Lecture / Ecriture
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Sunset Park de Paul Auster

Paul Auster
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AUTEUR DU MOIS DE NOVEMBRE 2005

Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Il vit aux Etats Unis (Brooklin) avec de fréquents séjours en Europe, France en particulier. Il a fait des études littéraires à la Columbia University et il parle fort bien le français puisqu'il fut le traducteur de Mallarmé, de Sartre et d'autres.


Il connaît une dizaine d'années de galère durant lesquelles il écrit tout en exerçant différents métiers, jusqu'au décès de son père. A ce moment, son héritage lui permet de s'adonner plus complètement à l'écriture et il sera plublié 3 ans plus tard.
Il écrit également des scénarii de cinéma.
C'est maintenant un auteur largement reconnu.
Il est le compagnon de Siri Hustvedt.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"


Sunset Park - Paul Auster

Ruines du rêve américain
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Miles Heller est responsable de la mort accidentelle de son demi-frère et, traumatisé, il a abandonné ses études et même sa famille il y a quelques années pour errer en vivant de jobs minables. En ce moment, il est déménageur "post-apocalyptique" dirais-je, ce qui signifie qu'il est chargé de débarrasser les nombreuses maisons récupérées par les banques à la suite de faillites familiales, des dernières traces et biens de leur propriétaires. Par essence, c'est un job démoralisant mais c'est également un métier de brute (car les maisons ont souvent été vandalisées par les expulsés) et en même temps, dans ce monde de la misère, un métier "en or" car les récupérations intéressantes n'y sont pas rares et peuvent être lucratives. Mais Miles ne mange pas de ce pain-là et tout ce qu'il prend là-bas, en dehors de ses heures de travail, ce sont des photos. Il aime photographier. Il témoigne de ce monde qui ne profite pas de la richesse de l'Amérique, de ces "revenus modestes" qui ont cru, à force de travail et d'économies pouvoir devenir petits propriétaires et qui ont été balayés par le chômage les dettes et les traites impayées au point de se retrouver à la rue avec toute leur famille. La nouveauté, c'est qu'il ne s'agit plus là de cas exceptionnels mais d'une vague gigantesque qui peut toucher et emporter tout le monde.
   
   Bientôt, menacé, Miles doit quitter précipitamment la région. Il choisit de retourner à New York où un ami d'enfance squatteur lui propose une chambre dans la maison qu'il occupe avec deux colocataires. "Sunset Park", c'est le quartier où se trouve cette maison. Ici, description d'une nouvelle misère: celles de tous les jeunes, étudiants ou pas encore lancés dans la vie active, sensément l'avenir de la nation mais qui eux non plus n'ont plus les moyens de se loger déjà en peine qu'ils sont de subvenir à leurs besoins alimentaires ou universitaires. Dans la maison, hormis Miles, il y a Bing son ami qui encadre et restaure des objets plus ou moins anciens en opposition au "jeter-racheter" qui devient la norme, il y a Ellen dessinatrice qui ne peut ni percer ni améliorer son art, passant son temps à travailler dans une agence immobilière et Alice qui économise sur tout pour parvenir à finir sa thèse sur le difficile retour au foyer des GI de la seconde guerre mondiale. Auster développe beaucoup d'idées et de réflexions très intéressantes au sujet des travaux de ces trois-là, en particulier les deux filles.
   
   En arrière plan, avec les parents de Miles et leurs proches, la génération précédente qui a parfois réussi à donner corps à ses rêves (le père de Miles est éditeur et sa mère actrice de renom) mais qui elle aussi est aujourd'hui mise en danger par le marasme général et va peut-être, au moment où elle devrait plutôt rêver à sa retraite, voir s'effondrer tout ce qu'ils avaient bâti jusque là.
   
   Le livre de Paul Auster est un livre pessimiste, un bilan négatif de l'Amérique d'aujourd'hui, un tableau de la détérioration générale qui a suivi le 11 septembre et n'épargne plus personne. Il témoigne par ailleurs de tout le savoir faire et la maîtrise littéraire de l'auteur avec une construction fine, pleine de fils rouges (comme le film ou le soutien à Liu Xiaobo par exemple) qui se tressent harmonieusement dans les différentes parties.
   
   Et je dois dire aussi que ce roman m'a beaucoup fait penser à "Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt (livre que j'aime beaucoup). J'y ai retrouvé l'ami des parents qui est un artiste (écrivain ici, peintre là-bas), la mort d'un des enfants, les soucis avec un autre au caractère difficile, une thèse en train de s'écrire dont on discute abondamment, enrichissant le roman des idées qui s'y trouvent...
   J'y ai retrouvé aussi un ton profond et triste, une intelligence douloureuse des choses.
   Tous ces éléments font un très bon livre. Malheureusement, je ne sais quelle mouche a piqué Paul Auster qui m'a ennuyée à mourir de nombreuses pages sur le base-ball et les base-balleurs, beaucoup moins porteuses de signification profonde qu'il ne semble le penser, pratiquement incompréhensibles pour un lecteur européen et qui m'ont laissée bien songeuse...
   
   
   Pêchés au fil de la lecture, deux avis que je partage (parmi d'autres):
   
   "Les écrivains ne devraient jamais parler à des journalistes. L’entretien est une forme littéraire dégradée qui ne sert à rien d'autre qu'à simplifier ce qui ne devrait jamais l’être."
   
   
   "Nous ne devenons pas plus forts avec les années. L'accumulation de souffrances et de chagrins affaiblit notre capacité à supporter d'autres souffrances et d'autres chagrins, et comme ceux-ci sont inévitables, un revers même petit, s'il survient tard dans la vie, peut résonner avec la même force qu'une tragédie majeure quand nos sommes jeunes. La goutte d'eau qui fait déborder le vase."

   ↓

critique par Sibylline




* * *



Sombre et lumineux
Note :

   Miles prend des photos d’objets abandonnés (livres, chaussures, poupées…), qu’il trouve dans des maisons que leurs occupants ont dû quitter «précipitamment dans la honte et la confusion», suite à des dettes, des faillites ou autres cessations de paiement… Il fait partie d’une équipe de quatre hommes chargée d’enlever ces objets, l’enlèvement des rebuts est d’ailleurs une activité en plein essor en raison de la crise économique et les photos qu’il prend se comptent par milliers, comme s’il voulait garder une trace de ces objets perdus, malgré les moqueries de ses collègues devant cette obsession photographique. Agé de 28 ans, il n’a pas vraiment de projet d’avenir. Il partage son temps avec Pilar Sanchez, une jeune femme âgée de 17 ans donc mineure, rencontrée dans un parc public alors qu’elle était en train de lire le même livre que lui «Gatsby le magnifique». Les parents de Pilar sont décédés et elle vivait jusque là avec ses trois sœurs ainées qui ont toujours une grande influence dans sa vie.
   
   Miles, quant à lui, a quitté sa famille et notamment ses parents qui en sont très malheureux, sans plus leur donner de nouvelle car il se sent responsable de la mort de son demi frère. Après sept ans de vie loin des siens, il se voit obligé, à la suite d’un chantage, de fuir cette nouvelle vie et il retourne alors à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan l’accueille dans une maison qu’il squatte à Sunset Park, avec deux jeunes femmes: Alice, étudiante désargentée qui écrit une thèse et Ellen, artiste peintre inhibée. Ils emménagent tous les quatre à l’initiative de Bing dans cette maison laissée à l’abandon qu’ils occupent sans payer de loyer. Personne ne les surveille et ils s’y installent là sans rien demander à quiconque. Miles se rapproche ainsi du lieu de résidence de ses parents, qui ne sont cependant pas sans nouvelle, grâce à Bing qui les tient au courant en secret de la vie de Miles depuis son départ.
   
   Quel délice que ce dernier roman de Paul Auster. Difficile d’expliquer pourquoi j’ai autant aimé ce livre. En premier lieu la façon dont est habilement construit ce roman m’a plu, mais aussi les relations sentimentales mises en scène et le regard de l’auteur sur la solitude. Une fois de plus il nous offre des héros obligés de fuir, confrontés à la perte, un peu perdus, des moments de solidarité et de rédemption, de merveilleuses descriptions d’être humains en souffrance. Les relations tissées entre les gens sont exposées avec énormément de sensibilité, l’écriture est puissante et met en exergue des personnages extrêmement attachants.
   Un livre optimiste malgré la noirceur des problèmes auxquels sont confrontés les personnages, en raison des liens que nourrissent les protagonistes. Si la société abandonne parfois les gens, les relations individuelles sont au contraire riches et de grand moments d’humanité peuplent ce récit: les relations entre les quatre squatteurs notamment, l’amour que se porte Miles et Pilar, la grande amitié de Miles et Bing et enfin l’immense empathie de Bing pour les parents de Miles. Derrière la cruauté de la vie et des banques, qui virent les gens de leurs habitations, les individus pris un par un s’épaulent. C’est sans doute ce qui m’a beaucoup touchée dans ce livre magnifique, à la fois sombre et lumineux.
   ↓

critique par Éléonore W.




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Cliché !
Note :

   Mike Heller 28 ans travaille en Floride à vider les maisons que leurs propriétaires ont dû délaisser, surendetté par la crise des subprimes. Ce jeune homme a interrompu ses études et ne voit plus ses parents, suite à un drame qui a coûté la vie à son frère adoptif et dont il se sent responsable.
   
   Ici en Floride, il a rencontré Pilar une très jeune et très brillante lycéenne. C’est l’amour, partagé en plus! mais Mike doit s’éloigner. Pilar est mineure, et une de ses sœurs veut le dénoncer.
   
   Mike va s’installer dans un squat à Brooklyn Sunset Park. Là il vit avec d’autres jeunes gens : Alice thésarde persévérante, Ellen artiste peintre cherchant sa voie entre Lucian Freud et Egon Schiele, non sans un petit côté… Rustin! Et Bing, grand cœur généreux, brocanteur, à la tête d’un "hôpital des objets cassés" et bassiste de jazz.
   
   Mike doit aussi revoir ses parents, (père, belle-mère, mère...) et peut-être reprendre contact avec eux.
   
   Nous suivons ces personnages pendant un an environ. Je dois dire que les premiers moments passés, je me suis ennuyée, et j’ai passé des pages. En particulier celles qui concernent les parents de Mike. Le père éditeur en faillite, la mère actrice pour du théâtre expérimental, son deuxième époux, le belle-mère enseignante et dépressive, tout cela est tellement prévisible... et plein de clichés! La vie des ces personnages, pourtant intelligents et sympathiques ne m’a pas du tout intéressée.
   
   J’étais partie sur le devenir des jeunes, et n’ai pu supporter les aînés... chez les jeunes non plus rien de surprenant, mais j’ai aimé les personnage de Bing et Ellen, un peu moins la "thésarde". La jeune Pilar n’a guère de relief : au début elle est prometteuse (l’ énoncé de ses pratiques sexuelles…) ensuite elle ne fait rien d’autre que d’être intelligente et jolie, et l’amour entre elle et Mike n’évolue pas. On en reste au bon vieux coup de foudre qui s’éternise. Lorsque l'intrigue devient intéressante, c'est la fin de l'histoire!
    ↓

critique par Jehanne




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Trop fouillis pour moi
Note :

   Sunset Park est un roman américain écrit par Paul Auster pendant la crise de 2008, et qui a été publié en 2010. Son éditeur français est Actes Sud et sa traduction est de Pierre Furlan.
   
   C’est sa quatrième de couverture, particulièrement intéressante, qui m’a donné envie de le lire, aussi je vous la livre in extenso, ce qui vous donnera une idée de l’histoire.
   
   Quatrième de couverture :

   
   "Parce qu’il s’est toujours senti coupable de la mort accidentelle de son demi-frère, Miles s’est banni de sa propre histoire. Il a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille, en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. Amoureux d’une fille trop jeune, passible de détournement de mineure, Miles fait bientôt l’objet d’un chantage et est obligé – encore une fois – de partir. Il trouve alors refuge à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan squatte une maison délabrée, en compagnie de deux jeunes femmes, elles aussi condamnées à la marge par l’impossibilité d’exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs.
   Désormais Miles se trouve géographiquement plus proche de son père, éditeur indépendant qui tente de traverser la crise financière, de sauver sa maison d’édition et de préserver son couple. Confronté à l’écroulement des certitudes de toute une génération, il n’attend qu’une occasion pour renouer avec son fils afin de panser des blessures dont il ignore qu’elles sont inguérissables…
   Avec ce roman, Paul Auster rend hommage à une humanité blessée en quête de sa place dans un monde interdit de mémoire et qui a substitué la violence à l’espoir.

   
   Mon avis :

   
   Bien qu’il n’y ait pas une énorme quantité de personnages, et que l’histoire soit finalement assez simple, je me suis complètement perdue dans ce roman, ne sachant plus qui était qui et qui faisait quoi, ce qui m’a obligée deux ou trois fois à rebrousser chemin dans ma lecture pour réviser les chapitres précédents. Il faut dire que la construction de ce roman – comme souvent chez Paul Auster – est complexe et qu’elle multiplie les digressions : dès qu’un nouveau personnage entre en scène, l’auteur nous raconte toute sa vie, introduisant toutes sortes de détails et de péripéties qui n’ont rien à voir avec l’histoire centrale. Cela donne l’impression qu’il n’y a pas vraiment de personnage principal et de personnages secondaires, que chacun a une égale importance, ce qui est sans doute une bonne idée dans l’absolu mais qui, dans sa réalisation, m’a laissée dubitative.
   
   Je me suis demandé plusieurs fois où l’auteur voulait en venir – ayant l’impression d’avoir affaire à un livre "fourre-tout" – s’il voulait dresser un portrait de l’Amérique en crise, ou si c’était l’opposition entre la jeunesse actuelle et la génération précédente qui l’intéressait, mais j’ai le sentiment qu’en fait Paul Auster ne cherche rien à démontrer du tout et qu’il ne raconte cette histoire que pour le seul plaisir de la raconter. Enfin, pour mieux dire, il m’a semblé que ce livre manquait un peu de fond et de nécessité.
   
   Par contre, la grande qualité qu’il faut reconnaître à cet écrivain, c’est son imagination débordante et sa capacité à créer des personnages.
   
   Malgré tout, ce livre ne me parait pas être le meilleur de Paul Auster : j’avais très nettement préféré "Seul dans le noir", où l’histoire était moins diluée, et où les événements étaient davantage creusés.

critique par Etcetera




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