Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Onze histoires de solitude de Richard Yates

Richard Yates
  La fenêtre panoramique
  Onze histoires de solitude
  Easter Parade

Richard Yates est un écrivain américain né en 1926 et décédé en 1992.

Onze histoires de solitude - Richard Yates

Succès du livre sur l'échec
Note :

   L'école de la vie! Auteur américain que je découvre grâce à ce recueil de nouvelles qui furent écrites entre 1951 et 1961. Une phrase de la quatrième de couverture résume sa démarche:
   «Ceux qui réussissent ne m'intéressent pas».

   
   Futurs lecteurs, soyez prévenus, les gens dont parlera l'auteur ne sont pas dans le camp des vainqueurs du rêve américain, mais pas non plus des perdants. Ils ne sont pas des mauvais élèves, ne sont pas des criminels, ils sont juste transparents, parfois admirés, mais jamais aimés.
   
   Vincent, un jeune orphelin pas très riche, débarque dans une nouvelle école, une suite de petits évènements le marginalise aux yeux des autres enfants de la classe. L'attitude de Miss Price, l'institutrice ne l'aide pas, et il bégaie son premier exposé du lundi. Le docteur Jekill devenant le docteur Jeu de Quilles... Les enfants sont cruels, sans le savoir.
   
   Le mariage souvent se termine pas très bien, mais dans «Tout le bonheur du monde», il commence mal! Grace et Raplh vont se marier, c'est sûr, mais est-ce la bonne décision? Parfois Grace en doute, mais le grand jour approchant, elle se fait belle, très belle et attirante, mais une valise et une bande de copains... Une soirée qui laisse un goût amer, pauvre Grace!
   
   Pour des jeunes de New-York, être militaire en 1944 (comme ensuite aussi), ce n'est pas forcément un moment agréable dans la fournaise du Texas. Et quand l'instructeur est un sudiste à cheval sur le règlement et la stricte discipline, c'est encore pire. Mais à la longue, il est respecté, faute de vouloir être aimé. Un personnage en soi dans une bien belle histoire.
   
   «Absolument sans douleur», c'est la bien triste fin de vie d'un homme qui se meurt dans un hôpital, solitaire parmi les solitaires. Son épouse, Myra, vient le voir, accompagnée par des amis, mais aussi par son amant!
   
   «Une petite fête pour Noël», c'est agréable pas comme la vie des élèves de Miss Snell, l'institutrice dont l'auteur, entre autre nous dit ceci:
   "les pores semblaient toujours exsuder cette essence sèche de copeaux de crayon et de poussière de craie qui est l'odeur de l'école."

   Par contre, l'autre institutrice, Miss Cleary, est jeune mignonne etc... Mais pour Noël Miss Snell fera un effort, un cadeau à tous les enfants!
   
   Un tour en France avec Sid «Un pianiste de jazz formidable» ou les tribulations d'Américains en goguette en Europe! Et les Américains en Europe, les fausses notes, ils connaissent!
   
   C'est triste un nouvel an dans un hôpital, même quand les pensionnaires veulent mettre un peu d'ambiance! Peu de réussite en effet pour les personnages de ces histoires, un orphelin un peu solitaire et une institutrice un peu maladroite, ou une sorte de chronique d'une catastrophe annoncée! A quoi servent les bons sentiments si l'incompréhension est mutuelle.
   
   Un futur marié peu plaisant ou un militaire dont le travail est de ne pas être plaisant justement, mais quelle est sa vie! Walt Henderson est un perdant, un vrai alors quand il perd son travail, il en est presque heureux, mais il lui faut rentrer chez lui... Un journaliste dans une revue syndicale de second ordre et un écrivain non publié, et pour eux la vie n'est pas forcément simple comme un coup de fil! Un ancien artilleur amateur de combats de boxe, c'est un rituel le vendredi soir! Alors lorsque son épouse lui demande de l'accompagner ce soir là voir un film avec Gregory Peck, les rounds seront comptés! Pas les bières! Un écrivain qui parle de lui avec beaucoup de dérision, en se prenant pour Hemingway, il n'est que journaliste...
   
   Un auteur de grand talent, regardant la nouvelle société américaine se diriger vers un matérialisme effréné. Ces nouvelles sous des aspects anodins et très ordinaires sont démoralisantes au possible. Ici, la solitude n'est pas voulue, ni même extrême, elle est là omniprésente comme une sorte de fatalité librement consentie. Ou alors comme Vincent, la révolte est vaine, car ne visant pas la bonne personne, des tranches de vie frisant l'absurde, l'échec, mais sans raisons apparentes, pourquoi eux et pas les autres?
   
   Étrangement dans tous ces récits, pas de problèmes de drogue, d'alcool ou d'adultère, ce qui est rare dans la nouvelle américaine, la drogue n'était pas encore très répandue, mais le reste...
   
   Un auteur qui à l'instar de John Cheever parle de la «Middle-Class» américaine, celle des banlieues ternes et ennuyeuses. Les titres de certaines nouvelles sont d'ailleurs relativement explicites, «Tout le bonheur du monde», «Absolument sans douleur» «Sans peur et sans reproche» «Une petite fête pour Noël», un monde d'hypocrisie et de faux semblants comme Myra en route pour l'hôpital se justifiant:
    (après tout, n'était-ce pas presque comme si elle était veuve?)

   
   Une découverte, un livre où les nouvelles sont juste assez nombreuses pour ne pas devenir lassantes, mais assez longues pour étudier le caractère des personnages.
   
   
   Extraits :
   
   - À la fin de la semaine, Vincent Sabella était presque devenu le chouchou de la pire espèce qui soit, le chouchou par pitié.
   
   - Faire attendre les copains ce soir? Après tout ce qu'ils ont fait pour moi?
   
   - Je crois que nous fûmes tous touchés... en tout cas, je sais que je l'étais; il n'avait jamais été aussi près de nous dire qu'il nous aimait bien. Mais c'était trop tard.
   
   - ...et on ne pouvait nier que Miss Snell fut parfois gentille, à sa façon à elle, gauche et maladroite.
   
   - Tout d'un coup, il lui trouva l'air si pitoyable qu'il se sentit incapable de le supporter plus longtemps.
   
   - Des écrivains qui écrivent des histoires d'écrivains risquent le pire des avortements littéraires, tout le monde sait cela.

   
   
   Titre original : Eleven Kinds of Loneliness

critique par Eireann Yvon




* * *