Lecture / Ecriture
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Les derniers flamants de Bombay de Siddharth Dhanvant Shanghvi

Siddharth Dhanvant Shanghvi
  Les derniers flamants de Bombay

Les derniers flamants de Bombay - Siddharth Dhanvant Shanghvi

Mûre pour Bollywood
Note :

    J’avoue que ce livre plutôt épais ne me tentait pas particulièrement pour une raison tout à fait idiote au départ: je n’arrive pas à retenir le nom de l’auteur! Pas glorieux comme réaction! 
   
   Le titre pourtant est poétique à souhait mais un peu menaçant aussi. Ecologique? Pourquoi ces flamants seraient-ils les derniers? 
   Cependant l’argument le plus rédhibitoire est celui du style de l’auteur, trop ampoulé, avec un petit côté Harlequin très déroutant qui a découragé plusieurs, poussant même certains à l’abandon. Effectivement les exemples donnés sont éloquents et les scènes de sexe frisent le ridicule! 
   
   Ma lecture a donc commencé sur de mauvaises impressions mais au fur et à mesure que j’entrais dans l’histoire, j’y ai pris plaisir et ce roman foisonnant m’a finalement bien intéressée au point que j’ai envie désormais de lire d’autres auteurs indiens! 
   
    J’ai aimé cette histoire en trois parties bien nettes: la vie insouciante puis dramatique de quatre artistes dans le milieu aisé d’une ville en pleine évolution.
   Ils ont en apparence tout pour être heureux: ils sont jeunes, beaux, doués, courtisés mais le sort va s’acharner contre eux dans un pays en proie à toutes les dérives modernes de la corruption et de l’intolérance. 
     
   Samar est un pianiste surdoué qui abandonne son métier à vingt cinq ans. Il est homosexuel, en couple avec Leo, l’Américain. Son amie Zaira est une actrice de Bollywood que poursuit et menace le jeune fils d’un ministre. Karan est un jeune débutant engagé pour les photographier. Timide et naïf au début, il deviendra un ami des plus fidèles. Il sera aussi l’amant occasionnel de Rhéa, une sculptrice plus âgée qui voudrait un enfant.
    S’ensuivent un crime, un procès, un criminel disculpé, la vie explosée des amis de la victime qui fuient tous un moment à l’étranger. 
   On les retrouve dix ans après dans la troisième partie en proie qui au sida, qui à la disparition mystérieuse d’un mari, tous à l’infinie solitude. 
   
   J’ai aimé également la fin dramatique, dans un pays où les excès de la nature sont une banalité!
   
   
   Le titre: Au début du récit, Karan, de l’intérieur d’un bus, voit le ciel s’assombrir au point d’obliger toute la circulation à s’arrêter. Il prend une photo.
     "C’était un magnifique envol de milliers de flamants blancs qui cachait toute la lumière". 

    A la fin du roman, Rhéa , dans sa chambre, contemple la photo offerte par Karan au début de leur amour. Au dos, l’écriture paresseuse de Karan: «Les flamants perdus de Bombay», des mots qui avaient marqué le début de la fin de leurs vies respectives à tous.
   
   
    Note de l’auteur: «Les derniers Flamants de Bombay» sont inspirés en partie par une série d’événements largement repris par la presse, la télévision et le cinéma indiens. Toutefois si certains faits dans le livre se font l’écho de ces reportages, il n’en reste pas moins un roman. 
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critique par Mango




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Manqué!
Note :

   Deuxième roman de Siddhart Dhanvant Shangvhi, celui-ci est construit à partir d’un fait divers réel. En 1990, Jessica Lall, super-star bollywoodienne, fut assassinée par le fils d’un ponte politique. Le fait divers fit les gros titres de la presse qui se déchaîna en vain. Ce n’est que tout récemment, au bout de multiples coup-fourrés, malversations et intimidations, que le meurtrier fut condamné. Même si les noms, les lieux, les dates sont changés, c’est bien de ce fait divers dont il est question ici et qui va servir de trame à un roman en trois parties distinctes (avant le meurtre, l’assassinat, après le meurtre) où va évoluer un petit ensemble de personnages symboliques de la profonde transformation que vit la société indienne contemporaine.
   
   Car, bien au-delà du fait divers, c’est d’une peinture sociale qu’il s’agit ici. Celle, sans concessions, d’une société dont les traditions implosent, un monde où la pauvreté, terrifiante et insupportable, continue de tenir l’immense majorité d’une population à l’écart du bord sur lequel plusieurs centaines de millions d’Indiens se situent désormais, recherchant plus de confort, de possession, entrant de plain pied dans une société de consommation acharnée.
   
   L’Inde est un pays que je connais bien pour m’y rendre régulièrement à titre professionnel. C’est ce pays de contrastes qui est dépeint dans ce roman, un pays où les immensément riches côtoient les immensément pauvres. Un pays miné par la corruption, un pays au système politique encore archaïque et où il est possible de se soustraire aux lois pourvu que l’on détienne pouvoir et argent. Un pays où les nouveaux riches ont le même caractère insupportable et tapageur que partout où l’afflux d’argent contribue à tout bouleverser. Un pays en pleine mutation, pas encore moderne, en voie rapide de le devenir. Un pays fait de tensions politiques et religieuses qui resurgissent avec violence régulièrement.
   
   Les personnages imaginés par Siddhart Dhanvant Shangvhi sont attachants, profondément humains. Samar, pianiste de génie et excentrique qui s’est retiré brutalement du circuit pour vivre une vie tapageuse dans une homosexualité condamnée par une société aux apparences moralisantes, est un symbole d’une société qui se cherche, à mi-chemin entre deux mondes. Karan, le photographe de génie, refuse de voir l’Inde telle qu’elle est, brutale, violente, broyant tout ce qui fait obstacle aux puissants. Il lui faudra beaucoup de renoncement pour accepter que l’art ait sa place pour donner à voir autrement un pays surpeuplé, pollué, à l’urbanisation galopante et non maîtrisée. Rhea est le symbole de ces épouses frustrées et qui cherchent leur place dans une société qui a perdu ses repères.
   
   Mais, malheureusement, au bout du compte le roman manque son but. On reste en permanence à l’extérieur d’un récit pas toujours bien ficelé, voire très mal emballé. Les histoires d’amour sirupeuses ont tendance à embarquer le roman à l’extérieur de son sujet plutôt que d’en illustrer avec force le propos. Le style, peut-être desservi par une traduction parfois hâtive, est d’une grande pauvreté. Chaque tentative de l’auteur pour recourir à une image tombe à plat et ne fait que renforcer un sentiment de manque de technique d’écriture. Le roman s'essouffle très vite et tend à endormir son lecteur, bien malmené.
   
   Il reste donc un roman témoignage, très moyen voire pauvre, mais on préfèrera de loin les œuvres de Tejpal ou "Le tigre Blanc" de Aravind Adiga profondément plus soignés et produits de vrais auteurs.

critique par Cetalir




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