dominique




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