Lecture / Ecriture
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Je suis une légende de Richard Matheson

Richard Matheson
  Je suis une légende
  Le jeune homme, la mort et le temps

Richard Burton Matheson est un écrivain et scénariste américain de science fiction et de thrillers, né en 1926 et mort le 23 juin 2013.

Je suis une légende - Richard Matheson

Attention au film!
Note :

   Robert Neville est l'unique survivant de l'espèce humaine. Suite à une épidémie aussi étrange que fulgurante, l'humanité tout entière semble avoir été décimée, mais de nombreux individus semblent également avoir été métamorphosés en créatures nocturnes, assoiffées de sang et de violence, qui ont triomphé des rares personnes ayant survécu au mystérieux virus. Chaque nuit, un groupe de ces créatures attaque sans relâche la maison de Neville, ce qui l'oblige en outre à regagner sa demeure avant le coucher du soleil. Au début du roman, le héros n'a que peu de moyens de lutter contre ceux qu'il appelle des "vampires", ail, pieux et crucifix, mais après tout, c'est dans les vieux pots... Neville est aussi hanté par un terrible drame personnel, la mort de sa fille et de sa femme, et le retour, un soir, de cette dernière, pourtant morte et enterrée, devenue elle-même un vampire... De jour en jour, de nuit en nuit, Neville noie sa solitude et son désespoir dans l'alcool, persuadé d'avoir encore trente à quarante ans de cette vie insupportable devant lui. Pourtant, il entreprend, en parallèle, de rechercher l'origine du virus, afin de pouvoir, un jour peut-être, y trouver un remède. Ses recherches l'amènent à découvrir dans le sang des vampires la présence d'un bacille contre lequel il est vraisemblablement immunisé à la suite d'une morsure de chauve-souris survenue des années plus tôt. Simplement, découvrir la cause de l'épidémie n'implique pas de savoir la guérir, et Neville est bien impuissant face à la multitude de vampires qui se déchaînent devant sa porte chaque nuit, et qu'il a bien du mal à éliminer le jour, leur plantant sans relâche des pieux dans le cœur, comme il a dû le faire pour sa propre femme. Seul un miracle pourrait sauver notre héros de la folie dans laquelle il sombre chaque jour un peu plus, et ce miracle, c'est peut-être un chien errant qui va croiser sa route un beau matin, un chien sérieusement amoché, craintif, à bout de forces, mais bel et bien vivant...
    
   Soyons francs : si vous n'avez pas lu le roman avant 2007, Robert Neville a sans doute pour vous les traits de Will Smith (dans ce qui fut d'ailleurs l'un de ses meilleurs rôles), et vous vous attendez à un dénouement à l'américaine avec grosse explosion, mutants en folie et sacrifice héroïque. Eh bien, figurez-vous que dans le roman, Neville est un grand blond aux yeux bleus (no comment), et que la fin de l'intrigue est radicalement opposée à celle-ci, permettant au titre de prendre tout son sens, mais d'une façon bien différente. Matheson signe ici l'un des plus grands romans de science-fiction, et donne au mythe du vampire un sacré coup de jeune, bien plus subversif que les pâles créatures de "Twilight".
   
   L'une des scènes les plus amusantes est d'ailleurs celle où Neville cherche désespérément un moyen de lutter efficacement contre les créatures qui s'en prennent à sa demeure dans le "Dracula" de Bram Stocker... Matheson nous livre une œuvre angoissante, où l'on tremble à chaque page pour le héros, en le voyant sombrer dans une descente aux enfers dont rien ne semble pouvoir le tirer, alors même que les ennemis sont sans cesse plus nombreux autour de lui. Au fil de la lecture, on oublie peu à peu le film, certes plutôt réussi, mais inférieur au roman à plus d'un titre, cherchant les raccourcis faciles et les rebondissements attendus, alors que le roman a le mérite de sortir davantage des sentiers battus, et d'éviter le puritanisme ridicule du film sur les questions de sexualité qui travaillent beaucoup le héros.
   
   La vraie force de ce roman réside surtout dans un renversement de perspective absolument vertigineux qui nous amène à reconsidérer notre point de vue sur l'histoire: qui est le véritable monstre, finalement? Matheson ne donne pas de réponse toute faite, et nous invite à réfléchir. Certes, le style n'est pas des plus recherchés, et c'est sans doute l'un des principaux défauts de ce roman, mais l'histoire est tout de même captivante, bien construite, évitant les scènes d'horreur gratuite (la femme de Neville revenant d'outre-tombe aurait pu en constituer un bon exemple), n'en déplaise à tous ceux qui lui reprochent d'avoir mal vieilli, ce qui est de toute façon faux, le but de Matheson n'étant pas de donner des sueurs froides à son lecteur, mais de l'amener à réfléchir sur la condition humaine, but nettement plus louable et somme toute tellement moins commercial.
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critique par Elizabeth Bennet




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Neville contre les vampires
Note :

   Ce classique de la SF m'attendait sur mes étagères, j'en ai donc profité pour le dévorer. J'aurais pu m'y atteler beaucoup plus tôt, notamment au moment où j'ai vu l'adaptation avec Will Smith, mais bon, j'ai tellement de bouquins "prioritaires" à lire, que certains sont encore empilés un peu partout dans la bibliothèque...
   
   J'avoue que j'ai bien aimé le film de Francis Lawrence, malgré son manichéisme primaire. Du coup, je peux maintenant dire que le film s'est inspiré du roman, et que ce n'est pas réellement une adaptation.
   
   Et je l'avais d'ailleurs en tête quand j'ai entamé le livre. Première surprise, le héros, Robert Neville est un grand blond de type Nordique et qui n'a pas de chien. Seconde surprise, les affreux méchants sont des vampires !
   
   L'histoire est glaçante : au milieu des années 70, une terrible épidémie transforme la plupart des êtres humains en vampires. Du reste de l'humanité, on ne saura rien, l'écrivain s'attache aux pas de l'unique survivant (apparemment) de la ville de Los Angeles. Il s'appelle Robert Neville, il a perdu sa femme et sa fille, et est capable de résister à cette mutation.
   Son quotidien s'organise autour des diverses réparations à faire dans la maison, de la recherche d'outils, de carburant ou de nourriture dans la grande ville désertée, et de la traque aux vampires qui dorment durant la journée.
   Car curieusement, ces créatures mutantes s'éliminent de la même façon que les bons vieux vampires de la littérature classique : ail, pieu dans le cœur, lumière du soleil...
   Cette vie morne de prisonnier est passablement étouffante, et Neville noie d'ailleurs ses angoisses dans l'alcool. Rien de mieux qu'une bonne cuite pour oublier les autres, là, dehors.
   "Ce dessein fit ressurgir l'énigme qui constituait à ses propres yeux son acharnement à vivre. Certes, le champ de son activité s'était considérablement élargi ces derniers temps, mais son existence n'en restait pas moins un combat stérile et sans joie. En dépit de tout ce qu'il avait ou aurait pu avoir (hormis la compagnie d'un autre être humain, bien entendu), nulle perspective d'amélioration ou même de changement ne s'offrait à lui. Au train où allaient les choses; il avait encore trente ou quarante ans à vivre - si toutefois l'alcool ne le tuait pas d'ici là - sans rien en retirer de plus. A l'idée de mener la même existence pendant quarante ans, il fut saisi d'effroi."

   
   Pour moi, les scènes les plus terrifiantes débutent le soir. Oh, il ne se passe généralement rien de sanglant. Ils sont là, à attendre Neville devant sa maison barricadée. A l'insulter, le défier, jeter des caillasses sur la façade.
   Le pire est son ancien voisin, Cortman, qui l'appelle inlassablement, soir après soir. Et les femmes vampires, lascives, qui débitent des obscénités pour l'attirer.
   Le pauvre Neville croit devenir fou, il a beau mettre la musique le plus fort possible, il les entend toujours. Solitude du cœur, frustration sexuelle, douleur d'avoir perdu ses proches... On ne peut être qu'admiratif devant la résistance de cet homme solitaire qui pourrait en finir si facilement avec cette vie qui ne rime à rien. Mais voilà, il va s'accrocher, faire une découverte scientifique d'importance, croiser brièvement le chemin d'un pauvre chien (l'un des passages les plus émouvants...) et rencontrer enfin un autre être humain. Et là, je n'en dirai pas plus.
   
   La vision de Matheson sur le destin de l'humanité (ne pas oublier que le roman a été écrit dans les années 50) est noire et pessimiste.
   "C'est la majorité qui définit la norme, non les individus isolés."

   Que devient-on, quel regard porte-t-on sur les autres créatures, quand on devient soi-même un objet de crainte ou de dégoût pour une espèce différente ?
   
   La lutte de Neville contre les vampires (qui ne sont ici qu'un prétexte, il pourrait s'agir de n'importe quelles autres créatures), qui semblait légitime, apparait soudain dérisoire et inutile. Et cette société nouvelle qui s'installe, en quoi est-elle si différente de la société humaine ? Le constat est effrayant, amer, et la phrase finale est aussi belle et juste que terrible. Une lecture qui me marquera certainement longtemps...
   
   
   Petit clin d'œil : début 2012, la Horror Writers Association a décerné le prix Bram Stocker (en hommage à l'auteur de Dracula) à ce roman de Richard Matheson.

critique par Folfaerie




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