Lecture / Ecriture
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Fugue de Anne Delaflotte-Mehdevi

Anne Delaflotte-Mehdevi
  La relieuse du gué
  Fugue

Fugue - Anne Delaflotte-Mehdevi

Roman d'atmosphère
Note :

   Ce roman est très présent sur les blogs ces jours-ci, je ne m'attarderai donc pas sur le résumé. Clothilde a quatre enfants, un mari pilote, un chien, une belle maison, une vie confortable, bref tout va bien.
   Le jour de la rentrée scolaire, la petite Madeleine fait une fugue. Sous le coup de la frayeur, Clothilde crie son nom, jusqu'à perdre sa voix. La fillette sera rapidement retrouvée, mais pas la voix.
   Commence alors un long travail de rééducation pour récupérer la voix parlée, travail qui la mènera à découvrir qu'elle peut par contre chanter, et très bien.
   
   C'est le deuxième roman de l'auteur, j'avais aimé le premier "la relieuse du gué" tout en trouvant la partie romanesque un peu faible. Je ferai le même reproche à celui-ci.
   
   J'ai beaucoup aimé l'aspect apprentissage du chant. qui n'a pas été sans me rappeler l'apprentissage de la relieuse. Clothilde fait preuve de patience et d'obstination, malgré l'hostilité de son mari, de son père, et de sa meilleure amie, Alix, qui souhaiteraient la voir adopter un traitement plus radical.
   
   On peut dire que Clothilde possède une force tranquille qui la fait résister et mener son projet à terme: trouver une place et un rôle en dehors de sa vie de mère et d'épouse. Le constat d'une femme qui vient de passer quatre ans entièrement au service de son mari et de ses enfants me paraît très juste. Clothilde se rend compte que son entourage ne veut pas la voir dans un autre registre et renâcle à admettre qu'elle suive son propre chemin.
   
   J'ai vraiment aimé la description des cours de chant, Clothilde a baigné dans la musique, ses deux parents étaient musiciens, elle-même joue très bien du piano, elle se lance avec le même sérieux dans le chant. J'ai aimé aussi le travail de son amie Alix, la distillation des plantes et le processus de fabrication des parfums, ce sont deux univers qui m'intéressent.
   
   Par contre, j'ai trouvé que l'histoire et les personnages manquaient de relief. L'ensemble est lisse, tout s'arrange remarquablement bien, les enfants sont très doués et pas loin de la perfection. L'évolution de Clothilde vers une vie professionnelle ne rencontre guère d'obstacles .. j'aurai préféré un peu plus d'aspérités.
   
   Reste que c'est un beau roman d'atmosphère, et si le chant vous passionne, vous l'aimerez, tout comme vous aimerez Clothilde.
   
   "Mon quotidien crève d'être un monde pratique. Où as-tu vu que j'avais peur du vide? Grâce à la musique je n'ai jamais su ce qu'était l'ennui. Jamais de ma vie... Mais la passivité, je la flaire. L'attente que tu as de moi, je la sens... Le bonheur passé est passé, Vincent, il était lié, tissé autour de la petite enfance de notre progéniture, et de moi plantée là, mais c'est fini, mari dans le ciel, fini. J'en ai fait mon deuil le jour de la dernière rentrée scolaire. Ose encore le dire que je dois rester pratique et laisse moi ma musique, n'y touche pas, n'y pense pas! Si tu veux que je gagne ma vie en compensation de ce que je ne suis plus toute à toi, je la gagnerai avec ou sans Anima Mundi. Viens Beau, on va chercher les enfants".

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critique par Aifelle




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Une déconvenue
Note :

   Une déconvenue: "La Fugue" d’Anne Delaflotte Medhevi, elle a fait la une des blogs avec un premier roman "La Relieuse du gué" et la revoilà avec un second livre.
   
   Déçue? oui ET non. L’auteur a vraiment un don mais pas pour construire ses histoires. Dans son premier roman l’intrigue tournait à l’improbable avec ce jumeau caché, ici le récit d’une femme qui cherche à construire sa vie hors de ses enfants et de son mari est plus que convenue.
   
   MAIS Anne Delaflotte sait comme personne décrire les objets, les gestes, l’art d’un métier, les outils, le bonheur qu’il y a à créer, soigner, fignoler une objet et dans ce second roman elle sait à merveille parler de la voix humaine, du travail pour la réveiller, pour l’entretenir, pour la faire vibrer, j’ai retrouvé toute la sensibilité qu’elle avait mise dans son premier roman.
   
   Si cette auteure trouve une vraie bonne histoire et qu’elle mette son talent particulier au service de cette histoire alors nous aurons un très bon roman.
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critique par Dominique




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De la musique avant toute chose
Note :

   "Il faut beaucoup de temps pour découdre les mauvaises raisons."
   

   A force de crier le prénom de sa fille qui s'est échappée de l'école le jour de la rentrée, Clothilde a perdu sa voix.
   
    Et c'est tout un bel équilibre qui s'effondre car la jeune femme va provoquer tour à tour l'incompréhension de son père, de son mari et de sa meilleure amie en refusant de se soigner à marche forcée. Elle sent en effet qu'il lui faut prendre son temps pour retrouver sa voix et sa voie car, paradoxalement, le chant va entrer dans sa vie et prendre une place prépondérante.
   
    Qu'elle est attachante cette Clothilde qui, à son rythme, faisant fi pour une fois des contrariétés qu'elle engendre chez les autres en ne leur renvoyant plus l'image qu'ils avaient d'elle, va distiller les événements et tranquillement s'insurger : "qu'est ce que je disais de si important que vous voulez entendre? ". Elle va posément, en acceptant les opportunités qui s'offrent à elle, retrouver le chemin de sa vie, fuguer tout en restant chez elle, ne plus se contenter d'être la fille, l'épouse, la mère, voire l'amie, à la vie bien lisse.
   
    Aucun ressentiment pourtant, aucune revendication forcenée, non juste un constat simple et lucide du besoin de consacrer son énergie à quelque chose qui la fasse se sentir en harmonie, qui la révèle à elle même, tout en la reliant aux autres.
   
    Ainsi le titre du roman, Fugue, joue-t-il sur la polysémie de ce mot. La fugue c'est bien sûr l'escapade initiale de la fillette mais aussi le morceau de musique qui tisse des liens de par sa structure, comme le roman le fait ici, multipliant les points de vue et éclairant de manière très subtile la personnalité de ces femmes et de la constellation familiale et amicale qui l'entoure.
   
    Un très beau texte, empli de poésie, où s'engouffrent des moments exotiques et colorés, un roman d'une grande justesse psychologique, un magnifique portrait de femme.
   
    Un livre lu et relu, dont j'ai extrait une flopée de citations .
    Notons au passage un petit clin d’œil qui fait le lien avec le précédent roman de Anne Delaflotte- Mehdevi : "Le temps pouvait bien passer, tout lui prendre, elle avait chanté, comme un cuisinier cuisine, comme un maçon construit bien, un relieur relie, un marathonien arrive au terme de sa course."

critique par Cathulu




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