Lecture / Ecriture
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Des vies d’oiseaux de Véronique Ovaldé

Véronique Ovaldé
  Déloger l'animal
  Et mon cœur transparent
  Ce que je sais de Vera Candida
  Le sommeil des poissons
  Toutes choses scintillant
  Les hommes en général me plaisent beaucoup
  Des vies d’oiseaux
  La grâce des brigands
  La salle de bains du Titanic
  Soyez imprudents les enfants

Véronique Ovaldé est une écrivaine et éditrice française née en 1972.

Des vies d’oiseaux - Véronique Ovaldé

Une sacrée conteuse !
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   C’est grâce à son mari que Vida rencontre le lieutenant Taïbo. En effet, il veut absolument prévenir la police pour déclarer que leur maison a été visitée pendant leurs vacances, même si rien n’a été dérobé. Cependant il insiste pour que le lieutenant se déplace et constate qu’il y a bien eu intrusion. A Villanueva où ils habitent, l’hiver est en effet une saison si triste que la plupart des habitants de la colline où réside le couple partent en villégiature. Certes, rien n’a été volé mais à l’image de Boucle d’or et des trois ours, Vida affirme que quelqu’un a dormi dans son lit en son absence.
   Alors qu’il fait le tour du propriétaire, il constate qu’une chambre est fermée à clé. C’est la chambre de leur fille Paloma, qui ne vit plus avec eux. Pourtant Vida lui dit qu’elle n’a pas d’enfant. Car Paloma est partie. Pourquoi? Comment? C’est ce qu’il va nous falloir comprendre…
   Mais ils ne sont pas les seuls chez qui des squatteurs se sont installés et le lieutenant est bientôt envahi d’autres appels, qui vont l’obliger à mener une enquête.
   
   Dès les premières pages, on se glisse dans l’univers particulier de Véronique Ovaldé, avec toujours des histoires bizarres et pourtant ancrées dans la réalité. Un univers proche du conte qui donne envie de lire cette belle intrigue à haute voix, tant la musicalité est importante. Des faits étranges "Les fenêtres de leur maison ne s’ouvrent pas " donne un effet d’irréalité aux choses qui ont lieu pourtant dans la vie de tous les jours.
   
   L’univers de Véronique Ovaldé me fait ainsi penser, comme dans son premier roman "Et mon cœur transparent " que j’avais beaucoup aimé, à l’univers japonais où des faits insolites se glissent dans le quotidien. Pour exemple la climatisation qui est installée dans toutes les pièces, jusque dans le placard à chaussures. Elle emprunte aussi aux romanciers nippons des histoires peuplées de personnages à la fois banals et fantasques.
   
   Plaçant son récit dans une ville imaginaire d’Amérique du sud, elle nous montre une fois encore qu’elle a un sacré talent de conteuse, une imagination fertile, un goût pour le merveilleux, et un regard à la fois tendre et lucide sur la condition des femmes, leur destinée, avec toujours l’obligation de conquérir sa liberté en faisant fi du quotidien et des blessures infligées à autrui pour se révéler à soi même. La femme, la mère, l’épouse, la fille, la maîtresse, l’amante mais aussi l’amie, c’est toutes ces femmes que cette romancière scrute avec un regard aussi sur la maternité, qui m’a particulièrement touchée, de l’enfant naissant à l’enfant s’envolant vers sa vie d’adulte. Un moment magique, une lecture qui nous plonge hors du temps sans nous éloigner pour autant de notre ordinaire.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Inconsolable gaieté
Note :

   "(…) elle a pensé à chacun d'entre eux et elle s'est sentie voyante et d'une inconsolable gaieté."
   
   
   C'est un beau roman que Véronique Ovaldé nous a livré là, beau et riche. Sous une ligne dont la simplicité n'est qu'apparente, de multiples histoires annexes et implicites se dessinent.
   Les romans à thèse sont les moins bons... sauf si, comme V. Ovaldé, les auteurs sont capables de remplacer les déclarations par des évènements, les démonstrations par des situations. Ce qui n'est pas le cas le plus fréquent.
   
   Ici, nous avons deux histoires d’amour: celle de Paloma qui quitte ses riches parents pour suivre Adolfo et celle de Vida et de Taïbo et même encore celle d'Eguzki. Ces histoires donnent toutes à réfléchir sur les relations hommes-femmes et sur la place de l'amour dans la vie ou même la possibilité qu'il n'y en ait pas: "Gustavo Izarra se sent esseulé mais absolument pas malheureux dans le spacieux habitacle de sa magnifique voiture, Gustavo Izarra est un homme qui n'aime pas tant que cela être accompagné."
   Nous avons une histoire de mort et de deuil, avec Chili, l'amie de Paloma, qui nous rappelle notre condition humaine.
   Nous avons, comme presque toujours avec Véronique Ovaldé, un cas de «père nocif», c'est celui d'Adolfo et elle sait comme toujours lui donner une férocité crédible tout à fait inquiétante. Ces hommes sont toujours encore plus destructeurs qu'ils ne sont détruits ce qui n'est déjà pas rien.
   Et nous retrouvons les relations mère/enfant (charnelles, primaires, faites d'odeurs et de contacts) qui sont souvent au cœur de ses romans allant même ici jusqu’au complet sevrage - je veux dire sevrage psychologique aussi et tout autant du côté de la mère que de celui de l'enfant. Car finalement (et c'est ce qui doit être), la mère se libère aussi de l'enfant, chacune devenant-redevenant, une femme adulte, indépendante.
   
   Chacune de ces histoire est fouillée et traitée de façon parfaitement convaincante, rien n'est «bâclé». Pour ne rien dire du semblant d'intrigue policière qui mène un policier (Taïbo) sur les lieux luxueux d'intrusions de squatteurs et qui n'est qu'un prétexte.
   
   Au lecteur de tirer de ce récit les conclusions qu'il peut atteindre, par exemple que l'amour et la sécurité sont deux choses distinctes, que pour avoir une nouvelle vie il faut abandonner l'ancienne, qu'on ne peut rien arracher à la marche du temps, que se résigner est un mauvais calcul etc. que sais-je encore?
   
   Comme j'aime toujours le monde de V. Ovaldé et sa vision de la vie, j'ai de nouveau été convaincue par ce nouveau roman qui aurait peut-être pu être plus travaillé dans son écriture et dont les titres de chapitres ne m'ont pas semblé être une bonne idée du tout ; mais tout cela est emporté par la richesse de l'imagination et la créativité d'un écrivain au mieux de sa forme.
   
   Lisez-la!
    ↓

critique par Sibylline




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Portraits de femmes
Note :

   Même si je suis bien incapable de distinguer le moindre oiseau une fois dépassé le niveau du héron, de la mouette et du pigeon, j'ai eu envie de découvrir ces "Vies d'oiseaux" de Véronique Ovadé, nouveauté parmi tant d'autres en période de rentrée littéraire.
   
   Il y a quelques années, j'ai découvert "Et mon coeur transparent". Je projetais déjà de lire "Déloger l'animal", ce que je n'ai toujours pas fait (honte sur moi, je promets de faire pénitence et de relire un chapitre des "Chroniques de Mudfog" de Charles DiKens pour la peine). Bref, revenons-en à nos moutons ou plutôt au "Cœur transparent" (quelle charmante image); ce livre très particulier a beaucoup dérangé à l'époque: détesté ou adoré, il n'a laissé personne indifférent. Si je ne garde qu'un souvenir flou de l'intrigue (comme je le dis souvent, en cas de fin du monde et de destruction des librairies, je pourrais bien me contenter de relectures au vu de ma mémoire de poisson rouge)... si je ne garde qu'un souvenir flou de l'intrigue (disais-je avant cette digression), je me rappelle un réel coup de cœur, une lecture enthousiaste faite d'une traite (et que j'associe à un premier long séjour à Barcelone... on peut faire plus désagréable comme contexte)!
   
   "Des Vies d'oiseaux" est un roman bien différent, de facture plus classique. Il y est question de Vida, qui vit dans sa maison de luxe comme une prisonnière, en apparence soumise à un mari qui aime lui rappeler qu'il l'a sortie de la fange et l'a faite telle qu'elle est aujourd'hui. Mais c'est aussi Paloma, la fille de Vida, qui occupe une place centrale dans le roman. Lasse de voir sa mère humiliée au quotidien, rejetant les valeurs bourgeoises de sa famille, Paloma s'est enfuie avec un séduisant jardinier au crâne couvert de cicatrices (oui je sais dit comme ça, ça donne envie!). Le récit commence avec l'histoire de Vida, suivie du point de vue de Paloma, avant un chapitre final au cours duquel les deux femmes se retrouvent.
   
   Avec sensibilité, Ovaldé décrit une Vida qui se rebelle discrètement contre son mari, par le choix de ses habits, quelques remarques inopportunes venant gâcher ses dîners mondains... jusqu'au jour où elle fait la rencontre du lieutenant Taïbo qui incarne une autre forme de virilité et lui permet de quitter enfin son mari. Malgré tout, la délicate Vida ne peut partir sans la présence d'un nouvel homme: son émancipation n'est ainsi que partielle. Quant à Paloma, c'est un personnage à mon sens moins intéressant. Elle incarne le stéréotype de la gosse de riches privilégiée qui se retourne contre ses parents... pour finir par vivre dans des demeures de luxe inoccupées pendant les vacances de leurs habitants. Certes, elle se pose en provocatrice en causant maints désagréments à ses anciens voisins et parents, mais elle continue à profiter sans remord de la vie dorée qu'elle se targue de mépriser. Un personnage plus figé, parfois desservi par des scènes un peu moins réussies: je pense par exemple à une dispute assez artificielle entre le père et la fille. Dommage, car ce roman reste très agréable à lire et soulève de nombreuses questions, traitant aussi bien du fossé qui sépare les différentes couches sociales (et ce d'autant plus que le cadre choisi est l'Amérique latine, où les inégalités se manifestent de façon plus visible) que de la question de la féminité et de la réalisation de la femme.

critique par Lou




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