Lecture / Ecriture
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Walden de Henry Thoreau

Henry Thoreau
  Walden
  Journal 1837 / 1840

Henry David Thoreau est un écrivain et philosophe américain né en 1817 et décédé de maladie (tuberculose) en 1862.

Walden - Henry Thoreau

L'un des géants
Note :

   Il est tout jauni, il craque, des pages risquent de s’envoler... bref il est dans un état pitoyable, si je le feuillette mes annotations ponctuent les pages mais elles sont devenues illisibles, la traduction date de 1922 alors...
   Alors j’ai franchi le pas et j’ai profité d’une réédition qui rassemble le gratin: Jim Harrison en préfacier et Brice Matthieussent en traducteur, deux bonnes raisons de racheter "Walden" et de reprendre un peu de Thoreau.
   Diable d’homme et diable de livre car si on a le malheur de l’ouvrir, toc on est harponné pour un bon moment, comment résister à:
   « je vivais seul au milieu des bois»
   
   « Ce petit lac était un voisin précieux entre deux légères averses orageuses d’août quand, l’air et l’eau demeurant parfaitement immobiles, et le ciel couvert, le milieu d’après-midi avait toute la sérénité du soir et la grive des bois qui chantait à la cantonade se faisait entendre d’une rive à l’autre»
   
   « Quand un seul invité franchissait ma porte, il partageait parfois mon repas frugal, et notre conversation n’était guère interrompue par la préparation d’un pudding à la bouillie de maïs ou par l’observation d’une miche de pain en train de lever et de cuire parmi les cendres»
   
   « Je me demande ce que fait le monde en ce moment. Voilà trois heures que je n’ai même pas entendu la moindre sauterelle dans les fougères.»

   
   Dans sa préface Jim Harrison dit qu’il entretient de profondes affinités avec Thoreau et que cela remonte à l’enfance, lui même a possédé un chalet isolé mais que son amour pour Thoreau est lié au fait que c’est «Un étudiant assidu tant de la littérature que de la nature» et qu’il est dangereux pour l’esprit!
   
   Il ajoute «Le XIX ème siècle nous a donné trois géants, Thoreau, Whitman et Melville»
   Peut être êtes vous capables de résister à ça... moi pas du tout alors je vous invite à "sucer la moelle de la vie"
   
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critique par Dominique




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A garder toujours près de soi
Note :

   Première parution, 1854
   
   "Vers la fin de mars 1845, ayant emprunté une hache je m'en allai dans les bois qui avoisinent l'étang de Walden, au plus près duquel je me proposais de construire une maison, et me mis à abattre quelques grands pins Weymouth fléchus, encore en leur jeunesse, comme bois de construction. Il est difficile de commencer sans emprunter, mais sans doute est-ce la plus généreuse façon de souffrir que vos semblables aient un intérêt dans votre entreprise."

    
   Ce récit relate en détails les deux ans et deux mois passés dans cette cabane, mais, alors que je m'attendais à un "Indian Creek" au 19ème siècle, pas du tout! Sa cabane est toute proche d'un chemin de fer et de la petite ville de Concord, où il a passé quelques années déjà et il reçoit d'assez fréquentes visites, vivant très simplement de quelques cultures ou cueillettes, sachant se satisfaire  de peu, sans hésiter à donner le détail de ses comptes, fort équilibrés.
    
   "J'avais dans ma maison trois chaises: une pour la solitude, deux pour l'amitié, trois pour la société."

    
   Il y a du Montaigne chez Thoreau, qui n'hésite pas à philosopher à la première personne et à citer des anecdotes, empruntées non à l'Antiquité grecque, mais souvent à des philosophes hindous ou même à la vie des habitants de Concord. Simplicité est son maître mot et il n'hésite pas à expliquer comment le mettre en œuvre dans bien des domaines. Utopie? Bon sens? Il va même jusqu'à démontrer qu'on voyage plus vite à pied qu'en train, et c'est convaincant, si l'on considère dans le temps de trajet celui nécessaire à obtenir par son travail les moyens financiers de voyager en train...
    
   Il préfère nous inciter à voyager en nous mêmes (explorant "la mer intime") plutôt qu'au bout du monde.
   Cependant il ne cherche pas à imposer son expérience à tous, préférant voir "chacun attentif à découvrir et suivre sa propre voie, et non pas à la place celle de son père ou celle de sa mère ou celle de son voisin." Lui même quitte aussi finalement les bois. "Peut-être me sembla-t-il que j'avais plusieurs vies à vivre, et ne pouvais donner plus de temps à celle-là."
    
   Mais alors, pas de "nature inside" comme je les aime? Bien sûr que si, Thoreau sait évoquer sa vie en détail, décrit l'étang de Walden et les bois au cours des différentes saisons, les habitants, animaux ou êtres humains, anciens ou actuels, avec précision, sans jamais oublier de faire part de réflexions personnelles. Il a eu la chance d'observer un faucon pèlerin, "il répétait sa libre et superbe chute, en roulant sur lui-même tel un cerf-volant, pour se relever de son orgueilleuse culbute (..)Il semblait qu'il fut sans compagnon dans l'univers et n'en demander d'autres que le matin et l'éther avec quoi il jouait. Il n'était pas solitaire, mais faisait solitaire toute la terre au-dessous de lui."
    
   Tout le passage est superbe, comme bien d'autres post-ités mais hélas trop longs à copier... En fait il s'agit d'un récit à lire et relire, à avoir chez soi pour en savourer un morceau tranquillement. La traduction de L. Fabulet, datant de 1922, est parfois délicieusement désuète (par exemple, emmi qui signifie au milieu de) mais coule très bien.

critique par Keisha




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