Lecture / Ecriture
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Absolument débordée de Zoé Shepard

Zoé Shepard
  Absolument débordée

Absolument débordée - Zoé Shepard

Pamphlet
Note :

   «Absolument débordée», une expression magique pour décrire l’agitation inutile et sans fondement qui caractérise la plupart des membres de cette Mairie que l’auteur nous décrit de l’intérieur. Une expression destinée à faire croire aux chefs, aux élus, aux politiques que non seulement les dossiers avancent, que l’administration fait un incroyable travail mais, aussi et surtout, qu’il faut sans cesse ajouter de nouveaux fonctionnaires et de nouveaux stagiaires pour faire face à une charge de travail considérable.
   
   Poudre aux yeux, bien sûr, destinée aussi à faire mousser les intrigants. Zoé Shepard est bien placée pour nous conter l’incroyable foutoir qu’est la Mairie dans laquelle elle a abouti. Après huit ans d’études, titulaire du diplôme d’Administratrice Territoriale, le graal, elle pensait produire un travail utile et concret, au service de l’intérêt général.
   
   Or ce ne sont que flagornerie, incompétence, gabegie qu’elle va rapidement constater. Le mot d’ordre semble être la paresse généralisée au service d’une bêtise incommensurable, à croire que tous les incompétents de la terre ont échoué là-bas. Seule compte l’inféodation à un Maire corrompu au dernier degré, la parentèle et les maîtresses occupant les postes clé. Toute tentative pour faire aboutir un dossier par la simple application des règles de bon sens se heurte à une capacité systématique des petits chefs de service et de la cohorte de l’Élu à tout faire tourner en eau de boudin.
   
   Zoé Shepard vide ici un sac que l’on comprend être beaucoup trop plein. Elle le fait avec une dose d’humour caustique au second degré assez décapant et qui a su nous tirer des rires réguliers tant les situations sont, malheureusement, cocasses et navrantes de bêtise. Cependant, à vouloir ne décrire que ces fleuves de nullité qui débouchent sur un océan d’attentisme et de gâchis, le tableau tend à perdre de son impact. Car il y a forcément des hommes et des femmes qui travaillent et il n’y est fait que très marginalement allusion ici ou là. Lorsqu’en outre l’auteur s’en prend parfois aux caractéristiques physiques des personnes qu’elle dépeint, on frise alors la méchanceté pure et simple ce qui fera, de fait, de ce récit une simple parenthèse amusante mais pas un témoignage suffisamment factuel et neutre pour en conclure que l’administration dans sa totalité est à l’image de la description apocalyptique qui en est faite ici. Même si nous sommes convaincus, pour avoir été confronté comme tout citoyen à des situations parfois ubuesques, qu’il existe des marges de productivité et d’efficacité gigantesque, ne serait-ce que par la simplification radicale de notre système. En empilant, commune, communautés de communes, département, région et Etat central, sans compter une Europe omniprésente, on ne peut qu’engendrer un monstre inefficace et coûteux. A quand donc le courage politique d’une grande, profonde et radicale réforme de l’Administration? C’est la question sous-jacente de ce pamphlet.
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critique par Cetalir




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Ou le paradoxe du fonctionnaire
Note :

   Zoé Shepard, alias Aurélie Boullet n’a pas raté son coup!
   Son petit ouvrage humoristique n’a pas produit que des ronds dans l’eau… Non mais, pouvait-elle sérieusement penser que ce déferlement d’humour caustique passerait inaperçu auprès de sa hiérarchie, que pas un (e) de ses adorables collègues, tels l’Intrigante, Simplet ou Coconne ne saurait identifier les "hénaurmes" médisances qui alimentent le récit qu’elle a publié au printemps 2010?
   D’abord, les fonctionnaires sont-ils payés pour faire de l’humour?
   Ensuite, les fonctionnaires sont tenus au devoir de réserve, et un haut fonctionnaire qui plus est, doit comprendre que le mot réserve signifie discrétion et solidarité… Esprit de caste, en un mot.
   Pour ces motifs, Zoé Shepard a soufflé la tempête, que dis-je un véritable cyclone dans la sphère étatique et Aurélie Boullet a été punie. Il paraît qu’elle prépare un second ouvrage sur la suite de ses aventures administratives et promet de nous faire pouffer de rire à l’évocation des joies du Placard dans la vie professionnelle. Allons donc, Mademoiselle Boullet ne fera certainement pas de vieux os au sein de nos Institutions et je subodore que ses parents peuvent regretter d’avoir investi en tant d’années d’études pour rien…
   
   Je viens donc d’achever l’hilarant pamphlet "Absolument dé-bor-dée!" paru chez Points en Avril dernier: vous aurez deviné que je me suis bien amusée… En adoptant la présentation d’un journal de bord détaillé, Zoé Shepard expose par le menu les faits et gestes de sa vie dans les bureaux supposés d’une Grande Marie à la Française. Le lecteur est en droit de rechercher et débusquer toutes les clefs de lecture qu’il voudra… La diariste semble surtout motivée par l’inanité, l’apathie, la dolence et même l’incompétence caractérisée des personnes qui occupent ces postes enviés. Inutile de rapporter ici le détail de ces mésaventures, mieux vaut vous plonger dans ces trois cents pages délirantes. Car Zoé Shepard a le clavier caustique et la langue bien pendue. Au fil des pages, j’ai bien ri tandis qu’une partie de ma conscience déplorait le fond de l’affaire, qui donne motif à cette charge.
   
    Rire de soi, c’est salutaire.
   
   Mais après cette belle tranche de raillerie, un brin de réflexion ne saurait nuire.
   Bien sûr, il s’agit d’une charge, mais j’admets avoir trouvé la démonstration un peu longuette; les meilleures plaisanteries ne seraient –elles pas celles qui nous laissent sur notre faim?… La fin du récit m’a paru un peu lassante, même si certaines remarques provoquent toujours un sourire. En outre, l’argumentation de l’auteure tend à saper le Système par la raillerie du menu fait, mais la manière jette surtout l’opprobre sur les personnes, ce qui amenuise sensiblement le propos. De fait, la dénonciation du Système (incompétence, abus de pouvoir, népotisme, corruption et gabegie de fond publics…) devrait l'emporter sur les saillies anecdotiques.
   
   La seconde de mes remarques concerne l’air du temps: le fond de l’affaire rejoint un tournant de nos problèmes sociaux. Attention au passage de l’exemple à la tentation de la généralisation. Nos fonctionnaires, tous fainéants, incompétents, parasites inutiles? Qui ne s’est jamais heurté aux inepties de certains formulaires, aux files d’attente interminables dans les préfectures, mairies, administrations diverses telles que SS, Allocations familiales… (complétez à votre aise la liste sans fin des vénérables bureaux de poste, Pôle-emploi, voire même SNCF et son jumeau RATP,…)? Qui n’a un jour éprouvé quelque ire irrépressible contre des agents de l’État (ou assimilés)? Alors le discours de Zoé Shepard nous apporte une délicieuse vengeance qui assouvit nos frustrations contenues.
   
    Cependant, sans remettre en cause les fondements de sa démarche, la dénonciation de l’incurie et de la gabegie des fonds publics autant que de l’énergie humaine, il n’empêche que Zoé Shepard nous amuse au détriment de milliers de personnes qui se démènent pour accomplir sobrement leurs tâches. À l’heure où est palpable la tentation d’exacerber par secteurs les Français les uns contre les autres, il appartient aux lecteurs de respecter le subtil distinguo qui permet de considérer les personnes avant leurs fonctions. Ce qui n’empêche nullement d’agréer la critique salutaire du fonctionnement de notre société.

critique par Gouttesdo




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