Lecture / Ecriture
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L'envie de Sophie Fontanel

Sophie Fontanel
  Grandir
  L'envie

L'envie - Sophie Fontanel

La société n'aime pas les solitaires
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   "On le sait tous, même les gens différents ont une sexualité digne de ce nom, des choses à montrer, des déroutes à revendiquer. Tandis que nous, les solitaires, armée non violente sauf contre elle-même, incalculable car inavouable peuplade, nous savons d'instinct que parler c'est offrir au monde de quoi nous exiler davantage. C'est permettre qu'on colporte sur nous ces sottises liées à ce qu'on ne cerne pas. Et devenir aux yeux des autres des boucs émissaires, servant à les rassurer sur ce point: aussi aléatoires que soient leurs plaisirs charnels, la preuve est faite, par nous, par notre exil si concret, que leurs manières sont encore mieux que rien".
   
   Sophie Fontanel ne manque pas de courage de s'attaquer à un sujet dont le moins que l'on puisse dire est qu'il n'est pas à la mode, tellement il va de soi que nos jours tout le monde s'éclate sans complexes (sic).
   
   Ce n'est pas qu'elle décide un jour de ne plus faire l'amour, simplement son corps renâcle, il ne peut plus. Il s'est trop galvaudé à ne jamais dire non, assujetti au seul désir des hommes, ne se posant même pas la question du sien. La narratrice raconte une première expérience qui en aurait traumatisé plus d'une pour longtemps et qu'elle a réussi à transformer en souvenir banal et normal.
   
   La voilà donc officiellement seule et surtout pas à la recherche d'un partenaire. Et là commence les surprises devant les réactions de son entourage, étonnamment conformistes pour un milieu réputé ouvert et libéré. Et commence les pressions pour qu'elle cherche quelqu'un et lui faire rencontrer de potentiels amants.
   
   "A bien y regarder, ils voulaient que je sois comme eux. Elvire, vissée dans un couple, oubliait qu'elle avait un mari dépressif. Guillaume, marié à une torturante, me jurait que, si on se tenait à carreau, si c'était amen à tout, on s'en sortait. Maria, qui n'en pouvait plus de ses enfants et voulait que j'en fasse. Assia, qui aimait les femmes mais sa mère en mourrait. Patrizio, avec la jalouse chronique, des bleus à l'épaule. Aucun ne supportait ma solitude parce qu'elle aurait pu être la leur".

   C'est la partie la plus enlevée et la plus drôle du livre. La finesse d'observation de l'auteur, sa plume légère rendent le récit jubilatoire et très juste. Hélas, mon intérêt s'est vite émoussé devant la suite. Le fait d'être seule semble faire d'elle la confidente idéale, et les chapitres suivants se résument trop à une description des vies sexuelles et sentimentales de ses amis et le tout n'est franchement pas passionnant. Dommage qu'elle ne soit pas restée dans le registre de départ, la confrontation avec une société qui cherche la normalité à tout prix et recrache ce qui la dérange. Ce qui est universel et valable à propos de n'importe quelle différence.
   
   Autant j'avais été touchée par "Grandir" autant là l'auteur m'a parue plus à distance de son sujet, difficile à aborder je le conçois, surtout qu'elle ne cache pas qu'il s'agit d'elle. A la fin du livre, un peu précipitée, je n'ai pas très bien discerné ce qui relevait du retour de l'envie ou de la lassitude de ne plus être touchée.
   
   Reste une lecture agréable, aisée, pertinente, où j'aurais aimé néanmoins plus de réflexion de fond.

critique par Aifelle




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