Lecture / Ecriture
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Le roman de Bergen - 3 - Le crepuscule de Gunnar Staalesen

Gunnar Staalesen
  Anges déchus
  Le loup dans la bergerie
  La Belle dormit cent ans
  La nuit tous les loups sont gris
  Le roman de Bergen - 3 - Le crepuscule
  Le roman de Bergen - 1 - L'aube
  Le roman de Bergen - 2 - Le zénith
  Fleurs amères
  Comme dans un miroir
  L’Enfant qui criait au loup

Gunnar Staalesen est né à Bergen, en Norvège, en 1947. Il fait des études de philologie et débute en littérature à 22 ans. Il se lance peu à peu dans le roman policier et crée en 1975 le personnage de Varg Veum, qu'il suivra dans une douzaine de romans.
(Source éditeur)


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le roman de Bergen - 3 - Le crepuscule - Gunnar Staalesen

Le livre dont Staalesen est le plus fier*
Note :

    "Le crépuscule" achève la saga de la ville de Bergen à l'aube du XXIè siècle. Bergen et ses habitants, à travers quelques familles de notables ou d'ouvriers, a traversé le siècle au rythme des chaos de l'Histoire et des grandeurs et misères des histoires: les rides du temps se voient sur les bâtiments qui ont résisté aux incendies et à la guerre, sur l'évolution du port et de son activité, sur les nouveaux quartiers qui grandissent autour de Bergen mais surtout sur les vieux quartiers où les maisons sont en attente de démolition... un pan, des pans d'Histoire cèdent peu à peu la place à la modernité et au confort. Même dans les villages reculés, le temps adoucit les conditions de vie et de travail. Les enfants de l'après guerre reconstruisent la nation norvégienne tandis que leurs enfants écoutent avec délices la musique venue d'Amérique: le Rock'n Roll fait tourbillonner la jeunesse et les engagements politiques. La guerre froide sépare l'Europe en deux blocs, l'Ouest et l'Est, le capitalisme et le communisme.
   
   Les années 60, à Bergen, sont marquées par l'enlèvement d'une fillette Veslemoy Heggoy, retrouvée par de sjeunes gens en goguette un samedi soir, perdue, grelottante, sanglotante et muette. Elle ne se souvient de rien et son mutisme est comme un refuge. Elle est suivie par une femme policier qui tente de faire émerger des oubliettes de la mémoire des indices, des bribes de ce qui lui est arrivé. Une seule certitude, Veslemoy n'a pas été violée... consolation certes mais maigre car le coupable court toujours et courra longtemps avant que la justice ne le rattrape.
   
   Un peu à l'image de l'enquête concernant le meurtre de consul Frimann (eh oui, n'oublions pas ce mystère qui ressurgit de temps à autre au cours du roman!), l'enquête sur l'enlèvement de Veslemoy est le fil conducteur du premier opus de "Crépuscule". Veslemoy, lentement, se reconstruit, retourne sur les bancs de l'école, très surveillée, n'étant jamais seule. Une nuit l'imprègne sans qu'elle puisse y mettre des mots ni trouver un chemin jusqu'au jour où, en plein cours à l'université, elle étouffe d'angoisse et se traîne pour rentrer chez elle. Veslemoy a entendu parler de psychanalyse mais n'a jamais franchi le pas: elle se contente de consulter un médecin qui lui prescrit des décontractants. Tout rentre dans l'ordre, Veslemoy devient maman et la sérénité semble être de retour. Mais c'est sans compter sur la persistance des messages de l'inconscient et leur ressurgissement au moment où l'on s'y attend le moins. Comme elle ne peut continuer à raser les murs ni à changer sans cesse d'itinéraire, elle se décide à consulter une psychiatre. Lentement elle reprendra goût à la vie, elle apprendra à affronter ses peurs et à regarder les images que son cerveau, terrorisé, avait censuré au plus profond de son inconscient. Enfin, Veslemoy aura la force nécessaire pour aller déposer son témoignage et donner enfin les indices qui permettront l'arrestation du coupable. Le dénouement de cette affaire est malgré tout bien mené ainsi que la chute qui permet de constater, une fois encore, combien les fils des vies de nos famille bergenoises sont intimement liés et tissés et combien Staalesen sait insérer, l'air de rien, des indices dans le récit qui n'apparaissent clairs que lorsque la solution arrive (oui, mais c'est bien sûr!)!
   
   Les années 80 et 90 seront pour Bergen ternies par une tragédie humaine et industrielle: la catastrophe off shore de la plate-forme pétrolière Alexander Kielland et son tragique sauvetage nocturne. La course au profit de notre nouvelle ère industrielle a fait fi de la dépense pour sécuriser les installations dites sensibles: la manne pétrolière est trop importante pour investir dans ce qui peut paraître superfétatoire... jusqu'au jour où le drame humain et les séquelles psychologiques secouent les consciences. Staalesen sait bien mettre en valeur, par son talent de conteur, les petits détails qui sont importants ainsi que les menus faits historiques qui font la société dans laquelle on évolue. Là encore, les destins croisés sont de mise: on se rappelle la brève liaison entre Ingrid et le prédicateur Peder Paulus Haga; Ingrid rencontrera au soir de sa vie sa fille qu'elle abandonna bébé.
   La fin des années 70 fut celles du combat des femmes pour le droit à la liberté de procréer ou non et au droit à l'avortement: les héros de la saga sont confrontés à ces débats et prennent position. Puis c'est l'accès à la fonction de pasteur pour les femmes après moult batailles et les droits à l'immigration. Enfin, les années 90 seront celles des yuppies qui amassent des fortunes en quelques heures et qui peuvent les perdre aussi vite qu'ils les ont gagnées!
   
   Et notre affaire du consul Frimann? Où en est-elle? Sera-t-elle un jour élucidée? Cécilie Brandt est devenue une vieille dame qui souhaite savoir ce qui est arrivé 100 ans plus tôt à son père. Ce drame l'a suivie toute sa vie. La famille de Christian Moland a reçu un lourd héritage: le secret de la liaison de Christian et Kristin Pedersen et les indices, concernant le meurtre de Frimann, glanés au fil du siècle. Arrivent un jour entre les mains d'un détective privé les carnets de Hjalmar Brandt, époux de Cécilie, et les notes cumulées de Christian Moland et son collègue Berstad. Et si la clé se trouvait dans la maison occupée autrefois par Kristin Pedersen? Et c'est ainsi qu'en remontant le temps, Staalesen, après avoir bien baladé son lecteur au cœur de l'histoire de Bergen et de la Norvège, offre les clés du mystère à son lecteur! Ouf! Car j'ai bien cru que je ne saurai jamais le fin mot de l'histoire.
   
   Au final, dans ce roman-fleuve, on retrouve ce qui caractérise le roman nordique: l'amour défendu (Kristin en est le catalyseur dès le début puis la relation amoureuse entre Sigrid et Friedrich ou encore les amours de Veslemoy avec le pasteur Ragnard Moland), la mémoire des familles, la trahison, le suicide (notamment celui du premier suspect et celui du comédien Robert Gade), le goût désespérant, lancinant proche de la pathologie, du secret. Ce qui peut obscurcir la vision globale du roman c'est aussi un ensemble de faits relatés comme s'ils étaient des affaires obscures élucidées de manière peu satisfaisante. Il est vrai que la vérité faite sur la disparition de Veslemoy est très embrouillée mais percutante malgré tout grâce au petit détail (le tableau seul souvenir conservé de l'ancien chalet) qui éclaire l'ensemble.
   
   Une fresque longue et palpitante malgré quelques temps morts, une œuvre ambitieuse réussie et agréable à lire! Bref, en un mot comme en mille, je suis conquise par l'écriture de Staalesen... "Une femme dans le frigo" m'attend sur les étagères de ma bibliothèque.
   
   
   Le roman de Bergen est publié en France en 6 volumes :
   
   2 tomes pour "l'Aube"
   2 tomes pour "Le zénith"
   2 tomes pour "Le crépuscule"
   
   
   * Ainsi qu'il l'a déclaré au cours d'une rencontre avec ses lecteurs, en France.
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critique par Chatperlipopette




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Années 60-70, volume 5
Note :

   Allez, ne lâchez pas. C’est l’avant dernier tome de la série. Vous allez ensuite avoir fini d’en entendre parler! Rappelons rapido que la série raconte l’histoire de la ville de Bergen, en Norvège, du début du 20e siècle jusqu’à la fin de celui-ci. Dans ce tome en particulier, nous sommes dans les années 60-70, avec la troisième et la quatrième génération de personnages. Et vous savez quoi? Il y a des arbres généalogiques. Je BÉNIS ces arbres généalogiques. Parce que les noms norvégiens sont disons… hors de ma zone de confort, et qu’en plus, les prénoms reviennent de génération en génération! Je n’étais que confusion!
   
   Ce tome est toutefois celui qui m’a le moins plu dans la série à date. Le début est haletant, avec la disparition d’une fillette. Nous vivons au rythme de cette recherche (plusieurs personnages sont policiers) mais j’avoue que plus il y a de personnages, moins je suis attachée à eux. En fait, LE personnage, c’est la ville. Ici, nous sommes plusieurs années après la guerre et on parle beaucoup politique, communisme surtout. Et je suis nullissime en politique. Genre que les différentes factions du parti communiste, je n'y comprends rien. Du coup, je me suis sentie un peu perdue pendant cette partie du roman et mon intérêt s’est émoussé. Par contre, comme je veux connaître le fin mot de l’histoire du meurtre qui a ouvert le tome 1, c’est officiel que je lirai le dernier tome, le 6e.
   
   Et je me répète… maintenant, je veux aller en Norvège!
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critique par Karine




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Tome 3 – partie 2, c'est à dire, volume 6
Note :

   Le comment du pourquoi
   Parce qu’il faut bien finir la série… et que bon, je veux savoir, moi, qui a tué le consul Frimann au début du tome 1!
   
   C’est quoi, cette histoire?

   Je ne vais pas tout vous résumer ici… surtout que j’ai déjà parlé du tome 1, du tome 2, du tome 3, du tome 4… et du tome 5. Je sais, je suis répétitive! Sachez seulement qu’en 6 tomes, on nous raconte un siècle d’histoire de la ville de Bergen (où j’ai maintenant une envie folle d’aller), à travers celle de plusieurs familles de plusieurs couches sociales. Et pendant la majorité de ma lecture, ça m’a passionnée. Bon, moins vers la fin, je l’avoue… mais quand même, elle est bien, cette série.
   
   Mon avis :

   Soyons clairs. Les quatre premiers tomes de cette série sont géniaux. Pour les tomes 5 et 6, que j’ai lus un peu plus tard, j’ai été moins passionnée parce que souvent perdue dans les familles (ils ont des noms norvégiens… qui reviennent d’une génération à l’autre, j’ai une bonne mémoire, mais pas tant que ça) et parce que plusieurs événements sont survolés. Après 6 tomes, on croirait que ça traîne mais non, en fait. Dans ce volume 6, il se passe tout plein de choses, pour plein de gens différents, qui ne font l’objet que d’une partie de chapitre, sans que l’on y revienne nécessairement plus tard. J’en garderai le souvenir d’un dernier tome intéressant au plan historique mais très peu au plan romanesque. Heureusement, le tout a été sauvé par la fin, où nous voyons apparaître un certain Veum… Varg Veum.
   
   Nous survolons donc ici la fin du siècle, les années 80 et 90, marquées par la tragédie de la plate-forme pétrolière Alexander Kielland, la spéculation et la modernisation. Dans la maison de retraite, une certaine Cecilie Brandt (née Frimann), a été le témoin privilégié du siècle qui nous est raconté dans la série, sans toutefois bien comprendre comment s’est déroulé l’événement qui a marqué sa vie, l’assassinat de son père quand elle avait 18 mois. Et c’est pour elle que sera finalement révélé ce qui s’est passé au début du premier tome. Il va sans dire que l’intérêt du roman ne se limite pas à ça.
   
   Une série que je conseille donc de lire peut-être pas tout d’une traite, mais il ne faut quand même pas trop traîner… et gardez une copie de l’arbre généalogique fournie au tome 5 pas trop loin. Petit conseil d’ami! Ceci dit, le portrait de la ville, qui est le véritable personnage principal de la série, est magnifiquement tracé et chaque événement majeur ayant transformé son visage fait partie de ceux qui marquent, davantage que ce qui se passe dans les vies des personnages. À la fin, j’ai eu l’impression de l’avoir vécu, ce siècle… et je compte bien aller faire un tour en Norvège, ne serait-ce que pour voir cet endroit !

critique par Karine




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