Lecture / Ecriture
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Soupe Tonkinoise de Jan Thirion

Jan Thirion
  Soupe Tonkinoise
  Microfrictions
  Sextoy made in China
  Caresser les chiens morts
  20 manières de se débarrasser des limaces
  Tout moi
  La grande déculottée

Jan Thirion est un écrivain français né en 1952 et mort en 2016.

Soupe Tonkinoise - Jan Thirion

Pavillons… de complaisances!
Note :

   Jan Thirion est un auteur de la région de Toulouse que je découvre par cette lecture qui s'annonce pour le moins dépaysante.
   
   Nous sommes à Hanoï, au mois d'août 1910. La vie est belle, enfin pour une certaine catégorie de la population européenne ou notables locaux. La situation semble calme, quelques tentatives de rébellion et quelques incursions de bandits vers la frontières avec la Chine. Les militaires se plaignent d'un manque de moyens techniques mais festoient à la moindre occasion. Une vie somme toute très agréable, mais en surface uniquement. Un officier français, le lieutenant Lamourette disparaît, il était l'amant de Mathilde, l'épouse du colonel Manchecol, commandant de la place. Son ordonnance est blessé et une pensionnaire du Pavillon du Lotus assassinée. Y a t-il un rapport entre tous ces faits? Hélie Auguste Thirion est chargé par les autorités militaires de mener l'enquête sur la disparition du lieutenant, et partant de là beaucoup de choses vont se passer, surtout qu'Hélie ressemble beaucoup à Lamourette, et que le dit Lamourette ne ferait pas que passer par là comme le dit la chanson. Pour lui certaines femmes perdaient la tête et leurs vertus!
   
   Par contre parmi les dames dites de petites vertus, certaines perdent réellement la tête et l'on retrouve leurs cadavres décapités au petit matin. Pour l'instant la police en dénombre une bonne douzaine, mais qui va s’inquiéter de ces pauvres femmes! Pourquoi en vouloir à ce point à cette population de travailleuses des pavillons verts où se retrouvent haut-gradés de l'armée et fonctionnaires européens et asiatiques, célibataires ou homme mariés, des endroits ou règne en apparence la plus parfaite harmonie. Mathilde devient la maîtresse d'Hélie...
   
   Un officier français est retrouvé assassiné, dans ce cas-là c'est le branle-bas de combat, la torture est un moyen commode pour obtenir des aveux... Hélie découvre que Lamourette et ses amis se retrouvaient au Pavillon du Lotus. Les pavillons verts sont des endroits où la vertu n'est pas de mise, ni pour les unes, ni pour les uns. Les noms de ces endroits dégagent un parfum qui n'est pas d'opium, mais de sexe, pourtant ce n'est pas pour cette raison que ces hommes se retrouvaient dans cet endroit... L’enquête en cours sur la disparition de l'officier semble déranger sa hiérarchie, car Hélie en est dessaisi.
   
   Les personnages sont relativement nombreux, mais passent pour un ou deux chapitres, et sont mentionnés à ce moment-là. Le maréchal des logis Hélie Auguste Thirion, Lorrain, fils et petit-fils de militaires, est le personnage principal de ce roman, ayant un jour élucidé un mystérieux complot, il mène l'enquête. Mathilde, épouse adultère du colonel Manchecol, est une femme étrange et troublante, et évidement beaucoup plus jeune que son époux. Elle devient assez rapidement la maîtresse d'Hélie, avec le sentiment du devoir accompli et apparemment sans aucun complexe. Les militaires français masquent, par une insouciance de vie, la peur constante de l'attentat ou de la révolte sous-jacente.
   
   Une plongée très réussie dans le Hanoï de l'époque, où le dépaysement est garanti malgré le fait que les noms de lieux soient en français, colonisation oblige.
   
   Ce roman dresse un constat social assez surprenant sur les "bienfaits" de la présence militaire au Vietnam. J'ai personnellement beaucoup appris sur les familles mixtes et le sort qui était réservé aux épouses et enfants des soldats français décédés. Les épouses étaient chassées de leurs logements de fonction et les enfants envoyés de force en France! Une mosaïque bigarrée compose le Hanoï de l'époque, mais chacun reste dans son monde, avec ses habitudes et ses traditions. Quelques allusions à la future première guerre mondiale, la certitude de la solidité des lignes de défense françaises, la suffisance du colonel Manchecol et l’incompétence du général Bataille qui figure parmi les généraux du Tonkin. Il est à noter que l'auteur manie un certain humour dans les noms de personnages, son héros en premier lieu, car il est rare de donner son propre nom au personnage principal d'un de ses romans. Mais on trouve aussi un général Bataille, le lieutenant Lamourette, les soldats Casanova (un célibataire) et Boulot, un chien nommé sœur Tung! Les tenancières de maison closes se nomment Madame Nénuphar, Madame Lotus ou Madame Chrysanthème dont l'adresse est près du jardin Botanique.
   
   Cette collection sort des sentiers battus (et rebattus) du genre en éditant des romans qui incitent à la recherche, pour le bagne des îles Poulo Condor par exemple ou sur la vie de ce qu'il faut bien appeler des forces d'occupation.
   
   
   Extraits :
   
   - Parfois, il aimerait bien devenir asiatique et ne plus transpirer comme seuls suent les Européens sous ces latitudes.
   
   - D'ailleurs, il est meilleur stratège que politicien. On ne manie pas le sabre avec des effets de manche.
   
   - Les policiers civils compliquent tout. La grande muette n'aime pas les voir fouiller dans le barda des militaires.
   
   - Elle a mal au sein. Elle a mal à son intimité. Son dernier long-nez l'a malaxée comme une boule de riz pour la préparation d'un gâteau gluant.
   
   - Nul doute que s'il touchait une meilleure solde, Hélie investirait dans les emprunts de ces sociétés de culture du " bois qui pleure".
   
   - Dire qu'un petit quart d'heure de passion amoureuse a suffi pour compliquer sa paisible existence de garnison. C'est quoi un quart d'heure dans une vie?

critique par Eireann Yvon




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