Lecture / Ecriture
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Nuit de fureur de Jim Thompson

Jim Thompson
  1275 âmes
  Le démon dans ma peau
  Rage noire
  Nuit de fureur
  Liberté sous condition
  Le lien Conjugal
  Le criminel
  Ici et maintenant
  Des cliques et des cloaques
  Avant l’orage
  Cent mètres de silence
  Un meurtre et rien d'autre
  Pottsville, 1280 habitants

Jim Thompson est un auteur américain de romans policiers, né en 1906 dans l'Oklahoma et mort en 1977.

Nuit de fureur - Jim Thompson

Nuit noire!
Note :

   Jim Thompson est un écrivain que je retrouve parfois au gré de mes lectures. Ce roman est une première lecture, du moins ne semble-t-il. Auteur prolifique, mais sa production est très inégale, certains de ses romans furent adaptés au cinéma et certains par des réalisateurs français.
   
   Carl Bigelow arrive à Peardale, charmante petite ville à plus de cent cinquante kilomètres de New-York. La raison officielle de sa présence: il s'est inscrit à l'université de la ville. La vraie raison a pour nom Jake C. Winroy, propriétaire d'une petite pension de famille chez qui il résidera. Celui-ci sort de prison et doit bientôt témoigner dans un vaste procès de paris truqués. Ce qui, il faut le reconnaître, n'arrange pas tout le monde et peut éventuellement être dangereux pour la santé! Donc pour trente mille dollars, Carl doit s'arranger pour qu'il ait un «accident», il faut sauver les apparences et surtout que le procès n'ait pas lieu. Il ne résiste pas trop au charme de sa logeuse dont il veut faire sa complice. Il a du temps devant lui, cherche la meilleure méthode, se fait passer pour un étudiant et va à l'université, travaille à mi-temps. Il se fait inviter par le shérif et son épouse le dimanche après la messe. Il s'intègre dans le village, se montre charmant et attend son heure. Mais bien évidemment rien ne va se passer comme prévu, une tentative d'assassinat va jeter un froid dans un scénario qui semblait bien établi. De soupçons en suspicions, il ne reste plus grand chose d'un plan qui semblait sans faille!
   
   Le grand personnage de ce livre, c'est Carl Bigelow, 1m50 avec talonnettes, 35 ans en paraissant 17, myope comme une fratrie de taupes et crachant ses poumons. Mais cet homme est complexé par sa taille, vicieux et dangereux. Et qui était-il avant? Quelques années plus tôt? «Le patron» le sait bien et lui même se sait coincé.
   
   La mante religieuse de service, beauté fatale qui tente de détourner les hommes du droit chemin, est Mme Winroy, il faut reconnaître à la décharge de cette dame que son mari n'est plus que l'ombre de lui-même. Et ce n'est pas évident quand on a eu l'argent facile de vivre dans un état de quasi-misère. Et le commerce de ses charmes, elle en a déjà usé et abusé, alors, s'il est nécessaire de se remettre à l'ouvrage pourquoi pas? Jake lui est un homme qui se sait déjà mort, alors en attendant celle-ci, il boit et essaye de trouver une solution quant à son avenir. Malheureusement celle qu'il envisage ne satisfait personne, sauf lui! Une kyrielle de seconds personnages plus pathétiques les uns que les autres servent d'arrière plan, d'un vieil homme vivant à la pension, à une handicapée servant de femme de ménage. Ce vieil homme, Kendall, est-il si innocent et si désintéressé qu'il veut le paraître? Ruth et sa béquille, étudiante pauvre et travailleuse exploitée par Faye Winroy cherche le réconfort de Carl et plus si affinité. Est-ce son seul but? Sur une trame relativement classique, supprimer un témoin gênant, Jim Thompson nous dresse une galerie de portraits au vitriol, d'une méchanceté rarement atteinte.
   Même les descriptions de la ville donnent le cafard:
   - La ville toute entière semblait délabrée, prête à crouler sur place.
   - Quant à celle-ci, elle était d'un vert chassieux, rehaussée de décoration couleur de dégueulis.
   -... et à cette maison couleur de merde et de vomi, avec sa cour pelée , ses marches branlantes...

   
   Les dialogues sont de grande classe, tout y passe, la séduction, la rouerie, le mensonge et la méchanceté, cela rappelle que Jim Thompson fut dialoguiste à Hollywoood et qu'il travailla avec Stanley Kubrick.
   
   Un roman de Thompson est toujours une descente dans ce que le genre humain a de plus sombre, de plus glauque et où l'espoir et la bonté sont toujours absents. Quant à la rédemption...
   
   Dommage que la fin trop abracadabrante gâche ce roman, qui n'est pas un des meilleurs de Jim Thompson, à mon goût du moins.
   
   
   Extraits:
   
   - S'il y a bien une chose dont j'ai horreur, c'est que l'on m'appelle fiston. S'il y a vraiment une chose que je ne supporte pas c'est que l'on m'appelle fiston.
   
   - Ce pauvre type me ressemblait assez, finalement.
   
   - La Gnôle avait besoin de fric comme un hareng d'eau salée.
   
   - ...elle sortait tout droit d'un bordel où elle devait faire des étincelles au plumard.
   
   - Elle portait un vieux manteau caca d'oie- il avait tellement l'air d'avoir été acheté par correspondance qu'on aurait dû la payer pour le porter- et une sorte de jupe en laine écrue.
   
   - ...on aurait dit que ses yeux étaient des noix posées sur une assiette de crème à la vanille.
   
   - Ses cheveux noirs étaient épais et brillants, mais la façon dont ils étaient coiffés était un véritable massacre.
   
   - Parce qu'il était déjà mort pratiquement; et je pense qu'il le savait.
   
   - On a beau être fin prêt pour ce genre d'épreuve, on n'en sort jamais intact.
   
   - Le seul problème, quand il s'agit de tuer, c'est que c'est tellement facile. Vous finissez par le faire presque sans réfléchir. Vous tuez au lieu de réfléchir.
   
   - Oui, l'enfer existe, mon garçon, et il n'est guère besoin de creuser pour le trouver...
   

   
   Titre original: Savage Night (1953)

critique par Eireann Yvon




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