Lecture / Ecriture
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Billy Rags de Ted Lewis

Ted Lewis
  Plender
  Jack Carter et la loi
  Le retour de Jack
  Billy Rags
  Sévices

Billy Rags - Ted Lewis

Vices et trahisons
Note :

   Avec la lecture de ce titre, il me semble que je termine la série des ouvrages traduits de cet auteur. Son décès prématuré ne lui a guère laissé le temps d'avoir une œuvre pléthorique.
   
   Billy Craken est surnommé «Billy Rags» (Billy la Loque) depuis sa plus tendre enfance. Ce récit commence par une lettre adressée à une dénommée Sheila, dans laquelle Billy lui dit d'attendre quelques jours seulement et qu'il l'aime.
   Nous sommes dans une prison de haute sécurité d'Angleterre. Et comme dans toutes sociétés, certaines lois régissent la vie de tous les jours, et certains antagonismes existent. Billy Craken est plutôt un solitaire, il n'hésite pas à faire le coup de poing et de ce fait jouit d'un certain respect. Walter Colman est son opposé, il est une sorte de caïd, aimant être entouré, se flattant de posséder une certaine notoriété, c'est aussi un homme gérant des affaires hors de la prison. Une révolte des prisonniers éclate qui tourne à l'affrontement entre Billy et certains membres de l’autorité judiciaire, la répression est musclée, et Craken en subit les conséquences. Un petit séjour au mitard renforce son désir d'évasion, mais il ne veut pas mettre trop de gens au courant, sachant que l'on est souvent trahi dans ce genre d'entreprise... Mais Walter qui dispose d'un réseau d'espions efficace est vite au courant et projette de torpiller le projet de Billy ou au moins de le contrecarrer? Alors Billy est obligé d'accélérer le mouvement, réussit son évasion, mais accentue la rancœur de Coleman à son égard...
   
   Billy est le «Loser» parfait, une enfance difficile, un père qui boit, une mère qui subit et qui tente de l'aider, une sœur qui mourra d'une overdose. Alors, il lui reste la boxe et la délinquance, et un but, s'élever dans la hiérarchie des voyous, mais en gardant son indépendance. Mais déjà Walter Coleman est là dans l'ombre, à la réputation bien établie. Un personnage attachant fidèle à certains principes, voyou au grand cœur, mais sans tomber dans la caricature.
   
   Une multitude de personnages secondaires, Walter le caïd, Sheila la femme aimante, Ronnie, le copain fidèle. Des portraits d'assassins de tous calibres, des pédophiles, cibles de toutes les «attentions» des autres détenus, des meurtriers récidivistes et des voleurs de haut-vol, bref un monde avec ses codes et ses usages souvent violents.
   
   Avant la lecture de ce roman, une note de l'auteur nous prévient que ce livre est fortement inspiré de personnages et de faits réels, mais qu'il s'agit malgré tout d'une œuvre de fiction.
   Comme dans «Sévices», nous retrouvons deux niveaux d'écriture, une en italique pour l'enfance et la période scolaire, enfin les débuts dans la délinquance du personnage principal, la seconde classique pour la période contemporaine. Mais c'est la seule chose qu'ont en commun ces deux livres.
   
   Une déception, non pas que ce roman soit mauvais, mais il est très «classique» en réalité, et ne reflète pas les qualités de cet auteur. La première partie, celle se déroulant en prison est à mon goût plus intéressante que la seconde qui parle de la vie d'un évadé qui doit faire un coup pour trouver de l'argent, mais qui ne domine plus tous les paramètres de son existence.
   J'aime la noirceur et le côté révolté dans les écrits de cet auteur. Or ici, ces deux thèmes, points forts de ses précédents ouvrages, sont édulcorés.
   
   Une histoire de gangsters, dans l'Angleterre des années 1960/1970, mais qui n'apporte pas grand chose, ni dans le scénario, ni dans l'écriture.
   
   
   Extraits :
   
   - Lui et moi, nous nous sommes aussitôt reconnus en tant qu'ennemis. Je lui fichais une peur bleue, et il savait que je m'en rendais compte.
   
   - Il est toujours plus difficile de perdre quand on croyait avoir gagné.
   
   - Ce sera bientôt le moment de leur montrer qui est le plus fort. Qui est le roi. Qui est le chef.
   
   - J'avais fait mes calculs: pour être populaire, il faut commencer par éliminer la concurrence. Être le meilleur en tout point le meilleur à la bagarre, au football, le meilleur pour les clops, le meilleur en tout.
   
   - En prison on n'est jamais fatigué. Il est toujours possible de dormir: parce que le sommeil est votre allié, il oblitère la conscience et vous évite de penser.
   
   - Je n'éprouvais pas plus d'antipathie pour lui que j'en aurais eu pour une brique de la prison.
   
   - Personne ne peut me toucher. Personne n'a le droit. On ne la fait pas à Billy Craken. Personne n'a ce droit.
   
   - Il se prend pour le numéro un. Mais pour être numéro un, encore faut-il être le seul. Et ça, c'est quelque chose que Walter n'aura jamais.
   
   - Comment résister à la tentation de se faire mousser un peu?
   
   - Une victoire que l'on savoure puisque l'on transmet oralement pour finalement entrer dans la mythologie carcérale et sa lumière artificielle.
   
   - Ce qui compte, c'est que je fais partie de la bande, et qu'à partir de maintenant, je vais pouvoir gravir les échelons. J'ai obtenu ma première référence.
   
   - Ray est un fan de l'équipe West Ham. Et justement, c'est West Ham qui se fait battre à Liverpool.
   
   - Ça me ferait mal de penser que je suis allé en tôle parce que j'étais aussi con qu'eux.
   

   
   
   Titre original : Billy Rags (1973).

critique par Eireann Yvon




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