Lecture / Ecriture
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Les Identités meurtrières de Amin Maalouf

Amin Maalouf
  Les Echelles du Levant
  Origines
  Le premier siècle après Béatrice
  Samarcande
  Le rocher de Tanios
  Léon l'Africain
  Le périple de Baldassare
  Les Croisades vues par les Arabes
  Les jardins de lumière
  Les Identités meurtrières
  Les désorientés

AUTEUR DU MOIS DE SEPTEMBRE 2005

Né au Liban en 1949, Amin Maalouf fit des études d'économie et de sociologie. Il fut ensuite journaliste et grand reporter. Il s'exila en France à partir de 1975.


Il écrit dans un français extrèmement classique, utilisant une langue de conteur qui charme ses lecteurs et les entraine partout où il veut les mener (assez souvent dans le bassin méditerranéen, assez souvent dans le passé).

Il a été élu à l'Académie française en 2011.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les Identités meurtrières - Amin Maalouf

Se caractériser pour exclure
Note :

   "Depuis que j'ai quitté le Liban en 1976 pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais "plutôt français" ou "plutôt libanais". Je réponds invariablement: "L'un et l'autre!" Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu'en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est précisément cela qui définit mon identité. Serais-je plus authentique si je m'amputais d'une partie de moi-même?"
   
    Ainsi commence l'essai d'Amin Maalouf, écrivain franco-libanais récemment élu à l'Académie française. En partant d'une question, en apparence anodine, mais très révélatrice des préjugés de notre société, Amin Maalouf se livre à une réflexion passionnante sur la notion vague et imprécise d'identité, sur les diverses passions qu'elle excite, et sur les dérives qu'elle engendre un peu partout dans le monde. Et surtout, il se demande pourquoi, si souvent, le désir de revendiquer une quelconque appartenance, qu'elle soit religieuse, culturelle ou encore nationale, conduit à l'intolérance, à la peur, voire à la négation d'autrui. Sa théorie est toute simple: puisque nous sommes tous faits d'identités multiples, au nom de quoi pouvons-nous rejeter l'autre? A l'aide d'exemples tirés de son expérience personnelle, de l'actualité ou de l'Histoire, Amin Maalouf nous incite à la tolérance, dans une réflexion qui va des nationalismes aux problèmes que soulève la mondialisation, en passant par les replis communautaires ou les massacres ethniques. Et si son analyse n'est pas originale et novatrice, elle a du moins le mérite d'exister et de chercher à se faire entendre, dans un monde où l'intolérance et le refus d'autrui ne cessent de croître...
    
   On connaissait Amin Maalouf romancier, brillant auteur du "Rocher de Tanios" qui lui a valu naguère le prix Goncourt, le voici essayiste et penseur, de talent qui plus est. Sous couvert de chercher à définir la notion d'identité, le voilà qui interroge imperceptiblement les préjugés qui gangrènent les sociétés, occidentale bien sûr, mais pas uniquement. Dans un style simple, fluide et qui ne s'embarrasse pas de mots savants et autres néologismes dont les philosophes aiment farcir leurs ouvrages, Maalouf nous propose sa vision des choses, sa réflexion comportant deux temps forts bien définis: d'un côté, le diagnostic d'une société qui exacerbe les tensions entre communautés, qu'elles soient religieuses, ethniques ou linguistiques, de l'autre, diverses solutions pour tenter de pallier cette dérive préjudiciable à tous; il nous invite à un humanisme du troisième millénaire, qui permettrait aux hommes de s'accepter malgré leurs différences. Loin d'être un gentil rêveur, un illuminé, un naïf, Amin Maalouf ne se berce pas d'illusions et propose des mesures concrètes, plus ou moins convaincantes, il est vrai (l'apprentissage de l'anglais en deuxième langue vivante, la première étant une langue "de cœur", choisie par exemple au sein des idiomes de l'Union Européenne, ne paraît guère applicable, du moins tant que l'anglais sera considérée comme la seule langue universelle; en revanche, ses suggestions sur les votes "identitaires", appuyées sur l'exemple du Liban, sont très intéressantes).
   
    Avec ce court essai, Amin Maalouf signe un véritable plaidoyer pour l'humanisme et l'humanité, refusant tous les extrémismes pour prôner la modération (une réminiscence de sagesse antique?) en toute chose, notamment dans des questions aussi épineuses et propres à susciter des tensions que celles de l'identité et des replis communautaires. Lucide, à la portée de tous et jamais pontifiant ni dogmatique, loin des "y a qu'à" et des "il faut", l'ouvrage de Maalouf ne laissera aucun lecteur indifférent, et l'on ne saurait trop conseiller sa lecture à tous nos hommes politiques, histoire de leur donner une définition rigoureuse de ce mot d'identité qu'ils ont tant dévoyé. 
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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On y perd ou on y gagne?
Note :

   "Après tout, remettons les dans les bateaux"
   Mme Brunel Député UMP
   
   
   Les soulèvements des populations de Tunisie, de Libye, l’exode vers des lieux qui leur paraissent meilleurs interroge et fait peur à certains, entraînant des réactions outrancières et dangereuses, un livre, paru il y a plus de 10 ans, apporte non une réponse à ces phénomènes, mais permet de se forger une réflexion par delà les passions et les réactions épidermiques.
   
   Je, Nous, les Autres: c’est ainsi qu’Amin Maalouf nous présente le problème, à partir de sa propre expérience, lui le Libanais exilé en France en 1975 au moment de la guerre du Liban.
   Il s’interroge et nous interroge sur le sentiment d’appartenance, sur ce qui nous constitue, notre histoire, nos traditions, notre religion, quelle place faisons nous à notre héritage judéo-chrétien par exemple, à la place de notre langue, à l’étiquette qui s’attache à nous, en particulier quand cette étiquette est porteuse d’opprobre: Rappelons nous le Serbe pendant la guerre en Bosnie
   
   Il fait une place particulière en raison de son histoire personnelle, au monde arabe, à la religion musulmane et aux regards que nous portons à cette religion, regard déformé par l’intégrisme.
   Les notions d’identité et d’appartenance sont largement développées sans jamais rendre le propos trop didactique, j’ai retrouvé ici le souci d’accorder de la dignité aux autres, souci qui court dans 2 livres que j’ai lu récemment: "b.a Ba" et "Tout un homme".
   Pour Amin Maalouf le maître mot est celui de réciprocité, pour cela le regard que nous portons sur l’autre doit être empreint de tolérance, de compréhension. Réciprocité pour celui qui est accueilli, il abandonne sa terre, certaines coutumes et sa langue.
   
   « Chacun d'entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à concevoir son identité comme la somme de ses diverses appartenances, au lieu de la confondre avec une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d'exclusion, parfois en instrument de guerre»
Ne dites on pas : Pays d’accueil ?
   
   Un livre simple et à la fois plein d’une grande ambition, véritable leçon d’humanisme et de civilisation il est de ceux qu’il faut faire circuler dans les lycées ET dans les partis politiques
   J’avais aimé son livre sur les croisades vues du côté arabe, ses romans, ce livre va trouver sa place dans ma bibliothèque.

critique par Dominique




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