Lecture / Ecriture
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À l'insu de la nuit de Rosetta Loy

Rosetta Loy
  Madame Della Seta aussi est juive
  À l'insu de la nuit
  Un chocolat chez Hanselmann
  Ay, Paloma

Rosetta Loy est une écrivaine italienne née à Rome en 1931.

À l'insu de la nuit - Rosetta Loy

La nuit sera longue et noire
Note :

   Recueil de neuf nouvelles.
   
   Une phrase de la courte préface donne le ton de ce recueil:
   -"C'est ainsi qu'une famille prévoyante de la bourgeoisie italienne affrontait le 1er septembre 1939."
   
   La mère de famille de la nouvelle "Walter Palmaran" s'ennuie dans sa maison futuriste qui est une attraction régionale, son mari est un homme sans relief. L'arrivée pour quelques jours de vacances d'un critique musical va lui faire découvrir l'espoir d'une relation nouvelle, mais aussi la jalousie.
   
   "Bilbao" n'est pas la ville d'Espagne, mais le nom du chien de la famille que nous découvrons dans ce récit. Le jour: 1er septembre 1939, le lieu: une maison à la campagne, les personnages: une femme et ses nombreux enfants, un peintre faisant le portait des filles de la famille, l'épouse du peintre, juive polonaise qui sait que l'exil l'attend. La nouvelle est officielle, c'est la guerre. Pour l'épouse, quelle aubaine! Son mari ne rentre pas, une nuit de plus avec son amant.... mais la mort est là...
   Une nouvelle très intéressante, la description d'un monde et d'une femme qui, malgré les menaces de guerre, reste très frivole, entre escapades nocturnes et parties de tennis.
   
   L'histoire de l'Europe en 1939 nous est rappelée dans la nouvelle "La nourrice", histoire de vie et de morts, des millions d'un côté, quelques-uns de l'autre! Mais ces morts comptent peu dans les livres scolaires! Un texte très émouvant.
   
   Les hommes, un peu artistes, ne servent pas à grand chose dans ces histoires. Walter Palmaran, homme à femmes, critique musical, Wolfang, peintre sans le sou, Andréa qui donne des leçons de latin, ce ne sont pas les principaux personnages de ces nouvelles. Les femmes sont généralement infidèles, ou aimeraient bien l'être, les maris sont des êtres falots. Souvent, quand les amants sont jeunes, c'est "Le garçon".
   
   Olga, jeune veuve avec un enfant, elle n'est pas antipathique, mais déplaisante, mais se nomme t-elle réellement Olga? Une nouvelle ambiguë! Une jeune nourrice ayant délaissé son propre enfant pour un peu d'argent, un des rares personnages féminins venant de la campagne et obligé de gagner sa vie!
   
   C'est bien écrit, Rosetta Loy est un très bon auteur, mais pour moi tous ses romans et ses nouvelles se ressemblent et traitent du même sujet, le début de la guerre et la fin d'une certaine bourgeoisie et de son mode de vie. Ces familles, souvent nombreuses, vivant dans de grandes maisons à la campagne, avec du personnel, des adultères féminins parfois rêvés, espérés, ou accomplis. Un monde futile et feutré, très loin de mes priorités littéraires, même si j'ai eu plus de plaisir de lecture dans ce livre que dans mes précédentes tentatives, mais pas au point de tenter du moins rapidement une autre lecture.
   
   
   Extraits :
   
   - Ennuyeux, subtilement, sournoisement ennuyeux.
   
   - Elle avait eu l'impression que la jalousie était devenue une couleur qui déteignait sur elle, qui ne lui était plus possible de la cacher.
   
   - Et dire que par délicatesse il a toujours refusé de peindre des nus féminins!
   
   - Isabella, la blonde, la bleue, visage perdu de la victoire de Samothrace.
   
   - Elle ne savait pas encore si elle allait s'arrêter ou si elle poursuivrait sa route vers d'autres lieux inconnus.
   
   - Quelquefois la fausseté de l'intérêt qu'elle montrait était si évidente qu'elle était presque un affront.
   
   - À chaque boutonnière défaite le tissu semblait se rétrécir et le sein revenir à la surface comme une de ces fleurs chinoises qui s'ouvrent au contact de l'eau.
   
   - La petite nourrice a fait un mauvais rêve. Un de ces rêves qui veulent dire la mort.
   
   - ….elle avait dit : "Tu embrasses très bien", et cette phrase avait coupé d'un seul coup tout élan, tout désir.
   
   - "Lui accorder les dernières faveurs", est-ce que ce n'est pas merveilleux ? Peut-il y avoir un euphémisme plus parfaitement hypocrite.
   
   - C'était la certitude que bientôt tout serait fini, les stars, la misère, l'injustice.
   

   
   Titre original : All'insupatta della note (1984)

critique par Eireann Yvon




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