Lecture / Ecriture
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b.a-ba, la vie sans savoir lire de Bertrand Guillot

Bertrand Guillot
  Hors Jeu
  b.a-ba, la vie sans savoir lire
  Sous les couvertures

Bertrand Guillot est un auteur français né en 1977.

b.a-ba, la vie sans savoir lire - Bertrand Guillot

A lire... dès que vous aurez appris
Note :

   Il y a trois ans, Bertrand Guillot, écrivain (souvenez-vous de "Hors jeu", chers happy few), décide de donner bénévolement des cours d'alphabétisation dans le 19ème arrondissement de Paris. Il est plein de bonne volonté mais il découvre vite une réalité difficile: non seulement on le plonge dans le grand bain sans aucune préparation (après tout, quand on sait lire, on sait apprendre aux autres à lire, non?) (une telle pensée n'est guère éloignée des inepties de nos ministres successifs qui pensent sincèrement que puisque tout le monde parle français tout le monde peut l'enseigner, mais point ne digresserai ni ne m'énerverai de bon matin), mais en plus les adultes qui viennent à ses cours connaissent pour la plupart une vie chaotique. Au bout d'un an passé à leurs côtés, Guillot décide de témoigner et de leur rendre hommage en écrivant un ouvrage sur eux, pour eux.
   
   Ce sera "b.a-ba, la vie sans savoir lire", récit d'une expérience qui se lit comme un roman et dont la construction et le fond, excellents tous deux m'ont tenue en haleine (j'ai lu ce "roman vrai" pour reprendre l'expression de Guillot dans son avant-propos, d'une traite, alors que je l'avais commencé un soir très tard). 
   
   Au départ, un constat assez effarant: en France, plus de trois millions de personnes sont illettrées, ce qui représente 9% de la population de 18 à 65 ans ayant été scolarisée ici. Ces gens, nous les croisons tous les jours; c'est cet homme qui a l'adresse de la clinique écrite sur un bout de papier et qui vous demande son chemin alors qu'il est déjà dans la bonne rue, c'est cette femme qui vous arrête dans le métro parce qu'elle a "oublié ses lunettes" et qu'elle ne sait pas où prendre sa correspondance, ce sont tous ceux qui sont perdus face à tout ce qui fait notre quotidien: factures, contrats, affiches, adresses... tous ceux pour qui l'écrit est un monde indéchiffrable et donc hostile. En alternance avec le récit des cours, qui se révèlent évidemment beaucoup plus ardus que ce qu'on veut bien faire croire à Bertrand Guillot (quand je pense qu'il a commencé sans méthode, sans manuel, sans conseil d'aucune sorte, il faut vraiment avoir le bénévolat bien accroché), b.a-ba dresse avec beaucoup de pudeur et de délicatesse le portrait de ceux qui ont un jour poussé la porte de l'Association pour apprendre à lire. Parfois sans papiers (un sujet dont on ne parle pas vraiment, et pour cause), souvent au chômage ou maintenus dans des petits boulots fatigants ou peu valorisants, voire exploités, ces hommes et ces femmes nous deviennent infiniment proches: on s'émeut de ce que l'on devine, on espère que leurs vies vont s'arranger, on suit leurs progrès et leur découragement, on a un pincement au cœur pour ceux qui arrêtent, qui disparaissent, ceux qui ne réussissent pas... Pas de misérabilisme, pas de grandiloquence ni d'effets de manches, pas de dénonciation à l'emporte pièce dans cet ouvrage, mais la vie, la vraie, et la description d'une misère sociale qu'il serait enfin temps de regarder en face.
   
    "b.a-ba, la vie sans savoir lire" est un récit à lire de toute urgence, chers happy few.
   
   
   PS du postmaster: Sur le même sujet, le bon roman de Laurence Cossé : "Amandes amères"
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critique par Fashion Victim




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Lire? mais c'est facile b.a ba et on continue...
Note :

   Vous avez du temps de libre, vous cherchez une activité utile et intelligente? faites comme Bertrand transformez vous en bénévole et tentez d’apprendre à lire à des adultes nommés Ibrahim, Nabil, Ladi ou Philomène. J’ai bien dit tentez car si tous ces hommes et femmes sont certains de vouloir essayer, vous, êtes-vous capables de leur apprendre?
   
   C’est la question que s'est posé Bertrand Guillot lorsque un peu par hasard on lui propose d'être bénévole dans un centre social. Il accepte et l’aventure commence. Comme vous et moi, il ne sait pas grand chose de l’enseignement de la lecture, mais bien entendu il a des souvenirs de son propre apprentissage et puis il va lire sur le sujet. Mais est-ce suffisant?
   
   C’est avec une grande simplicité, beaucoup d’humilité et infiniment d’humour que Bertrand Guillot raconte son expérience. Parce que la tâche est rude et qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. Face à des personnes qui ont derrière elles une journée de travail souvent épuisante, qui sont déjà passés par des galères successives, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut être capable de "faire apprendre" de "faire comprendre" de perdre ses réflexes de "lettré", cela donne des scènes parfois surréalistes, parfois cocasses et souvent très émouvantes. On sent poindre par moment le découragement des deux côtés. Mais passent les saisons, les plus motivés entraînant les autres, malgré quelques abandons et les erreurs de Bertrand, en juin le groupe est toujours là.
    
   
   C’est un livre tonique, humaniste, chaleureux, sur le bateau avec lui montent des hommes et des femmes qui vous n’oublierez pas car Bertrand Guillot sait les rendre présents, leur donner vie et rendre hommage à leur courage et leur ténacité. Au fil des pages vous comprendrez la différence entre analphabétisme et illettrisme, les statistiques sur le problème mais surtout vous attendrez comme lui le fameux déclic.
   
   Lisez ce livre il fait du bien!

critique par Dominique




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