Lecture / Ecriture
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Le confident de Hélène Grémillon

Hélène Grémillon
  Le confident
  La Garçonnière

Hélène Grémillon est une scénariste et romancière française née en 1977. Elle est la compagne de Julien Clerc.

Le confident - Hélène Grémillon

Des héroïnes de tragédie
Note :

   A la mort de sa mère, Camille reçoit une série de lettres d'un expéditeur, Louis, qui lui est parfaitement inconnu. D'un message à l'autre, Louis lui raconte une histoire qui se situe pendant la guerre de 1940 et qui met en scène des personnages qui s'aiment, s'affrontent et se déchirent. Peu à peu, elle comprend qu'elle est le principal et innocent enjeu de ce récit dramatique.
   
   Le roman se lit un peu comme un puzzle, chaque nouvel écrit de Louis étant un des morceaux qui reconstituent l'histoire. Nous faisons connaissance de la jeune Annie, fille d'ouvrier, qui se lie d'amitié avec Madame M., sa voisine, bourgeoise en mal d'enfant, de Louis, le confident, amoureux depuis toujours d'Annie et aussi de Paul, le mari de madame M.
   
   Le roman est intéressant parce qu'il décrit une période historique vécue par les deux femmes comme un arrière-fond, un contrepoint tragique aux événements privés qu'elles vivent. Pourtant certains aspects du récit me paraissent un peu convenus (comme le thème si actuel de la mère porteuse ou la dénonciation des juifs pendant la guerre). Intéressants aussi ces personnages qui vont jusqu'au bout de leur passion et dont la vie basculera et sera irrémédiablement brisée. Madame M. en particulier, âpre et déterminée, est un personnage fascinant par sa violence intérieure, son désespoir qui fait qu'elle est prête à tout pour obtenir ce qu'elle veut. Elle est à la fois bourreau et victime d'une société qui ne permet pas à la femme de se réaliser en dehors de son rôle de mère. Le personnage d'Annie est moins clair. Avant de devenir une femme amoureuse et prête à défendre son amour et son enfant, qu'est-elle vraiment? Comment comprendre son comportement? Est-elle une jeune fille naïve, un peu sotte, subjuguée par sa brillante voisine? Quand commence sa duplicité, son mensonge? Elle aussi n'est pas qu'une victime, sa vengeance envers la bonne de madame M. est terrible.
   
   Ce roman est donc intéressant par sa forme et par les personnages en particulier féminins qui sont des héroïnes de tragédie. Le suspense qui est maintenu pendant un certain temps est un des charmes du roman.
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critique par Claudialucia




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Premier roman
Note :

   Camille vient de perdre sa mère alors qu'elle va devenir mère à son tour. Au milieu des lettres de condoléances, elle découvre une étrange lettre, une lettre qui va être suivie d'autres, qui dessinent petit à petit l'histoire de deux amours brisées, et d'un secret qui est aussi le sien.
   
   Fort malheureusement, les histoires d'amour brisées sur fond de Seconde Guerre mondiale abondent en littérature, et ne fait pas œuvre de cette période qui veut. Loin de dire que "Le confident" est un roman anodin et sans intérêt, c'est là souligner la difficulté de l'exercice et dire aussi, qu'Hélène Grémillon se tire avec un certain talent de l'ornière historique où elle a risqué de faire verser son récit. Ce qui aurait été dommage puisque ce n'est finalement que le décor tragique d'une histoire qui est celle de deux amours fous, d'une jalousie maladive, et du mal d'enfant qui pousse parfois au pire.
   
   Égrenant une parole dont on ne sait très bien de qui elle vient, les lettres répondent à la détresse et au mal-être de Camille, lui dévoilant des destins qui sont intimement liés au sien et le mensonge sur lequel a été bâti sa vie. Et si on devine assez vite, la chute du feuilleton, si l'on peut regretter un brin de facilité dans la chute, quelques longueurs, reste cette histoire de maternité qui répond à une actualité brûlante, celle des mères porteuses, et qui ne verse jamais dans la leçon, se contentant de rappeler que certains choix sont intrinsèquement tragiques puisque s'y mêle l'amour, l'instinct, la possessivité et le mensonge. Disant que la filiation, les rapports de mère à fille ne sont jamais simples.
   
   Porté par des personnages complexes, attachants jusque dans leur actes les plus abjects, "Le confident" est un premier roman au style simple, limpide, dont l'intrigue à tiroir mêle agréablement grande et petite histoire, vengeance, jalousie, amour, panel si commun et toujours détonnant des passions humaines.
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critique par Chiffonnette




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Puzzle intéressant!
Note :

   Un premier roman savamment construit comme un grand puzzle, à l’écriture fluide, intimiste, qui aborde le thème des femmes "stériles", les femmes en mal d’enfant, leur désespoir et les actes dont elles peuvent être capables…
   
   Camille Werner, éditrice trentenaire mal dans sa peau, vient de perdre sa mère dans un accident de voiture. Dans les lettres de condoléances, elle trouve celle d’un certain Louis. En fait, il ne s’agit pas vraiment d’une lettre de condoléances, plutôt d’un récit, de l’histoire de Louis et d’Annie, amis d’enfance, amoureux… Au début, Camille croit que cette lettre ne lui est pas destinée. Elle ne connaît pas de Louis ni d’Annie. Or, tous les mardis suivants, elle recevra la suite de l’histoire. Et elle finira par comprendre qu’elle y tient une place centrale…
   
   Difficile d’en dire plus si l’on ne veut pas ôter son originalité à ce roman qui va de révélation en révélation, avec des perspectives changeantes et des retournements de situation inattendus. On est réellement happé par l’intrigue et les agissements des personnages. Tout au long, des indices sont semés ; indices que l’on ne comprend qu’une fois arrivé au bout… pour constater qu’il faudrait recommencer la lecture depuis le début pour saisir tous les détails.
   
   Un mot quand même sur le cadre du roman : la majeure partie se passe entre 1936 et 1943, mais les événements marquants de ces années-là ne font qu’affleurer (un des personnages reproche d’ailleurs aux autres de ne pas s’intéresser à l’actualité…). Toutefois, il y a certains coups de projecteur très instructifs : par exemple sur la politique de la natalité des années 30 :
   "Pour relancer la natalité, le gouvernement n’y était pas allé de main morte : interdiction de l’avortement, interdiction de la contraception et, au passage, interdiction de toute forme d’information sur la sexualité. Déjà qu’on n’en parlait pas, ça risquait pas de s’arranger! La stratégie était simple, moins les gens en sauraient, plus la nature serait libre de faire son œuvre. […]Les femmes stériles n’étaient qu’une poignée de sous-femmes que l’on préférait oublier. Les calculs étaient précis, la perte de trente grammes de sperme équivalait à mille deux cents grammes de sang. Il fallait éviter le gaspillage, aussi tous les ouvrages médicaux jetaient l’anathème sur la copulation avec la femme stérile, "ravageuse aux amours inutiles".

   Saisissant!
   
   Ou encore cette narration de l’exécution d’Eugène Weidmann :
   "[…] il faisait grand jour quand Weidmann s’est fait ligoter et basculer. Les photographes étaient fous d’excitation de pouvoir enfin capturer ces clichés de mise à mort jusqu’alors mauvais, parce que toujours nocturnes […] La foule vociférait. Impassible comme à son habitude, Desfourneaux a actionné le couperet. Quand tout à coup, des femmes ont débordé le service d’ordre et se sont précipitées sur le sol pour tremper leurs mouchoirs dans les flaques de sang, une horde de hyènes […] C’était tellement écœurant, ces femmes accroupies, épongeant le sang de leurs deux mains […] ces folles qui pensent que le sang de ce cinglé va les rendre fertiles."

   
   Je pourrais recopier d’autres passages, mais il vaut mieux lire le roman en entier! C’est vraiment une lecture intelligente mais néanmoins facile, et captivante par-dessus le marché! A conseiller!
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critique par Alianna




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Lourd
Note :

   On est en 1975. Camille, trente-cinq ans, vient de perdre sa mère et reçoit chaque jour des lettres de condoléances. Parmi celles-ci, elle en découvre une, non signée, dans laquelle il est question de la jeunesse d’une certaine Annie et d’un certain Louis, vers le début des années 30. Camille, qui ne connaît ni d’Annie ni de Louis, pense qu’il s’agit d’une erreur, mais elle est tout de même ébranlée par la réception de cette lettre et se met à guetter les suivantes. Plusieurs autres lui arrivent effectivement dans les semaines qui suivent, continuant de raconter la vie d’Annie jusqu’en 1940, année où celle-ci donne naissance à une petite fille et se fait voler cette enfant par une certaine Madame M. qui souffre de stérilité. (…)
   
   Voilà une histoire édifiante de gestation pour autrui ramenée à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale. Bien sûr, la mère porteuse voit son instinct maternel se réveiller pendant sa grossesse mais, prise au piège par la méchante femme stérile, elle est contrainte de lui abandonner son enfant. La méchante femme stérile, après l’accouchement, ne pense qu’à détruire la vie de la mère porteuse pour la pousser au suicide et se prémunir ainsi de toute tentative de récupérer l’enfant.
   
   Cette histoire est vraiment lourde, les personnages sont monolithiques, leurs sentiments sont à l’emporte-pièce. On a en plus droit à un petit plaidoyer contre l’avortement et à l’invocation de la fameuse "nature" dont on connaît le peu de fondement philosophique, et l’usage tendancieux qui en est généralement fait.
   
   On ne voit pas non plus pourquoi cette histoire se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale – pourquoi ce choix de la part de l’auteur – car Hélène Grémillon ne nous apprend pas grand-chose sur cette période : on savait déjà que, sous Pétain, la natalité était vivement encouragée, et, franchement, cette donnée historique, censée expliquer l’acharnement de Madame M. à vouloir un enfant, paraît un peu démonstrative.
   
   J’ai trouvé néanmoins que ce roman possédait quelques qualités littéraires intéressantes, particulièrement dans les premiers chapitres.
    ↓

critique par Etcetera




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De la problématique des mères porteuses...
Note :

   Bon, je ne pense pas qu’Hélène Grémillon ait écrit "Le confident" pour traiter spécifiquement des mères porteuses, non. N’empêche qu’en des temps récents où cette thématique des mères porteuses a été largement évoquée comme une menace à venir, qui suivrait l’étape "mariage pour tous", c’est cet écho qui résonne le plus fort à la lecture du "Confident".
   
   Mon impression finale est mitigée, partagée entre la reconnaissance d’une histoire bien menée même si, finalement, assez sophistiquée, compliquée encore par le parti-pris choisi de partir de deux époques à la fois pour un final qui éclaircit le tout, à la toute fin réellement, et les nombreuses invraisemblances et faiblesses, que ce soit dans certains aspects psychologiques ou simplement techniques. Finalement assez normal pour quelqu’un qui démarre dans la carrière littéraire. Errare humanum est. Rien d’infamant en tout cas, un résultat final tout à fait honorable.
   
   Il est beaucoup question de femmes dans ce roman (d’ailleurs, quand il est question de maternité, entre grossesse et sentiment maternel... !).
   
   Madame M., jeune bourgeoise qui a fui la vie parisienne, entraînant son mari journaliste en province proche, vers la Champagne, afin de ne plus avoir à affronter les regards de tous ceux qui semblent lui reprocher sa stérilité, se lie avec Annie, jeune fille de milieu modeste, au tempérament artiste. Cette amitié va évoluer vers un deal abominable, innocemment proposé (mais ne dit-on pas que le diable se niche dans les détails ?!) mais dévastateur et dont les ondes de choc vont se propager bien au-delà de la période de la Seconde guerre mondiale, période où se noue cette tragédie.
   
   A l’autre bout de la chaîne, Camille, jeune éditrice parisienne, à notre époque contemporaine, enceinte d’un homme qui ne le sait même pas, reçoit beaucoup de courrier à l’occasion de la mort de sa mère. Beaucoup de courrier et dans ce courrier des lettres qui arrivent avec régularité d’un Louis, inconnu de Camille, et qui déroulent une histoire qui prend ses racines dans les années 1940. Elle est agacée Camille car elle ne comprend d’abord pas s’il s’agit de quelque révélation potentiellement dangereuse qui pourrait la concerner ou d’une facétie d’un auteur voulant se faire publier –elle est éditrice – et qui aurait trouvé ce moyen pour hameçonner son intérêt.
   
   Progressivement le doute va se lever et les histoires se rejoindre... C’est bien mené, moyennant quelques invraisemblances ou disons, manque de cohérence parfois. Ça se révèle prenant et probablement prometteur pour ce qui concerne le futur d’Hélène Grémillon.

critique par Tistou




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