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En Sibérie de Colin Thubron

Colin Thubron
  En Sibérie

Colin Gerald Dryden Thubron est un auteur de récits de voyages et un romancier britannique. Né à Londres en 1939.

En Sibérie - Colin Thubron

Prix Nicolas Bouvier 2010
Note :

   La Sibérie: "Une austère beauté, une peur indélébile" Voilà les premiers mots de ce récit de voyage qui conduit Colin Thubron d’ Iekaterinbourg, où furent exécutés les derniers Romanov dans la maison Ipatiev, aux confins de la Kolyma où périrent des millions d’hommes.
   "Mon voyage va courir après cette étendue qui couvre sept fuseaux horaires et un tiers de l’hémisphère Nord"

   C’est ce gigantisme qui l’attire, les étendues blanches et glacées, les fleuves parmi les plus grands du monde, un pays "ayant toujours servi de poubelle pour les criminels"
   En pérégrin expérimenté il utilise tous les moyens de transport, du Transsibérien aux avions brinquebalants, et lorsque l’essence manque il paie de sa personne et erre à pieds sac au dos et profite de la liberté offerte par la chute du communisme (on est en 1999) "C’était la première fois dans l’histoire de la Russie qu’un étranger pouvait se balader en Sibérie à son gré."
   
   Quelques noms égrenés au fil du voyage: Omsk où "Un siècle après Dostoïevski, Soljenitsyne était passé" , Novosibirsk sur la route qui relie l’Oural au Pacifique où "Il plut nuit et jour quand Tchekhov fit le long voyage de Sakhaline"
   Akademgorod qui fut un temps la capitale des cerveaux scientifiques de l’Union Soviétique et d’autres lieux où Colin Thubron nous invite grâce à sa connaissance de l’histoire de la Russie: la vallée de Pazyryk dans l’Altaï, haut lieu de la civilisation Scythes, ce mystérieux peuple chanté par Hérodote.
   Kyzyl où s’élève un obélisque marquant le cœur de l’Asie, Krasnoïarsk la cité admirée par Tchekhov que traverse l’Ienisseï et de là tout droit vers Doudinka et l’Arctique à bord d’un vapeur "Nous entrons dans un vide doré. Je me dis: voilà la Sibérie originelle — insaisissable, infinie — celle qui s’attarda au fond des yeux des premiers voyageurs, tel un inconscient géographique. Son apparente vacuité était une page blanche offerte à l’écriture"
   
   Au gré de ses rencontres il pénètre dans la taïga avec un chasseur de bernaches et de rennes "De jour j’avais trouvé la taïga silencieuse, baignant dans une lumière verdâtre et une paix de cathédrale. Mais ce vide n’était qu’une absence d’humains. La forêt bruissait de toute la vie inquiète qui la peuplait: des lynx, des cerfs, des renards."
   
   Le Baïkal aux allures d’océan, Irkoustk où l’on suit la trace de Iekaterina Troubetskaïa et Maria Volkonskaïa, princesses qui choisirent de suivre leurs maris exilés par le Tsar.
   
   S’enfonçant toujours plus profondément, Colin Thubron atteint le Pacifique, la frontière avec la Chine, le fleuve Amour et Iakoutsk pour terminer à Magadan, confins géographiques et humains de la Kolyma terre de désespoir où le froid est tel que  «votre haleine gèle aussitôt, elle forme des cristaux qui tintent en touchant le sol avec un léger bruit surnommé "le murmure des étoiles" »
   
   Là s’achève le voyage de Colin Thubron, une terre de douleur pour des millions d’hommes et dont il dit magnifiquement "Comment supporter ne serait-ce que la pensée des plaintes qui pourraient s’élever de cette terre ?"
   
   
   C’est un voyage extraordinaire, mais tout l’art de Thubron est de savoir, non seulement nous décrire cette démesure, ces paysages splendides dans un style d’une très grande élégance, mais surtout de savoir à merveille parler de ses rencontres, des personnages qui traversent ce livre: Un descendant de Raspoutine, le gardien d’un musée totalement vide, des fonctionnaires attendant un salaire qui ne vient pas, un archéologue oublié de tous, des vieux croyants Ermites dans la Taïga, les derniers juifs d’une communauté installée par le Stalinisme et aujourd’hui disparue.
   Ses interviews très vivants, parfois très émouvants sont le fruit d’une culture immense, d’une chaude empathie qui lui permettent de nous porter à la rencontre de ces hommes et femmes, héros ou victimes tous en attente d’un avenir très incertain.
   
   C’est mon troisième voyage organisé par Colin Thubron, j’avais il y a des années exploré la Chine avec lui et son récit "Derrière la Grande Muraille" montrait un don pour l’interview, pour les rencontres et l’observation qui m’avait séduite.
   Ce voyage en Sibérie tient toutes ses promesses.
   Si vous aimez les récits de voyage, si "L’usage du monde" ou "Le temps des offrandes" font partie de votre bibliothèque, alors ajoutez y ce livre qui a obtenu le Prix Nicolas Bouvier 2010.
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critique par Dominique




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Fascinante Sibérie
Note :

    Fascinante Sibérie... Son nom est la fusion du mongol siber (beau, pur) et du tatar sibir (pays endormi), seulement trente millions d'habitants (dont cinq pour cent d'autochtones) pour plus de 9400 kilomètres d'ouest en est (et inversement) et sept fuseaux horaires... Le soleil peut se lever en même temps à Iekaterinenbourg et se coucher à Vladivostok...
   
   Colin Thubron entreprend ce voyage à la fin des années 1990, seul, (il parle suffisamment russe pour passer pour un estonien, par exemple), empruntant le transsibérien bien sûr, mais aussi avion, bateau, pour s'écarter au nord et au sud de cette ligne ferroviaire mythique.
   
   Colin Thubron propose toute une galerie de personnages rencontrés au fil du voyage, la plupart déçus par la politique russe, vivotant dans de rudes conditions, parfois se repliant vers la religion. Les villes sont rarement belles, souvent polluées, délabrées... Une impression de décadence, d'abandon. Et surtout il évoque les terribles conditions des prisonniers. "Trois cents ans avant le Goulag de Staline, des groupes de bagnards avaient été expulsés à l'est de l'Oural.(...) Le besoin de peupler la Sibérie et d'extraire son minerai du sol suscita bientôt un flot de déportés toujours croissant.(...) Pratiquer la boxe, battre sa femme, mendier sous un faux prétexte de misère, couper des arbres de manière illicite, s'adonner au vagabondage et dire la bonne aventure : tout cela pouvait faire envoyer un homme en Sibérie." De même priser le tabac ou conduire une charrette sans rênes!
   
   Mais c'est au 20ème siècle que tout a continué à grande échelle : les morts enterrés rapidement, la route et les rails posés au dessus. Les conditions de détention des déportés de droit commun ou politiques (parfois sous des tentes!), le travail forcé dans des conditions atroces (même en zone radioactive!), le peu de nourriture, la maladie (typhus, tuberculose, pneumonie), les millions de morts, là franchement jamais je n'aurais imaginé à quel point c'était horrible! Dès que j'en aurai le courage, je sortirai les récits de Soljenitsyne et Evguenia Guinzbourg des étagères où ils attendent depuis des années...
   
   N'hésitez pas à découvrir ce récit, magnifiquement écrit qui plus est, pour un voyage que vous n'oublierez pas...
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critique par Keisha




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Far East
Note :

   Si comme moi, vous avez aimé accompagner Sylvain Tesson dans sa "Sibérie chérie" alors vous aimerez repartir pour un périple avec Colin Thubron, écrivain-voyageur (ou voyageur qui écrit bien!) dans ce Far East qu'est la Sibérie, une contrée difficile à cerner.
   
   Colin Thubron est né en Angleterre en 1939 et a passé sa vie à voyager dans le monde entier avec une prédilection pour l'Asie; et ce livre raconte son périple qui l'amena en quelques mois à traverser la Sibérie d'Ouest en Est à la fin des années 90. L'URSS venait de tomber quelques années plus tôt et Thubron allait prendre le pouls de ce qui restait peut-être de plus russe dans l'empire, la Sibérie. La Sibérie, annexée par les cosaques du tsar et aménagée à coups de millions de déportés. Dans ce livre, l'auteur n'oublie pas de nous faire sentir ce lourd héritage par les lieux visités et les personnes rencontrées.
   
   Colin Thubron écrit bien et maîtrise parfaitement son sujet, notamment l'histoire de la Sibérie qui est distillée dans les pages de ce livre sans jamais être rébarbative. Les données sur la Sibérie sont accompagnées des pérégrinations sur les lieux de cette histoire et les descriptions de l'auteur donnent à voir ces paysages chargés de symboles. De plus, les rencontres de l'auteur avec les habitants de la Sibérie, russes ou minorités autochtones, donnent à comprendre certains traits historiques et contemporains de la Russie.
   
   Le voyage sera exotique par les paysages traversés, du printemps à l'hiver, mais aussi par les personnages croisés; la Sibérie ayant abrité de tous temps les réprouvés de la Russie. Déjà en 1999, la mafia gangrénait la Russie et beaucoup d'anciens regrettaient les avantages matériels du communisme. Mais comment regretter un régime qui vous infligeait 5 ans de camp pour une blague sur Staline prononcée dans la rue?
   
   Le récit de Colin Thubron est un excellent récit de voyage mais aussi un bon livre d'histoire et de géographie, riche de dizaine de rencontres; et même, si à la fin du livre, comme l'auteur, on ne sait si on comprend mieux la Sibérie, au moins on aura fait un voyage enrichissant et par moment très émouvant.

critique par L'habitué




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