Lecture / Ecriture
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Le signal de Ron Carlson

Ron Carlson
  Le signal
  Cinq ciels
  Retour à Oakpine

Ron Carlson est un écrivain américain né en 1947.

Le signal - Ron Carlson

... d'alarme!
Note :

   "C'était sa vie, chevaucher deux heures depuis un ranch qui était lui-même à une heure de la ville, tout en sachant qu'il y avait encore des heures d'inconnu devant lui".
   
   Une remarque pour commencer: le bandeau annonce un roman "au suspense à couper le souffle". Ne l'attendez pas dès le départ, il arrive passé une bonne moitié du livre. Ce n'est pas gênant, l'ensemble est convaincant, mais il vaut mieux le savoir.
   
   Mack vient de passer une année épouvantable. Il sort de prison après une série de beuveries, de trafics douteux, de dégringolades de plus en plus profondes. Il n'a pas su garder le ranch de sa famille et il a perdu sa femme Vonnie, qui vient de refaire sa vie.
   
   Vonnie et lui ont décidé de faire une dernière randonnée dans les montagnes du Wyoming afin de se dire adieu. A cette occasion, Mack a accepté une ultime mission pour un intermédiaire louche, repérer une balise égarée lors d'un survol de la région. Mack n'a jamais été regardant sur l'origine de l'argent qu'il gagne, espérant toujours sauver le ranch. On sent bien qu'il aimerait aussi récupérer Vonnie, même si de son côté à elle les choses sont claires et bien terminées.
   
   Evidemment, le voyage ne va pas se passer aussi bien que prévu et leur réserver de mauvaises surprises à l'un comme à l'autre. Le couple avait rituellement l'habitude de faire la même randonnée en septembre. Pour Mack les souvenirs affluent tout en marchant et l'incitent à réfléchir sur sa trajectoire. Il n'est dupe ni de ce qu'il est, ni de ce qu'il a fait et il a l'espoir de repartir sur de meilleures bases.
   
   L'ex-couple a toujours en commun d'aimer follement cette région, la pêche et la nature. Il y a des pages magnifiques sur le Wyoming, je me suis rarement sentie aussi transportée dans un endroit sans y être jamais allée, jusqu'à voir la transparence de l'eau et sentir la pureté de l'air. Mack est parfaitement à l'aise dans ce milieu-là, où il a été initié par son père. Il y a forcément des frottements entre Vonnie et lui, mais aussi de grands moments de complicité.
   "Le monde entier n'était plus désormais que ciel, roche et eau. De petits lichens poussaient comme du corail par endroits entre les rochers, mais aucune plante n'était plus grande qu'une main. Mack et Vonnie s'arrêtèrent sur la dalle de grès et écoutèrent le torrent gargouiller entre les rocs sous leurs pieds. Ils étaient tous deux en arrêt devant le paysage et se tenaient côte à côté, haletants. Vonnie fit quelques pas prudents sur les plaques rocheuses disposées comme les pièces d'un puzzle dans la montagne. Le lac n'avait pas de bord. L'eau venait lécher les rochers sans prendre la moindre ride."

   
   Tout en profitant de la pêche et de la balade, Mack cherche simultanément à repérer la fameuse balise. L'action s'emballe dans la deuxième partie du livre et le récit devient lourd et angoissant, jusqu'au dénouement final, dont je ne peux évidemment rien vous dire.
   
   Mack n'est pas un héros flamboyant, loin s'en faut, mais on s'attache vite à cet homme qui aimerait tellement avoir une autre chance. Vonnie garde un certain mystère, c'est un beau personnage de femme. Ils ont tous deux de l'épaisseur et leur relation est évoquée avec beaucoup de finesse. L'amour ne paraît pas mort entre eux, même si Mack a tout fait pour çà. Sans oublier la nature, un élément fort de l'histoire, splendidement décrit.
   "Un ruisselet qu'il put franchir coulait au centre de l'endroit et Mack vit, en grimpant, où le groupe avait traversé et retraversé le joli cours d'eau. Il aimait les endroits perdus comme celui-ci, les surprises exclusives auxquelles n'avaient pas eu droit plus d'une dizaine de pionniers; il y avait des milliers de recoins isolés dans la nature sauvage et ils le remplissaient toujours d'espoir. Jusqu'à aujourd'hui. Le goulet du canyon et les parois rocheuses en gradins prirent de la hauteur, la bande de ciel matinal bleu pâle se réduisit à une balafre au-dessus de sa tête".

   
   Un très bon cru pour les amateurs du genre.
   
   C'est le quatrième roman de Ron Carlson et le premier traduit en français.
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critique par Aifelle




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Peut mieux faire
Note :

   Voilà un nouveau roman, publié aux excellentes éditions Gallmeister qui ont pour politique éditoriale de publier des romans américains ayant eu plus ou moins de mal à trouver leur public sur leur marché, et qui s’inscrit clairement dans la tradition "Nature writing".
   D’ailleurs, au bout de quelques pages, on ne peut manquer de penser à deux chefs-d’œuvre que sont "L’homme qui marchait sur la lune" de Howard Mccord ou bien encore "Sukkwan Island" de David Vann.
   
   Même thématique avec une longue randonnée en pleine nature dans l’une de ces immensités peu peuplées, voire désertes, dont regorgent les Etats-Unis. Et, soudain, la plongée en plein drame et le glissement brutal, sans transition, vers la violence la plus totale et le déroulement d’un thriller haletant.
   
   C’est ce qui se passe exactement ici avec ces deux personnages, Mack et son ex-épouse Vonnie. Mack vient de sortir de prison après une longue descente vers l’alcool, la drogue et la violence qui lui valurent la faillite de son mariage et le déclin accéléré de son ranch. Au prétexte de vouloir définitivement tourner la page et de laisser un meilleur souvenir que l’image qu’il a produite en prison, il invite Vonnie à venir faire une ultime randonnée sur les chemins qu’ils ont sillonnés ensemble chaque année pendant huit ans. Un moyen de se dévoiler enfin l’un à l’autre, pour se dire ce qu’ils n’ont jamais su ou voulu avouer jusqu’ici.
   
   Mais pour Mack et en cachette de Vonnie, cette randonnée est aussi un moyen de se faire de l’argent pour éponger une partie de ses dettes en retrouvant la trace d’une mystérieuse balise pour le compte d’un acolyte louche avec lequel il fricote depuis pas mal de temps.
   
   Après une bucolique partie de pêche, la randonnée va tourner au cauchemar et le couple devenir l’objet d’une traque farouche de la part d’une petite troupe d’hommes déterminés et prêts à tout pour ne pas laisser de trace de certains trafics dangereux et illicites.
   
   Tout cela est bien fait et construit de façon à captiver le plus longtemps possible l’attention d’un lecteur censé ne pas refermer le bouquin avant que de ne l’avoir dévoré d’un trait comme l’indique les bandeaux racoleurs. C’est à peu près le cas, sans toutefois atteindre la perfection, la cruauté, le caractère implacable et inéluctable des choses et situations qui firent de "Sukkwan Island" ou de "L’homme qui marchait sur la lune" d’authentiques et haletants romans. La faute sans doute à une analyse psychologique plus sommaire et à un dénouement qui manque de grandiose tragique.
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critique par Cetalir




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Promenons-nous dans les bois…
Note :

   Sur la couverture il est signalé "Un thriller amoureux époustouflant". Le Figaro littéraire. Je n’ai pas souvenance d’avoir déjà lu ce genre de roman ! Il faut un début à tout ! Un auteur que je découvre.
   
    Roman se déroulant sur six jours, qui ne furent pas de tout repos.
   
    Nous sommes dans les montagnes du Wyoming, Mack attend Vonnie, son épouse, pour la balade de la dernière chance. Pour leur couple ça passe ou ça casse !
   
    Un mois avant dans une prison, ils s’étaient donné rendez-vous pour leur balade annuelle des ides de septembre. La dixième ! La première, ils n’étaient pas mariés, les huit suivantes, oui et maintenant ils ne le sont plus.
   
    Mack profite de sa solitude pour revoir sa vie, son travail au ranch familial, l’accueil de touristes plutôt fortunés pour des séjours plus ou moins courts. Son père lui donne des conseils, de méfiance, vis-à-vis des jeunes femmes qui lui font les yeux doux. Et pourtant il en épousera une, Vonnie.
   
    La mort de son père le laisse dans une situation financière délicate, une solitude profonde. Pour tenter de sauver le ranch, il trouve un emploi en rapport avec ses études d’informaticien, un poste de consultant, avec un chèque tous les mois.
   
    Il ne se pose pas trop de question sur la légalité de cette situation.
   
    Il se souvient aussi de ses dérives dues à une situation financière difficile, la vente de drogue et sa forte consommation d’alcool. Les mois de prison et son divorce, et sa décision de repartir du bon pied avec l’aide de Vonnie.
   
    Mais il doit effectuer une ultime mission, le prix de ce travail est pour lui énorme : 10 000 dollars ! Il ne peut évidemment pas refuser.
   
    Mais la tâche n’est pas aisée, il doit retrouver la pièce expérimentale d’un drone qui se trouve dans les montagnes. Seule localisation possible, le faible son d’un GPS, émettant sur une courte distance.
   
    Les jours passent, les kilomètres aussi, pour Mack les souvenirs pas franchement bons reviennent. Les voyages en voiture pour de l’argent, sans trop se poser de questions. Mais un jour, la raison lui revient, alors il arrête ces allers et retours !
   
    Une rencontre avec des braconniers, dont l’un veut depuis quelque temps la peau de Mack, les oblige à une fuite dans laquelle Vonnie sera blessée.
   
    Et toujours aucune nouvelle de la balise recherchée…
   
   Deux personnages principaux, Mack qui a connu des périodes difficiles. La recherche de liquidité pour sauver son ranch l’a poussé dans la délinquance. Vonnie, son épouse, l’a un jour quitté et ils ont divorcé. Cette randonnée est une sorte d’adieu à un pan de leur vie. Narration sur deux niveaux du moins en début d’ouvrage. Le passé et le contemporain, hier et aujourd’hui.
   
    Beaucoup de très belles descriptions de paysages que l’on devine sublime, une ode à la nature, la vraie encore préservée.
   
   
    Extraits :
    - Certains objets signifient quelque chose, c'est pourquoi on les transporte avec soi.
   
   - Sa vie, qui jusque-là paraissait être une séquence logique de choix clair, se troubla pendant un temps, puis définitivement.
   
   - Mack, cette année a été abominable, et tu as été abominable, mais je n'ai qu'une parole.
   
   - Elle était là ; c'était suffisant. Ils n'étaient plus mariés. Elle était venue pour lui faire plaisir.
   
   - Elle avait apporté un livre de Keats, et lui avait lu "L'ode à l'automne" à la lumière de sa petite lampe de poche.
   
   - Je me fiche que cette fille vienne de la côte Est, elle est plus sauvage que toutes les filles d'ici que je connais.
   
   - Il savait qu'il n'avait pas la carrure pour faire tourner une maison d'hôtes.
   
   - Cette histoire allait lui attirer des ennuis, Mais Mack avait l'impression que c'était tout ce qu'il méritait. Et il y avait toujours la question de l'argent.
   

    Titre original : The signal (2009).

critique par Eireann Yvon




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