Lecture / Ecriture
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Minuit dans une vie parfaite de Michael Collins

Michael Collins
  La vie secrète de E. Robert Pendleton
  Les âmes perdues
  Minuit dans une vie parfaite
  La filière émeraude
  Les gardiens de la vérité

Michael Collins est un écrivain irlandais né en 1964. Champion international de course de fond, il a reçu une bourse athlétique universitaire en 1983 et émigré aux USA.
Il a une formation d'informaticien et a travaillé comme programmeur pour Microsoft avant de se lancer dans l'écriture. Il a reçu plusieurs prix et a déjà été sélectionné pour les plus grands. Mais il a plus de succès en France qu'aux Etats Unis où l'on n'aime pas forcément entendre ce qu'il dit de la société américaine.

Minuit dans une vie parfaite - Michael Collins

Un anti héros sympa et drôle
Note :

   "A trente sept ans, elle admettait ouvertement qu’elle souffrait de confusion personnelle et spirituelle, ainsi que de troubles émotionnels, sous-entendu, elle avait eu des histoires de cul peu reluisantes"
   
   Karl, marié à Lori, est rattrapé par la crise de la quarantaine. Crise que Lori traverse aussi et qui "semblait plus sérieuse que la mienne" nous dit-il, du fait de son compte à rebours biologique. Lori souhaite en effet un enfant et ils vont être obligés de passer par la fécondation artificielle bien que Karl soit contre. Plus préoccupé par sa mère qui vivote dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées indépendantes, Karl laisse Lori se dépatouiller avec la paperasserie inhérente à ce type de démarches d’autant qu’il ne se sent aucune fibre paternelle! Ajoutez à cela des problèmes financiers dans la mesure où Karl a légèrement exagéré ses succès d’écrivain alors qu’en dépit de deux romans publiés, il gagne comme il le dit lui-même bien moins qu’une secrétaire de fac, et que son troisième manuscrit est refusé par toutes les maisons d’édition. Afin d’arrondir les fins de mois, il accepte un contrat de nègre pour un véritable auteur de polars : Perry Fennimore.
   
   Persuadé jusqu’alors que Lori prend la pilule, il tombe des nues quand elle lui annonce qu’il n’en est rien et que visiblement elle est on ne peut plus stérile à son grand désespoir. D’autant qu’il lui a caché ses soucis d’argent qui ne vont pas tarder à poser problème car les traitements coûtent chers. Ajoutez à cela la sœur de Lori, Deb, sa confidente "une emmerdeuse comme on en fait peu", une vraie teigne plutôt du style à mettre de l’huile sur le feu et une femme qui déteste les hommes et plus particulièrement son beau-frère. Quant au père de Karl, il a assassiné sa maîtresse avant de retourner l’arme contre lui…
   
   Bienvenue en plein vaudeville, de situations scabreuses en situations scabreuses, on suit les péripéties de ce sympathique anti héros, bourré d’auto dérision. Certains sujets sensibles comme l’infertilité sont traités avec dérision ce qui n’empêche pas la gravité. J’ai bien rigolé cependant en tournant les pages de ce livre, à l’écriture vive et rythmée.
   
   Une très agréable lecture qui permet de relativiser et de s’amuser des déboires du héros, sympathique quadragénaire qui m’a fait passer un très bon moment. Et qui ose aussi une réflexion sur la création littéraire.
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critique par Éléonore W.




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A la croisée des chemins
Note :

   Voilà un auteur que j'aime beaucoup et dont j'ai lu l'intégrale de l’œuvre traduite en français. Beaucoup de livres d' auteurs irlandais sont édités en ce moment et j'en suis bien entendu ravi. Tout en regrettant que la veine purement irlandaise se soit un peu diluée dans une mondialisation plus porteuse en terme de reconnaissance. Mais Michael Collins, comme Colum McCann, ont commencé leurs carrières littéraires en Irlande pour la poursuivre avec un succès certain aux États-Unis.
   
   Karl, écrivain en panne d'inspiration et d'argent, bref en panne sèche, la quarantaine désabusée, et Lorie, un peu plus âgée en panne de maternité mais cherchant à se soigner! Car il semblerait qu'elle soit stérile! Les souvenirs remontent chez l'un et chez l'autre, elle, un avortement à l'adolescence et un sentiment de punition divine. Lui avait un père brutal qui a tué sa maîtresse avant de se suicider et une mère en maison de retraite qui lui coute un argent qu'il n'a plus... Alors la paternité, ce n'est pas réellement pour lui une aspiration profonde, car le traitement a un coût beaucoup plus élevé que ses finances ne le lui permettent. Surtout que sa carrière est plus qu'entre parenthèses, il peine sur ce qui devrait être son chef d’œuvre «Opus» et sa collaboration et son gagne pain, nègre de Penny Fennimore, un auteur de romans policiers, est au point mort!
   
   Il déménage dans une piaule minable, pour paraît-il s'isoler et écrire. Sa belle-sœur Debbie, qu'il déteste et qui le lui rend bien, qui travaille pour la télévision, décide de filmer la tentative de sa sœur de procréation assistée médicalement, chose qui bien évidemment n'arrange pas la vie du couple. De mensonges par omission en demies-vérités, il se maintient un semblant de respectabilité malgré que ses finances soient au plus bas, au même niveau que son inspiration! Il tente de travailler sur un texte que lui a laissé une personne décédée d'un cancer, et pour cela doit rencontrer son mari, ainsi que le fils qu'il a eu avec cette personne. Il trouve également un travail de reporter dans un magazine minable, spécialisé dans la culture avant-gardiste. Il avait d'ailleurs travaillé dans la pornographie, un autre de ses titres de gloire. Il faut bien vivre. Sa vie va basculer du jour au lendemain, Lorie, malgré son traitement, n'est pas enceinte et au cours d'un reportage il fait la connaissance de Marina, une artiste russe, dont il tombe follement amoureux... Et Lorie lui avoue plusieurs choses à son sujet et le quitte...
   
   Et il recommence à écrire...
   
   Une galerie de personnages étranges pour ne pas dire malsains. Pour Karl, le premier adjectif qui me soit venu à l'esprit à son sujet au cours de ma lecture est lâcheté. Un médiocre absolu dont le fait d'armes, d'avoir eu deux livres publiés, remonte à loin, très loin; il est plus beau parleur que bon romancier. Mythomane, manipulateur, pas loin d'être absolument sans scrupules, surnommé par Marina avec un brin de dérision, «Monsieur Démocratie», c'est l'antihéros par excellence.
   Lorie voulait cet homme, elle l'a eu. Mais, dit-elle, elle n'avait plus le choix qu'entre «les pédés et les écrivains» alors elle a trouvé un écrivain de service. Elle veut cet enfant, et pour cela elle est prête à beaucoup de sacrifices, surtout quand ce n'est pas elle qui les consent. Au fil du récit on découvre aussi une femme menteuse, manipulatrice, bref le digne pendant de son époux. Debbie, sa sœur, est aussi son âme damnée, et la haine partagée qu'elle éprouve pour son beau-frère n'est pas faite pour arranger les choses! Marina l'artiste russe dont le seul fait de gloire est sa nudité sur scène, Penny Fennimore écrivain célèbre vivant en recluse dont la carrière est en régression passent dans ce roman comme des ombres l'une recherchant la célébrité, l'autre la fuyant!
   
   Un roman un peu glauque, pas très réjouissant et comme souvent avec cet auteur un regard sans complaisance sur la société américaine actuelle, avec ses émigrés russes dans ce livre, sa démesure et sa misère. Malgré la noirceur des situations, le récit ne tombe jamais dans le misérabilisme. Un langage volontairement très cru par moment, mais bien écrit avec un vocabulaire très riche. Un début relativement lent, mais une fin très roman noir et désespérante.
   Un récit relativement dérangeant, dont l'action se déroule dans un quartier pauvre de Chicago et qui risque de surprendre certains lecteurs. Pas le meilleur Michael Collins à mon goût, mais une œuvre malgré tout très originale, pleine de références littéraires.
   
   
   Extraits :
   
   - Il se confortait dans la voie lamentable menant tout artiste à se laisser un jour ou l'autre guider par son public.
   
   - Il figurait l'apogée d'une vie adulte et un amour tranquille dans un cadre contemporain. Il donnait la mesure du chemin parcouru par notre espèce depuis le coït brutal de nos ancêtres au fond des cavernes.
   
   - Au cœur de mon métier d'écrivain se tient tapie sous forme sublimée l'histoire jamais narrée de mon père. Toute ma vie j'ai été un nègre littéraire.
   
   - Notre "aventure" portait le nom de technologie de procréation médicale assistée (PMA).
   
   - En comptant bien, ces derniers cycles nous avaient coûté la modique somme de cinquante-sept mille dollars.
   
   - Pour la première fois de ma vie je ressentis l'Amour tel qu'il est écrit dans les romans sentimentaux- quelque chose de totalement irrationnel...
   
   - La pauvreté, me disais-je, était la condition naturelle de l'artiste, après tout.
   
   - J'étais l'intrus, l'Américain perdu en Amérique.
   
   - Si c'était ça la vie et l'amour, j'avais l'impression qu'il y avait en moi quelque chose qui ne tournait pas rond.
   
   - N'est-ce pas le rêve de tout écrivain d'être non seulement lu mais aussi, et surtout, compris?
   
   - Je ne pouvais m'empêcher de me demander à quel moment le rêve américain était devenu répugnant et nombriliste.
   

   
   Titre original :Midnight in a Perfect Life. (2009)

critique par Eireann Yvon




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