Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Touriste de Julien Blanc-Gras

Julien Blanc-Gras
  Gringoland
  Touriste
  Paradis (avant liquidation)
  Briser la glace

Julien Blanc-Gras est un écrivain et journaliste français né en 1976.

Touriste - Julien Blanc-Gras

L’appel du voyage
Note :

   De manière méthodico-maniaque nous est raconté le désir névrotique d’un voyageur solitaire de parcourir le monde. Des 200 pays souverains à visiter, il faut cocher la case signifiant «vu». Et même si un seul pas a été posé sur le sol pour mettre de l’essence, ça compte. Bon, si c’est un transfert par l’aéroport, ça compte pas.
   
   Voilà le ton utilisé par Julien Blanc-Gras dans ce carnet de voyages d’un touriste qui se veut lambda. Ce pseudo amateurisme n’est qu’une façade car l’homme est un voyageur, un vrai, allant partout. Choisissant même des destinations que le touriste «le vrai pas le professionnel» n’aurait pas l’idée de cocher (Colombie par exemple).
   
   Après un première partie exprimant le désir de n’être pris que pour un touriste comme un autre, le voyageur se dévoile. Les pays se succèdent les uns aux autres. Du Brésil à la Chine, de Madagascar au Guatemala, de l’Angleterre au Proche-Orient, de la Polynésie au Maroc, il nous livre un regard décalé et lucide, sur ce qu’il voit, ce qu’il fait, ce qu’il ressent.
   
   Les anecdotes servies au menu ne sont pas d’égales saveurs. J’ai trouvé certaines parties très réussies et d’autres ressemblant plus à une liste. Le ton est drôle, souvent sarcastique aussi, parfois le serpent se mord la queue et le touriste de base ressurgit et fait ses caprices (Monsieur veut aller voir les lieux clichés ou veut à peine arrivé en Chine se rendre au Tibet). Mais toujours, le regard est franc et plein de recul. C’est très agréable à lire. On rêverait d’y être (enfin pas partout, ni tout le temps!). Quelques pages bien ironiques sur le tourisme de masse ou la business class s’ajoutent aux anecdotes sur les histoires de transports (aventures à part entière).
   
   Quelques pages sont bien senties.
   
   « C’est le paradoxe du touriste: le principal désagrément de sa démarche réside dans l’existence de ses semblables. Si l’on considère le voyage comme une volonté de se perdre, ou au moins de s’éloigner, l’idée de côtoyer ses voisins de métro habituels peut anéantir votre séjour.» P 76

   
   Le style est imagé.
   « Elle s'appelle Sharon et ce prénom lui va comme un gant car c'est quasiment le sosie de Sharon Stone, avec quarante kilos et une gueule de travers en plus. Il serait donc plus juste de dire que ce prénom lui va comme une moufle.» P 197

   
   L’humour rend le propos léger.
   « Les sâdhus, ermites de l’hindouisme, ont choisi la voie spirituelle. Ils vont ainsi, pourvus de rien si ce n’est de leur karma, passant leur existence à se débarrasser de toute considération matérielle, de toute préoccupation terrestre. Certains vivent perchés dans des arbres ou choisissent de garder un bras en l’air pendant quinze ans pour éprouver leur piété. D’autres vont jusqu’à se mutiler les parties génitales en y accrochant de grosses pierres, dans le but d’annihiler leurs pulsions sexuelles. On parle alors de sâdhu-masu.” P 61

   
   Une lecture rafraichissante.
   « Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas où je vais, je suis perdu. Mission accomplie.» P 131

   ↓

critique par OB1




* * *



Pour ici, ou ailleurs, embarquement immédiat!
Note :

   Sept milliards d'humains et moi et moi et moi... c'est une constatation pour débuter ce livre. Voyage, c'est un mot magique, plein de découvertes et de promesses d'émerveillement. Touriste, cela sous entend, comme sa caricature décrite par l'auteur: l'allemendenshort! Entrons dans les détails, reconnaissons qu'il n'est pas forcément germanique mais toujours nordique... même parfois du nord de la France.
   Le ventre des buveurs de bière est le premier signe distinctif, le short et les chaussettes dans des sandales, un bob ridicule vantant souvent une boisson anisée permet de différencier les natifs de l'hexagone des autres... Autres caractéristiques: grandes gueules et toujours en pays conquis.
   La version un peu plus édulcorée, sévissant dans les provinces françaises, mais toute aussi méprisante est "Le Parisien"!
   
   Je vous rassure, Julien Blanc-Gras n'est pas un touriste, il est à mon avis un globe-trotter moderne qui nous parle de ses voyages avec beaucoup d'humour, et aussi de dérision! A première vue tout pour me plaire.
   Alors en route...
   
   Commencer ce récit par la ville de Hull, sorte de trou du cul du nord de l'Angleterre donne le ton! Personne n'est un touriste dans ce port de pêche où l'exotisme est proche du zéro absolu. Et l’image de l'érotisme ambiant est Eléanor, c'est dire! Ensuite la Colombie, pays de toutes les violences, Bogota, Cali, Carthgène et Medellin; dans cette dernière qui est le personnage le plus connu de la ville, Escobar ou Botero? Le premier a permis d'inventer le concept du crime comme valeur ajoutée au tourisme!
   
   À Rishikesh en Inde, les figures les plus célèbres parmi les hôtes de marque sont les Beatles... le temps a passé, le lieu où ils ont résidé et composé leur fameux album "Double blanc" est à l'abandon! Et Katmandou, le rêve hippie terminé, n'est plus qu'une ville laide, passée de mode.
   
   Le désert marocain, l'envie de silence malheureusement troublé par une bande de vacanciers bretons braillant à tue-tête "Le loup le renard et la belette" Et, de plus ils ne sont même pas capable de choisir une chanson représentative, "La blanche hermine" par exemple! Enfin, chacun porte sa croix. Le mythe de Tahiti revu à la baisse... île paradisiaque de pacotilles et de prospectus, le Brésil et ses favelas, une visite dans l'une d'elles, style venez voir nos pauvres! La Chine d'avant les J.O., Pékin vaste chantier où un canadien ne retrouve plus son ancienne adresse pour cause probable de destruction par bulldozer et où tout se monnaie, sauf pour un fonctionnaire. On n'arrête pas l’économie de marché, mais parfois l’exception confirme la règle. Par contre, le Tibet est interdit de visite. Alors, une visite au "Parc des minorités ethniques" est une bien faible consolation.
   
   Un peu de sexe guatémaltèque, un voyage un peu chaotique avec une escale chez nos voisins suisses, nous prouvent que la ligne droite n'est pas toujours le chemin le plus court d'un point à un autre! Jérusalem, l’éternelle éternellement divisée? , L'ultra religiosité et ses mystères que la raison ignore! Surprenant raccourci en Jordanie, un McDonald et des femmes en burqua qui font du pédalo!
   Madagascar et sa misère qui semble endémique, interlude à Paris et clap de fin au Mozambique.
   
   A noter et c'est bien évidemment "politiquement incorrect" une liste des pays ridiculement petits! Tous européens, cherchez un peu, mais il n'y a rien à gagner pour les bonnes réponses! Surtout pas un compte bancaire dans un paradis fiscal! L'auteur nous fait part des réactions possibles et probables d'un Occidental face à, la misère des gens des pays qu'il visite. Toutes les étapes possible entre l'indifférence et le que voulez-vous que j'y fasse!
   
   Des personnages, bien évidemment, il y en a beaucoup! Alors voyons les  "Personnages", ceux qui retiennent l'attention:
   Eleanor 1 m 90 dont l'auteur dit "L'expression, physique ingrat , semblait avoir été inventée pour elle"! Anglaise et moche, la double peine en quelle sorte...  Même bien habillée, les hommes la fuient... même les anglais font les difficiles!!!! John le professeur de danse péri-oxygéné à Cali, personnage respecté car respectable, Ralf, intermittent du voyage qui rentre au pays travailler pour mieux repartir. Little Boudha, réincarnation ou piège à gogos? Un business-man qui a un coup de blues, trop de repas d'affaires et de chambres d'hôtel de luxe... c'est dur la vie! Sharon (pas de rêve!), une autre version plus moche et plus grosse mais qui le vit bien! Un spécialiste des mollusques que l'on passerait volontiers au court bouillon, scientifique prétentieux et tête à claque. Des marins ivres bien sûr mais héros malgré eux, cela s'arrose.
   
   Le voyageur est-il comme le vagabond américain de Jack Kerouac en voie de disparition, ou alors est-ce la terre qui s'uniformise et quitter chez soi n'aura plus aucun intérêt?
   
   Les futurs lecteurs auront compris, ce livre est absolument le contraire d'un guide touristique. Ce qui est décrit ici, sont les gens qui habitent une ville et un pays, avec ses excès trop grande richesse d'un côté et misère sordide de l'autre! La vie malgré tout, ses rires et ses larmes, ses moments de bonheur et de doute. Un beau paysage empreint d'une grande douceur, mais un cadavre au bord de la route qui n'a visiblement pas eu une mort paisible.
   
   J'aime bien le concept suivant:
   - Il faut se souler, puis se perdre quand on débarque dans une ville la première fois.

   Je savais que les voyages déformaient les valises mais j'apprends que cela fatigue le foie!
   Ainsi va le monde... Car la morale de tout cela est contenue dans cette simple phrase:
   - Le touriste finit toujours par renter chez lui.

   
   
   Extraits :
   
   - D'un point de vue occidental, ça ressemble donc à un mélange de clodos, de rastas et de supporters hollandais. C'est un peu plus compliqué que ça.
   
   - Tous ces crèves-la-faim qui viennent donner leur argent sous prétexte que quelqu'un ne mange pas, ça laisse songeur.
   
   - Mon groupe de touristes repart satisfait. Ils sont venus voir des pauvres en vrai. Ils en ont vu.
   
   - Le premier endroit où je mets les pieds en Chine est un Starbucks coffee. C'est assez peu exotique...
   
   - Dans sa roulotte nous buvons de la tisane, Neil Young en fond sonore. Ari est en quête de calme.
   
   - La paranoïa anglo-saxonne appliquée par une bureaucratie africaine: un résultat à faire chialer Kafka.
   
   - À mon arrivée, ils sont déjà bien allumés, comme peuvent l'être une dizaine de Bretons qui n'ont pas mis le pied à terre depuis deux semaines et qui viennent de vivre des émotions fortes. Ils ont sauvé deux personnes. Ils ont aussi ramené un cadavre.
   
   - Tu veux du feu? Apprends à en faire.

   ↓

critique par Eireann Yvon




* * *



Le goût des voyages
Note :

   A l'heure du tourisme de masse, où il devient parfois moins cher de se déplacer en avion à l'autre bout de l'Europe que de prendre un train pour faire 200 km, il est intéressant de réfléchir un peu à nos comportements d'occidentaux. C'est ce que permet Julien Blanc-Gras avec son ouvrage consacré à diverses expériences de voyage. Avec l'avantage d'écrire un récit prenant, drôle et avec un recul instructif.
   
   Julien Blanc-Gras voyage d'abord comme touriste lambda, et raconte une de ses virées en Angleterre, dans la petite ville industrielle et paumée de Hull. Après cette première expérience de routard, il arrive à se faire engager comme journaliste spécialisé dans les questions de voyage. Il parcourt le monde, et est même payé pour cela.
   
   Le point fort du roman est la capacité de l'auteur à mêler les épisodes comiques et ceux qui incitent à la réflexion. Ainsi, lorsqu'il établit la liste des pays ridicules à visiter, il se place typiquement dans le second degré, et donne presque envie de se rendre au Liechtenstein, le premier exportateur au monde de prothèses dentaires. Mais quand il se rend à Rio dans les favelas ou en Chine où les autorités mettent en scène les peuplades typiques du pays, il quitte le costume de l'amuseur et donne des pistes de réflexion à l'occidental amateur de destinations lointaines. Il se permet de théoriser le comportement du riche touriste face à la pauvreté des pays visités : cela va de la compassion à l'indifférence, en passant par la culpabilité.
   
   Outre cet aspect sur le tourisme et le statut du touriste occidental, Julien Blanc-Gras décrit subtilement les pays qu'il traverse, de manière souvent décalée. Que ce soit son escapade en Polynésie pour observer les surfeurs ou sa virée à Madagascar où il rencontre une population en grande difficulté, tous ces voyages sont l'occasion de présenter ces contrées en faisant un pas de côté. Un ouvrage très plaisant, rythmé et alerte, qui permet à la fois distraction et réflexion. Une bonne lecture avant de préparer ses prochaines vacances.
   ↓

critique par Yohan




* * *



Gare aux hippos !
Note :

   "Parce que c’est déjà la rentrée, parce que certains (es) sont déjà en train de décortiquer la rentrée littéraire et de publier leurs premiers commentaires, parce que je ne fais jamais rien comme tout le monde! Alors voici un ouvrage qui vient raviver la flamme qui allait s’éteindre en cette fin Aout. Poussons un cri : Vivement les vacances!
   Certains veulent faire de leur vie une œuvre d’art, je compte en faire un long voyage. Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d’être futile. De s’adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire."
   

   Voici un livre plein d’humour, de découvertes, qui donne envie. L’auteur nous met d’emblée dans sa biographie, le pourquoi de cette envie irrésistible de partir et revenir.
   
   l’Homo sapiens a commencé comme nomade… A l’origine, il ne bouge son corps velu que pour trouver des environnement cléments, généreux en nourriture et pourvus en habitats protecteurs. Avec l’apparition de l’urbanisme, l’homme reste tranquillement chez lui, entre ses murs et sans télévision. Il se déplace à l’occasion pour piller le voisin et violer ses femmes.
   
   On chemine donc avec ce jeune auteur mais vieux routard à travers le monde. Ce vaste monde qu’on l’appellerait Raymonde pour faire plaisir à maxime Leforestier.
   
   Plein de remarques judicieuses parsèment cet ouvrage. Ainsi, l’important, c’est de se tenir à distance des hippos, prévient il. De sources concordantes, l’hippopotame est en effet l’animal le plus con du continent africain- hormis la poule, mais c’est un autre sujet. On sent le poulet bicyclette se profiler, et qui n’a pas connu une poule avant avant ne peut avoir complètement réussi sa vie.
   
   Plutôt que de s’avaler l’intégrale du routard sur votre prochaine destination, lisez donc ce "Touriste" qui pose un regard lucide sur notre monde et notre propre besoin d’exotisme. Après vous pourrez toujours enchainer sur "la planète dysneylandisée" de Sylvie Brunel.

critique par Le Mérydien




* * *