Lecture / Ecriture
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Visages de l’Inde et autres rêves de Urbano Tavares Rodrigues

Urbano Tavares Rodrigues
  L'Imitation du bonheur
  Visages de l’Inde et autres rêves

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Visages de l’Inde et autres rêves - Urbano Tavares Rodrigues

Miniatures orientales
Note :

   Auteur avec "L’Imitation du bonheur" - publié pour la première fois en 1966 et aussitôt interdit - d’un des romans les plus emblématiques du régime de Salazar, dont il dresse un état des lieux implacable, Urbano Tavares Rodrigues nous entraîne ici aux antipodes de cette critique sociale et politique, aux antipodes d’ailleurs du Portugal, vers Delhi et l’ancien comptoir portugais de Goa.
   
   Au fil de vingt-trois brèves proses poétiques, "Visages de l’Inde et autres rêves" nous propose en effet autant de miniatures d’une Inde dont on ne sait pas toujours si elle est réelle ou rêvée. Une Inde de cartes postales en tout cas, l’Inde des beaux hôtels, des temples, des plages – palmiers, soleil et sable chaud, et jusqu’à la vue du Taj Mahal au coucher du soleil – où l’extrême misère qui est sans nul doute l’un des visages du pays ne fait que quelques apparitions fugaces: "La pauvreté est loin du musée, dans les bataillons de la vieille ville, même si elle vient parfois gratter humblement aux portes de l’opulence." (p. 46)
   
   Mais ce qui s’impose par-delà le caractère idéalisé ou même cliché de ces textes, c’est l’éveil sensuel qui s’y fait jour - "Partout Eros commande la vie, même dans les quartiers de la misère et de l’échec, ou du business avide qui foisonne par ici." (p. 48) -, la vitalité qui s’en dégage. Le voyage géographique y cède la place aux reflets d’une aventure intérieure. Et si cela pourrait décevoir les lecteurs en quête d’une approche réaliste du sous-continent indien, c’est aussi très troublant et étonnant. Et c’est une belle découverte que cette autre facette de l’œuvre d’un des grands romanciers portugais contemporains.
   
   
   Extrait:
   
   L’opale intérieure
   Je suis venu ici retrouver l’arôme piquant de toutes les fleurs et de toutes les saveurs, et le croassements des corbeaux de l’antique Goa, le fantôme des églises reconstruites, et les processions zébrées de vert et d’or, la respiration des puits qui attire la mort, les buffles somnambules qui avancent lentement dans les rizières d’un de ces demi-dieux guerriers des sagas du Sud de l’Inde. Dans l’éclair bleu de cette fin d’étape, éblouissant écran, je trouve tes lèvres de corail et d’éternel sourire, toujours si fraîches. J’y puise à longs traits émus la gloire de la vie, blotti dans cette chaleur qui enveloppe la terre et dit adieu dans un murmure. (p. 28)

critique par Fée Carabine




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