Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Faut-il manger les animaux? de Jonathan Safran Foer

Jonathan Safran Foer
  Extrêmement fort et incroyablement près
  Faut-il manger les animaux?
  Me voici

Jonathan Safran Foer est un écrivain américain né en 1977. Il est marié à l'écrivaine Nicole Krauss.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Faut-il manger les animaux? - Jonathan Safran Foer

Et le courage d'écrire ce livre
Note :

   Faut-il manger les animaux? C'est la question que pose l'écrivain américain Jonathan Safran Foer qui abandonne un moment le roman pour écrire cet essai publié au mois de Janvier aux éditions de l'Olivier. J'avais lu à ce propos la discussion parue dans Télérama entre l'auteur et la philosophe Elizabeth de Fontenay et m'étais sentie concernée par les questions soulevées par ce livre au sujet des relations entre les hommes et les animaux. D'autre part la modération de l'auteur, végétarien, m'intéressait, car il se gardait, nous disait-on, d'un prosélytisme militant pour mettre entre nos mains le résultat d'une enquête qui a duré quatre ans sur l'élevage industriel. Au terme de son livre, nous ne pouvions plus ne pas savoir et le choix était entre nos mains. Il est vrai que le réquisitoire est si féroce que tout être humain doté d'une conscience se demande s'il a vraiment le choix!
   "Je n'ai pas eu la naïveté de penser que, lisant ce livre, les personnes allaient changer subitement leur manière de vivre. Mais je voulais rendre plus difficile le fait de manger de la viande en toute inconscience des questions que pose cet acte, explique J.S. Foer à Elizabeth de Fontenay." (Télérama n° 3181)

   
   Jonathan Foer pose d'abord le problème moral qui a d'abord été celui des sociétés primitives mais qui, à notre époque, ne nous préoccupe plus trop, l'animal nous apparaissant comme de la viande dans un supermarché: est-il moral de manger des animaux? Ceux-ci, en effet, sont capables de conscience, de sensibilité donc de souffrances aussi bien physiquement que psychologiquement. Sans verser dans l’anthropomorphisme et en s'appuyant sur des observations et des expériences scientifiques rigoureuses, on peut déterminer que les animaux sont sensibles à la peur, au stress qui se mesure aux toxines libérées dans leur organisme; ils peuvent mourir de crise cardiaque; ils sentent approcher la mort. Ils sont dotés d'une certaine forme d'intelligence (ce que la philosophie traditionnelle étudiée dans nos lycées refuse d'admettre) qui, si elle n'est pas égale à celle de l'homme, est pourtant indiscutable de nos jours. Nous le nions parce que cette vérité est dérangeante.
   
   Cependant, il faut savoir que, si l'on ne veut pas renoncer à manger des animaux parce que c'est une chose "naturelle", il est moins naturel de surconsommer de la viande comme le font les américains et à un moindre degré (mais tout de même!) les européens! Une consommation excessive de viande entraîne le développement intensif et bientôt exclusif de l'élevage industriel qui se concentre aux mains de quelques multinationales dont les gouvernants se font les complices au nom des profits économiques. Or, l'élevage industriel n'est pas moral, l'élevage industriel est mauvais pour notre santé, l'élevage industriel est une catastrophe écologique dont notre planète a et aura toujours plus à souffrir si nous continuons ainsi.
   Ce sont les trois idées-phares que développe Foer au cours d'une argumentation solide qui s'appuie sur des exemples tirés de son enquête et d'une documentation ample et méthodique.
   
   L'élevage industriel ne respecte aucune éthique. Les quelques lois qui paraissent pour protéger les animaux sont timides, mal observées et souvent détournées. L'élevage est en effet pratiqué d'une manière inhumaine qui implique une souffrance quotidienne des animaux. La mortalité à cause des conditions de vie et des mauvais traitements est extrêmement élevée et se pose alors le problème des cadavres à éliminer qui sont versés dans des fosses où ils vont contaminer les couches souterraines, les cours d'eau comme le font d'ailleurs les déjections, le purin de ces fermes industrielles qui sont cause d'un pollution intense et irréversible. De même pour les émissions de gaz à effet de serre rejetées par ces élevages si intensifs. Pour éviter les maladies qui s'attaquent systématiquement à ces animaux, on leur injecte des doses de médicaments et surtout d'antibiotiques massifs. Ils sont pourtant infectés de bactéries que les conditions d'abattage accroissent encore; les bains de javel dans lesquels on fait tremper les volailles ne résolvent pas le problème puisque des maladies liées à cette alimentation ont été recensées sur une population d'environ 76 millions d'américains. D'autre part, cet élevage industriel est responsable des grippes aviaires et porcines qui font peser sur notre planète les risques d'une pandémie. Celle-ci pourrait être aussi meurtrière que la grippe espagnole de 1918 qui a fait, à elle seule, plus de morts que la première guerre mondiale.
   
   Mais ce n'est pas tout. Les animaux élevés en industrie sont génétiquement modifiés pour qu'ils produisent plus, pour les rendre plus charnus. Les espèces naturelles sont en voie de disparition. Les différentes races de poules, par exemple, sont en train de disparaître pour laisser place à un "prototype" difforme, monstrueux, qui accroîtra le profit de ces éleveurs.
   D'autre part, l'accroissement des cultures réservés au bétail occupe déjà et occupera une portion toujours plus grande des terres cultivables... La faim dans le monde pour les pays pauvres risque de s'accroître pour que les pays riches puissent continuer à surconsommer de la viande!
   
   Il n'y a plus aux Etats-Unis de fermes naturelles sauf celles de quelques fermiers qui cherchent encore à préserver les espèces et à pratiquer un élevage et un abattage moralement acceptables. Mais ils font faillite ne pouvant tenir devant la concurrence des multinationales.
   "Il n’y a plus de fermiers, mais des managers, des usines d’élevage, d’abattage, de découpe et de conditionnement dont les responsables n’ont plus aucune notion de ce qu’est un animal. Ils n’ont qu’une pensée: comment gagner plus en dépensant moins, et s’ils pensent que des animaux malades leur feront gagner plus que des animaux sains, ils le font. S’ils pensent que cela revient moins cher d’élever des animaux hors nature, à l’intérieur, sans voir le jour, ils le font. S’ils pensent qu’on peut les nourrir avec autre chose que de l’herbe et du fourrage, ce que jamais un fermier n’aurait pu penser il y a cinquante ans, ils le font et les nourrissent de maïs ou de tourteaux de soja, ou même de résidus animaux, faisant d’espèces herbivores des carnivores malgré elles. Savez-vous qu’un poulet dans la nature vit dix ans et celui que vous mangez au McDonald’s, quarante-cinq jours? S’il vivait plus longtemps, ses pattes se casseraient sous son poids." 

   
   Pour mener à bien cette étude Jonathan Safran Foer a étudié de nombreux rapports de scientifiques, de sociétés de consommateurs indépendantes du pouvoir. Mais il a aussi demandé des autorisations pour pénétrer dans les grands abattoirs et les grands élevages des Etats-unis, autorisations qui lui ont toujours été refusées, bien entendu! Alors il y est entré clandestinement, de nuit, avec des associations qui sont en lutte contres les industries de la viande et qui prennent le parti des animaux malades et cruellement traités. Il a vu de ses yeux des spectacles effarants qu'aucun être humain ne devrait pouvoir tolérer. Il a interviewé des ouvriers qui ont témoigné sous l'anonymat par crainte des représailles de ce qui se passait dans les abattoirs, certains ont même filmé des scènes d'une cruauté insoutenable. Il est allé aussi visiter ceux qui, parmi les éleveurs luttent pour pratiquer un élevage correct sur le plan éthique et pour préserver les animaux des souffrances inutiles qui s'abattent sur eux dans les abattoirs.
   
   Quant au style, disons que Jonathan Safran Foer sait appeler un chat un chat et qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Il va droit au but! Il a l'art aussi par des comparaisons imagées de parler à l'imagination du lecteur et de lui permettre de mesurer l'ampleur de la catastrophe. Ainsi quand la multinationale S*** a rejeté plus de 75000 mètres cubes de déchets liquides dans la New River en Caroline du Nord. Elle a, nous dit J.S. Foer, "libéré assez de lisier liquide pour remplir 250 piscines olympiques".
   
   Je dois dire que ce livre a soulevé pour moi de graves questions: quelle est notre responsabilité en tant que consommateurs? Devenir végétarien est-il une réponse? En suis-je capable? L'attitude d'une minorité peut-il changer quelque chose face à ces grands groupes tout puissants? J'en suis arrivée à me dire que faire savoir ce qui se passe paraît un devoir et accepter de le savoir aussi!
   
   J'ai bien aimé l'attitude de Jonathan Foer qui explique sa propre lutte: Devenir végétarien, c'est renoncer au poulet aux carottes de sa grand mère, la plus Grande Cuisinière du Monde. Cette grand mère qui, enfant, a vu disparaître sa famille dans les camps de concentration et, fuyant les nazis, a survécu dans les forêts presque morte de faim. Pourtant, même alors, elle n'aurait jamais accepté de manger de la viande qui n'aurait pas été casher car, explique-t-elle à son petit-fils, et c'est par ces mots que Jonathan Safran Foer conclut son essai: "Si plus rien n'a d'importance, il n'y a rien à sauver."
    ↓

critique par Claudialucia




* * *



Dur, dur
Note :

   Titre original: Eating animals
   
    Ce n'est pas le premier livre sur le sujet que je lis, mais peu ont passé l'épreuve du billet de blog. Ici, à l'instar de "Défaite des maîtres et possesseurs", l'écriture est celle d'un romancier. Ce n'est pourtant pas un roman, tout est vrai, les notes en fin de livre sont détaillées, les enquêtes sur le terrain multiples et les souvenirs familiaux méritent crédibilité. Ce n'est pas 'agréable à lire', oh que non!, mais c'est absolument passionnant de bout en bout. Alors même si l'on pense 'encore un de ces machins destinés à nous faire honte de manger de la viande', on peut découvrir ce que JS Foer nous raconte sur le sujet, et si on se délecte ordinairement de thrillers à vous hérisser le poil, hélas certains passages donneront la nausée à tout humain de sensibilité normale.
   
    Pour avoir lu récemment "Antispéciste" d'Aymeric Caron (un poil longuet et dispersé), "Le végétarien sans peine" de Gabriel Bertaud (plein d'humour et recommandé), et "Sommes nous trop 'bêtes' pour comprendre l'intelligence des animaux ?" de Frans de Waal (à lire!), j'attaquais "Faut-il manger les animaux ?" avec de bonnes bases, non? Mais fichtre, le gros du bouquin de JS Foer concerne l'élevage industriel et l'abattage industriel, et c'est très très rude à lire par moments. Mais il faut le lire. Ces industries sont là pour faire du fric, et si c'est rentable, c'est parce que ce sont les impôts des citoyens qui réparent les désordres écologiques et sanitaires.
   
   Dès le départ il n'assène pas ses opinions, il reconnaît que manger c'est bien plus qu'ingérer de la nourriture (j'adore sa grand mère, rescapée de la seconde guerre mondiale, affamée et refusant de manger du porc, "- pas même si ça te sauvait la vie? -Si plus rien n'a d'importance, il n'y a plus rien à sauver.", il raconte ses cheminements, et surtout il montre plusieurs aspects de l'élevage et de l'abattage, en rencontrant des éleveurs respectueux des animaux. "Des éleveurs peuvent être végétariens, des végétaliens peuvent construire des abattoirs" (il en a vu). Bref, il laisse parler des personnes d'opinions diverses voire contraires.
   
    Tout de même au détour d'une phrase il coupe la respiration du lecteur, souvent au moyen d'images ou en sachant faire parler les chiffres secs. Un poulet en batterie possède comme place la taille d'une feuille A4; si on déguste une assiette de sushis, et que l'on devait y présenter tous les animaux tués lors de la pêche des ingrédients, l'assiette devrait mesurer un peu plus d'un mètre cinquante de diamètre.
   
    Chaque fois que vous prenez une décision concernant votre alimentation, vous pratiquez l'élevage par procuration (Wendell Berry)
    "Le fait d'être végétarienne ne me dégage d'aucune responsabilité quant à la façon qu'a notre pays d'élever les animaux."

   
    Je suis ressortie de là un peu assommée. Rassurez-vous, je ne vais pas donner de leçons, je mange encore de la viande, provenant d'endroits pas clairement déterminés, mais ça fait son chemin... le pire étant que je n'aime pas vraiment la viande à ce point, juste la flemme de devoir changer les façons de cuisiner (et d'y passer plus de temps). De plus je comprends très bien que pour des raisons de santé on ne puisse devenir végétarien, ou alors qu'au fin fond du désert les éleveurs ne puissent survivre que de leurs animaux.
    ↓

critique par Keisha




* * *



Lucide et sensible
Note :

    La question posée dans le titre du livre laisse déjà présager de la réponse de l’auteur. L’avis du lecteur, qui acceptera de consacrer quelques heures de son temps libre à l’étude de la question, est également fortement pressenti, et s’il n’est pas le même que celui de l’auteur, il est prêt en tout cas à subir quelques évolutions qui tendront à le rejoindre.
    Si l’intérêt de ce livre ne tient donc pas uniquement à la conversion plus ou moins réussie d’un lecteur à l’opinion plus ou moins devinée de l’auteur, il faut tout de même lire ce "Faut-il manger les animaux ?" Sous la forme d’un essai à visée écologique, ce livre relève finalement et surtout du roman et est imprégné des talents d’écrivain de Jonathan Safran Foer. Sommes-nous soumis à la manipulation lors de notre lecture ? Pas impossible, et ce d’autant plus que Foer se donne des airs de scientifique et de reporter objectif avant de glisser discrètement, au creux de sa démonstration, un ou deux paragraphes presque subliminaux, capables de faire pleurer le plus insensible des carnivores.
   "Lorsque nous mangeons de la viande issue de l’élevage industriel, nous nous nourrissons littéralement de chair torturée. Et, de plus en plus, cette chair devient la nôtre."
   

   Ce qui est étonnant avec Jonathan Safran Foer, c’est qu’il insiste sur le fait qu’il n’est absolument pas certain de la pertinence de sa conversion au végétarisme, tout en essayant de convaincre son lecteur qu’il s’agit du meilleur choix qu’il soit possible de faire. Situation un peu paradoxale dans laquelle Foer s’empare du rôle de martyre –le seul être humain acceptant de sacrifier sa ration de chair quotidienne- pour mieux accuser ses lecteurs (les non-végétariens) de ne pas calquer leur conduite sur la sienne. Ce n’est peut-être pas fait exprès mais Foer semble ne pas être très sûr de lui lorsqu’il affirme que, suite à ses enquêtes, il ne pouvait pas faire d’autre choix que celui de devenir végétarien.
   "Il m’était nécessaire de décider de ne plus manger d’animaux, mais c’est une décision limitée –et personnelle. C’est un engagement pris dans le contexte de ma vie, et dans celle de personne d’autre. Et il y a encore une soixantaine d’années environ, l’essentiel de mon raisonnement n’aurait même pas été intelligible, parce que l’élevage industriel auquel je réagis n’occupait pas encore la position dominante qui est la sienne aujourd’hui. Si j’étais né à une autre époque, je serais peut-être parvenu à des conclusions différentes."
   

   Peut-être cherche-t-il déjà à prévenir les attaques qui pourraient surgir s’il décidait plus tard de revenir sur sa décision et de retrouver le confort d’une alimentation normée ?
   
    Cette situation marque bien le fait que son livre n’est pas un essai purement théorique puisqu’il fait jouer l’engagement personnel de son auteur ainsi que ses sentiments et idées personnelles. A côté du développement technique de l’argumentation vient donc s’ajouter un aspect plus narratif qui donne presque un second intérêt au livre : Jonathan Safran Foer va-t-il réussir ou non à relever durablement le défi du végétarisme ? Ne finira-t-il pas par craquer, comme ce fut déjà le cas lorsqu’il tenta une première fois de devenir végétarien au cours de son adolescence ?
   
    Quoiqu’il en soit, pas question de lire ce livre uniquement dans l’objectif de trouver une réponse à cette question. La plus primordiale est celle qui concerne le sort des animaux dans l’industrie alimentaire et, comme la plupart le sait déjà, elle concerne aussi l’espèce humaine dans ses rapports avec les autres et les institutions, ainsi que l’économie et l’écologie prises dans le sens large.
    L’enquête menée par Jonathan Safran Foer est profondément originale car elle s’inscrit dans une démarche personnelle. Les informations récoltées proviennent donc de sources très variées et parfois un peu éparses, mais assurent de nombreuses découvertes. Le tout est renseigné avec beaucoup de précision –impossible donc de dire que Foer se base sur des sources frauduleuses ou dont la fiabilité laisse à désirer. Même ceux qui s’intéressent depuis longtemps à l’industrie agroalimentaire devraient s’étonner à la lecture des récits d’infiltration de couveuses ou d’abattoirs. Cerise sur le gâteau, Foer sait manier les images avec la puissance qui convient à son statut d’écrivain, et il en use avec une extrême justesse pour produire des comparaisons ou des aperçus choquants de la situation actuelle :
   "Que se passerait-il si l’étiquetage d’un produit indiquait combien d’animaux ont été tués pour que celui que nous voulons manger se retrouve dans notre assiette ? Eh bien, pour ce qui concerne les crevettes d’Indonésie, par exemple, on pourrait lire sur l’emballage : POUR 500 GRAMMES DE CREVETTES, 13 KILOS D’AUTRES ANIMAUX MARINS ONT ETE TUES ET REJETES A LA MER."

   De quoi faire réfléchir en tout cas. Et de quoi inciter à regarder autrement ses crevettes sauce calypso…
   
   "Faut-il manger les animaux" peut être critiqué pour la conclusion "naïve" qu’il tire à la fin de sa démonstration. Ce serait avoir mal lu le livre, car Jonathan Safran Foer, qui connaît ce penchant caractéristique de l’être humain à tourner la moindre manifestation d’empathie en dérision, s’est déjà prémuni des critiques qu’on pourrait lui adresser à ce sujet. Il le fait de manière très intelligente, non pas en se défendant de n’avoir jamais eu un pincement au cœur à l’idée de manger un animal sacrifié pour son confort personnel, mais en revendiquant au contraire cette sensibilité qui lui a permis de remettre en question des habitudes de vie portées par des générations avant lui. L’autre questionnement porté implicitement par le livre serait le suivant : pourquoi serait-il mal de faire parfois preuve de compassion envers la souffrance d’un autre être vivant ? La sensibilité est-elle vraiment le sentiment le plus ridicule qu’il soit possible d’éprouver ?
   "La sentimentalité est généralement considérée comme une attitude irréaliste, une preuve de faiblesse. Très souvent, ceux qui expriment leurs préoccupations (ou même un simple intérêt) à l’égard des conditions dans lesquelles les animaux de boucherie sont élevés se voient traiter de sentimentalistes. Pourtant il vaut la peine de prendre un peu de recul et de se demander qui est le sentimentaliste et qui est le réaliste."
   
   "Deux amis se retrouvent au restaurant pour déjeuner. L’un dit : "J’ai bien envie d’un hamburger", et il en commande un. L’autre déclare : "J’ai bien envie d’un hamburger", mais, en réfléchissant, il se dit qu’il y a des choses plus importantes pour lui que ses envies du moment et commande autre chose. Qui est le sentimentaliste ?"
   

   Si Jonathan Safran Foer ne convainc pas forcément son lecteur de se convertir au végétarisme, il donne toutefois une autre idée du végétarien, loin des clichés de la virulence et de la pugnacité que certains peuvent parfois leur prêter. Être végétarien n’est pas une décision irréversible. Elle implique le jugement d’un homme à un moment donné de son existence, et durera le temps qu’il aura envie de porter ses convictions. Alors, naïf Safran Foer ? A mon avis, simplement lucide et, bien entendu, sensible.

critique par Colimasson




* * *