Lecture / Ecriture
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L'artiste des dames de Eduardo Mendoza

Eduardo Mendoza
  L'artiste des dames
  La ville des prodiges
  Le mystère de la crypte ensorcelée
  La grande embrouille
  L’année du déluge
  Mauricio ou les élections sentimentales
  Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus

Eduardo Mendoza est un écrivain espagnol né à Barcelone en 1943.

L'artiste des dames - Eduardo Mendoza

Croustillant et drôle
Note :

   Apprêtez-vous à passer un joyeux moment avec ce roman délirant, croustillant et drôle.
   Imaginez un gentil fou, enfermé au fin fond d’un asile dans la banlieue de Barcelone. Un jour, sans crier gare, il sort après un entretien à la Marx Brothers avec un directeur médecin gâteux, vénal et adipeux.
   
   Recueilli par une sœur au physique repoussant, ex-péripapéticienne des bas quartiers de Barcelone et désormais mariée à un entrepreneur pédéraste, il se retrouve à la tête d’un salon de coiffure. Enfin, salon par le nom car pour le reste, tout est à reprendre. Notre homme se met à la tâche, chasse les souris, les cafards et les chats et commence à faire tourner son commerce.
   Mais bientôt, il se trouve embarqué dans une histoire abracadabrante, accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis mais qu’on cherche à toutes fins lui faire endosser.
   Commence alors une véritable intrigue policière où E. Mendoza nous promène avec ardeur et délice. Une intrigue incroyable, pleine de rebondissements et où se trouvent mêlés un maire de Barcelone complètement sénile et obnubilé par sa réélection prochaine, une série de femmes vénales et dont la vraie nature tortueuse et sombre va se révéler peu à peu à nous et des hommes d’affaires roublards mais qui vont se faire doubler par plus malin qu’eux.
   
   Bref, le délire est au service d’une peinture féroce de la grande bourgeoisie, celle à qui tout est presque permis au nom de l’argent, du pouvoir et du sexe. Mais les petits en sortiront grandis et réhabilités. Sans moralisme aucun, juste histoire de marquer les extrêmes, omniprésents dans ce roman délicieux.
   
   La force du livre est dans une écriture décalée, drôle, riche et débordante comme seule la littérature espagnole ou brésilienne savent en produire. Mais, attention, une écriture remarquablement maîtrisée et au service d’une intrigue qui semble débridée. Semble seulement, car il faut une habilité littéraire redoutable pour ne pas se perdre comme auteur, pris au piège d’une histoire qui pourrait menacer de s’effondrer ou de s’essouffler.
   
   Rien de tout cela. C’est un morceau de bravoure, savoureux, goûteux, joyeux qu’une fois commencé, vous ne voudrez plus lâcher.
   
   Alors, courez vers votre libraire préféré.
    ↓

critique par Cetalir




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Polar rigolard
Note :

   C’est un livre plein d’intelligence et de distance vis à vis de la littérature que voilà! Petit plaisir complice entre lecteur et auteur. Ce ton résolument décalé, usant de parenthèses souvent humoristiques et bien senties, est original et laisse deviner un auteur plein de malice.
   Goutez ce passage issu d’un dialogue: « - Assez d’immondices romantiques. Si, pour votre malheur, vous lisiez une scène semblable dans un roman de quatre sous, vous le jetteriez immédiatement à la poubelle après avoir craché sur le nom de l’auteur. » P 260
   
   Mais ce n’est pas que ça. C’est aussi un polar à l’intrigue bien ficelée. Où le personnage principal, sortant d’un asile de fous, se voit obligé d’enquêter sur un meurtre parce que tout le désigne comme coupable. Ce coiffeur au profil farfelu nous livre son ressenti brut des évènements.
   
   Le burlesque est poussé au paroxysme au chapitre 4. Les protagonistes se succèdent en pleine nuit dans l’appartement du héros qui les cache tour à tour et reçoit leurs confidences un à un. Des représentants de la bourgeoisie barcelonaise, un maire obnubilé par sa réélection, des femmes aux manœuvres manipulatrices, un employé omnipotent… Du théâtre de boulevard en littérature. L’auteur ne s’effraie devant aucune situation. Il se régale de son audace et nous aussi.
   « La proposition m’a fait l’effet que le lecteur pourra imaginer (s’il en a envie) et m’a aussi profondément troublé. Depuis ma plus tendre enfance je m’étais attaché à me conduire conformément à ce que recommandent la raison, les bonnes mœurs et la stricte légalité. Et si en quelques occasions (réitérées) j’avais contrevenu à ces règles directrices (de ma vie) en me laissant mener par mes pulsions émotionnelles… » P 116
   
   Même si quelques situations poussent le bouchon un peu loin, l’ensemble est une vraie réussite littéraire à mon goût. Un art réjouissant et maitrisé du non-sérieux. Une légèreté salutaire.
   Une intrigue digne d’Agatha Christie, un ton résolument drôle et détaché.
   Qu’a-t-il écrit d’autre?

critique par OB1




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