Lecture / Ecriture
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Big Sur de Jack Kerouac

Jack Kerouac
  Visions de Gérard
  Vraie blonde et autres
  Les souterrains
  Maggie Cassidy
  Sur la route
  Big Sur
  Le vagabond américain en voie de disparition
  Les clochards célestes
  Les anges vagabonds
  Docteur Sax
  Tristessa
  Pic

Jack Kerouac est un écrivain et poète américain né en 1922 dans le Massachusetts et mort en 1969 à en Floride. Il compte parmi les membres les plus importants du mouvement de la Beat generation en littérature.

On a aussi beaucoup écrit sur Kerouac:
* "Jack Kerouac half back" de Fausto Batella
* "Jack Kerouac, Breton d'Amérique" de Patricia Dagier et Hervé Quéméner
* "Kerouac" d'Yves Buin

Big Sur - Jack Kerouac

Crépuscule !
Note :

   "Big Sur" * : A mon avis un des livres les plus lucides de Kerouac et aussi le plus poignant, la folie, la dépression et l'alcool sont omniprésents. C'est certainement un de mes livres préférés de Jack Kerouac, le plus émouvant sûrement.
   
   En 1960, Kerouac tentant de se reconstruire, pense partir en Californie dans une cabane que lui prête un ami. Loin du monde, il espère trouver un havre de paix. Vœu pieu, mais vain!
   Après un réveil pénible dû à une beuverie, Jack Duluoz part pour Big Sur, son arrivée au milieu de la nuit le terrifie, le bruit étourdissant de la mer qui semble provenir de sous ses pas, la faible lueur de sa torche et la réflexion sur la dangerosité du lieu énoncé par le chauffeur qui le conduit l'angoissent au plus haut point. Et l'auteur cherchant la raison de l'échec de ce voyage dit:
   "Ça ne vaut la peine d'être raconté que si je vais bien au fond des choses."

    Kerouac fuit la célébrité, sa vie de fou depuis le succès de son livre «Sur la route». En réalité, il tente de se fuir lui même, de briser l'image que les gens se font de son personnage de beatnik courant le pays en stop. D'ailleurs il va en Californie en train, puis emprunte un bus et termine le voyage en taxi, l'aventure est loin! Les années ont passé et le monde a changé, d'ailleurs les dernières tentatives de l'auteur pour faire du stop seront un échec. L'endroit est imposant, une carcasse de voiture accidentée dix ans plus tôt gît dans la mer, le brouillard est intense, seule présence Alf, le mulet placide. Les tâches domestiques, la lecture Emerson et Walt Whitman, l'écriture de «La mer», le soir assis sur un rocher, et les réflexions sur sa vie maintenant qu'il est célèbre meublent sa solitude. Mais dès le quatrième jour, l'ennui le gagne, alors il retourne à la civilisation, aux amis, aux beuveries... Une lettre de sa mère lui apprend la mort de Tyke, son chat, il s'ensuit une longue période sombre et très alcoolisée, il retrouve Cody qui est sorti de prison et des amis de longue date, Jack a de l'argent, donc les bouteilles défilent... Il manque un rendez-vous avec Henry Miller, (auteur lui aussi d'un livre nommé Big-Sur) pour cause d'ivresse.
   Dans un de ses rares moments de lucidité, il repart pour la cabane de Mansato, accompagné de quelques amis pour ce qui devraient être des jours heureux....
   
   Lorenzo Mansato, en réalité Lawrence Ferlinghetti, libraire, poète et éditeur, est un ami de longue date de Jack et aussi un des ses plus ardents défenseurs. Cody, ce bon vieux Cody, l'ami des premiers voyages, celui de «Sur la route» personnage sûrement idéalisé par Kerouac qui avait pour lui un sentiment étrange d'amitié et très certainement de jalousie. Evelyne, l'épouse de Cody, et la maîtresse de Jack, Billie, la maîtresse de Cody, puis de Jack, éternel trio amoureux qui marquera la vie des deux hommes. Billie a un garçon Elliot, très possessif qui obnubilera Jack qui viendra à le détester durant ce qui aurait dû être un séjour agréable entre amis avec Dave et Romana, mais qui marquera le fin du séjour californien de Kerouac.
   
   Je ne pense pas avoir, au cours de ma première lecture, ressenti le côté désespéré de ce texte qui est mon impression principale maintenant. L'âge et la maturité sûrement. Certaines pages sur son alcoolisme sont (un peu à l’instar d'un autre auteur ayant le même penchant, Bredan Behan) édifiantes et terrifiantes de réalisme. La mort aussi est présente, la mort animale surtout, Tyke son chat, un poisson rouge, une loutre, une souris, tous ces évènements vont aider la descente aux enfers de Jack, qui semble-t-il, ne s'en remettra jamais, et pourtant ce récit se termine sur une note optimiste.
   
   Ayant terminé ce livre, je me dis que cela a parfois du bon de revenir sur ses anciennes lectures, en ayant acquis certaines connaissances sur l'auteur et ses écrits et le malentendu dramatique entre l’œuvre et l'homme, entre l'écrivain et ses lecteurs.
   
   Un dernier mot, les auteurs bretons parlent souvent de Kerouac dans leurs écrits, comme d'un compagnon de route, et c'est ce que j'éprouve moi aussi pour lui.
   
   
   Extraits :
   
   - Le sacré «Roi des Beatniks» est de retour en ville, il paye à boire à tout le monde.
   
   - Mais c'est facile à dire quand votre fuite loin de la cité sordide s'avère réussie.
   
   - Oui, une plus grande solitude est donc nécessaire.
   
   - Et c'est là, en fait, l'une des circonstances qui ont contribué à provoquer ma crise de démence.
   
   - «Je suis breton!» m’écriai-je et les ténèbres répondent:
   « les poissons de la mer parlent breton.** »
   
   - En fait, je ne suis qu'un clown malade d’écœurement comme tout le monde.
   
   - Mais la mer ne m'avait-elle pas dit de retourner vite vers ma propre réalité?
   
   - Fini le gazouillis du ruisseau; je suis revenu dans la cité maudite, je suis pris au piège.
   
   - Cela accroît mon cafard, toutes ces choses de la Mort qui s'amoncellent soudain.
   
   - Une gigantesque beuverie commence au fond du canyon.
   
   - Mais la paranoïa causée par la drogue n'est pas l'élément essentiel et pourtant... il y a longtemps que j'ai cessé de me droguer, cela ne me réussissait pas.
   
   - Un crépuscule bleu tombe sur le monde californien. Frisco étincelle là-bas.
   
   - Et je suis là en train de me flatter, fonçant tête baissée vers la haine la plus stupide que j'aie jamais éprouvée.
   
   - Ce qui est encore un indice de la folie qui va s'emparer de moi à Big Sur.
   
   - Mais tous les venins que j'ai dans le sang sont asexuels, asociaux, à-n'importe quoi.
   
   - Je m'écrie: «Mais ils ont l'air tous morts; le sommeil c'est la mort, tout est mort!»
   

   
   Titre original : Big Sur(1962).
   
   * suivi de «La mer/ Bruits de l'océan Pacifique à Big Sur».
   ** en français dans le texte.

critique par Eireann Yvon




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