Lecture / Ecriture
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Le système Victoria de Eric Reinhardt

Eric Reinhardt
  Cendrillon
  Le système Victoria
  Demi-sommeil
  L'amour et les forêts

Éric Reinhardt est un romancier français né en 1965.

Le système Victoria - Eric Reinhardt

Féroce et brillant !
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Alors qu’il s’apprête à rentrer chez lui où l’attendent sa femme et ses filles pour fêter l’anniversaire de la cadette, un cadeau tout juste acheté dans les mains, une «peluche si imposante que sa longue queue incurvée dépassait du sac plastique où la caissière l’avait glissée», David est attiré par une femme qui est en train de contempler la vitrine d’une boutique de vêtements. Il la suit dans un café, passant une heure à l’observer puis au bowling où elle se rend et joue seule, avant de finir par oser l’aborder. Victoria est DRH monde d’un grand groupe et passe sa vie entre Paris et Londres. Conquérante et n’ayant peur de rien, elle laisse sa carte à David.
   
    Il prend très rapidement l’initiative d’un premier mail et ce sera le début d’une relation passionnelle, torride comme si David et Victoria ne pouvaient se passer l’un de l’autre… Mais loin d’une banale histoire de cœur et d’adultère, Eric Reinhard nous offre un récit féroce et brillant de notre société actuelle, du capitalisme, du monde fou dans lequel nous vivons. Son récit entrelace passé et présent (on apprend en effet très rapidement que Victoria est morte et que David est retranché dans une chambre d’hôtel, sa femme l’ayant quitté suite à ce drame).
   
   Ce coup de folie –sa femme qui l’attend avec des amis lui a laissé pas loin de 20 messages- lui coutera en effet cher. Pourtant, David a pour principe de ne jamais revoir habituellement les femmes avec lesquelles il s’accorde une relation sexuelle. Mais avec Victoria, tout est différent. Il est aspiré très vite par cette maîtresse femme qui gère sa vie comme une entreprise du CAC 40.
   
   Architecte reconverti en directeur de travaux, stressé par le construction d’une tour gigantesque dans le quartier de la Défense, David a la lourde tâche de s’évertuer à veiller au respect des délais, tour allégorique de ce monde dans lequel on nous demande toujours plus, où on nous prie sans cesse d’aller au-delà de ses propres limites, tandis que Victoria fait partie de ces privilégiés qui voyagent en première et descendent dans des hôtels de luxe, sans se demander en quoi leur travail en est meilleur du fait qu’ils se voient offrir pour l’exercer dans des «conditions optimales» des trains de vie sans commune mesure avec ceux de leurs employés.…
   
   Portrait de deux êtres qui côtoient les excès en tout genre, dans le travail comme dans la vie amoureuse et sexuelle, Victoria et David sont entrainés toujours plus loin, jusqu’à la chute finale. Jusqu’où iront-ils dans cette quête du toujours plus? C’est ce qu’on se demande à la lecture de ce livre parfois effroyable. Pourtant Victoria, détestable par moments, n’en est pas moins touchante ne serait ce que par le journal intime qu’elle tient, et qui révèle parfois des sentiments emprunts d’humanité, qui rendent son portrait d’autant plus grandiose et complexe.
   
   Ce roman ambitieux se lit d’une traite. Miroir de notre époque, il montre un homme qui n’éjacule plus (le sexe est très présent tout au long du livre) comme s’il n’arrivait plus à jouir de la vie qu’il mène, absence d’éjaculation qui lui permet cependant d’en donner toujours plus à une maîtresse jamais satisfaite. Cette allégorie montre toute l’ambigüité de notre société, en ce sens c’est aussi un roman politique que signe Eric Reinhard, portrait au vitriol de l’état actuel de notre monde, emporté par le souci d’un rendement qui perd les hommes.
   
   Un roman féroce et brillant qui mériterait amplement de décrocher un prix, tant il montre aussi l’immense talent d’écrivain d’un homme. Eric Reinhard a une capacité folle à recréer une ambiance et à interroger ses contemporains: son livre, savamment construit, intelligemment mené, est tout simplement éblouissant.

critique par Éléonore W.




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