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Un Régicide de Alain Robbe-Grillet

Alain Robbe-Grillet
  Un Régicide

Alain Robbe-Grillet est un écrivain et cinéaste français, né en 1922 à Brest et mort en 2008. Il a été considéré comme l'un des pères du mouvement du Nouveau Roman.

Un Régicide - Alain Robbe-Grillet

Boris, assassin !
Note :

   Né en 1922, A. Robbe-Grillet est encore un parfait inconnu à la sortie des "Gommes" en 1953, en pleine Guerre froide. À la fin des années cinquante, son œuvre romanesque est — pour beaucoup — tarie et lui succède dès 1961 une écriture pour le cinéma avec "L'Année dernière à Marienbad" tandis qu'en 1963 un essai important, reprend sous le titre "Pour un Nouveau Roman" le credo qui ne changera plus désormais et dont Bruce Morrissette a été l'interprète et le passeur pour les lecteurs américains. En 1957 déjà, l'Express avait présenté aux lecteurs français et sous ce nom de "Nouveau Roman" tout le groupe d'écrivains qui, de Michel Butor à Nathalie Sarraute, reconnaissait plus ou moins l'auteur des "Gommes" comme leader.
   
   En fait, "les Gommes" était le second et non pas le premier roman de cet auteur. En 1978, le "pape du Nouveau Roman" publia aux Editions de Minuit — dont le catalogue était et est resté le plus emblématique de cette école, la seconde version d'"Un Régicide", initialement publié en 1949. C'est une œuvre qui tient encore du roman "traditionnel" avec une intrigue et des personnages (autrement dit le "roman balzacien") et déjà s'apparente au "Nouveau Roman" par d'autres aspects.
   
   • Dans un État insulaire dont la constitution est monarchique, Boris assiste à la victoire électorale du Parti de l'Église. Les scores annoncés sont à rapprocher de ceux du RPF aux municipales d'octobre 1947. Pour marquer le changement d'époque lui Boris et d'autres envisagent d'assassiner le roi Jean. La visite d'une entreprise, l'Usine Générale, pour laquelle Boris élabore des statistiques fournit le lieu de l'attentat. Boris a choisi un poignard quand les autres conspirateurs tiennent pour les armes à feu. Boris conserve l'arme du crime comme preuve: sans doute aussi comme trophée. Deux gendarmes viennent le chercher. Bientôt il est relâché. Boris possède d'autres preuves de sa réalité: du courrier lui est adressé par Thomas son collègue de bureau qu'il n'a pas vu depuis un certain accident.
   
    Mais en même temps cet État insulaire — dont le climat est une caricature du milieu breton avec son crachin tenace — n'a pas de coordonnées connues. Cette imprécision calculée annonce parfaitement "Dans le labyrinthe" avec «les landes du midi, les falaises de l'est, les dunes du couchant et jusqu'au désert de la pointe nord où se dresse une tour abandonnée…» Ce bout du monde est sous-équipé et «nul navire ne vient jamais faire escale.» Le meurtre du roi est deux fois décrit; à deux reprises, Boris poignarde le roi Jean. Mais la radio diffuse le royal discours qui a conclu cette royale visite... On retrouvera ce procédé de la répétition de la scène dans "Les gommes", "Marienbad" ou "L'Immortelle"… Et puis bien sûr aussi le doute concernant l'action du régicide, et le scénario en général…
   
    Enfin ce bref roman est marqué par un certain climat d'imaginaire, voire de merveilleux — qu'on pense à ces sirènes qui viennent séduire les insulaires, ainsi Aimone ou encore Lélia — presque homonyme de l'héroïne de "l'Immortelle"!

critique par Mapero




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