Lecture / Ecriture
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Eléctrico W de Hervé Le Tellier

Hervé Le Tellier
  Encyclopaedia Inutilis
  Quelques mousquetaires
  Eléctrico W
  Moi et François Mitterrand

Hervé Le Tellier est un écrivain français né en 1957.

Eléctrico W - Hervé Le Tellier

Agaçant, long, captivant, ennuyeux
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Vincent, journaliste vient de s'installer à Lisbonne pour tenter d'oublier Irène. Il en profite aussi pour suivre le procès d'un tueur en série. Il sera aidé par Antonio, photographe, qui revient dans cette ville après dix ans d'absence. Antonio se livre à Vincent et lui confie qu'il a quitté Lisbonne pour fuir son amour de jeunesse contrarié par le père de la belle. Vincent va alors tenter de retrouver pour son collègue, son ex-petite amie, bizarrement surnommée Canard.
   
   Que dire de ce roman, sinon qu'il est tour à tour agaçant, long, captivant, passionnant? Je suis passé par tous les stades m'amenant à ces adjectifs lors de ma lecture.
   
   D'abord agaçant et long, parce qu'on ne sait pas où Vincent veut aller; on ne comprend pas sa démarche de quitter si tardivement une femme qui l'a fait souffrir, qui l'a fait languir, cruellement, sadiquement. C'est un homme qui ne peut se résoudre à agir. Il subit constamment. Il ne peut pas quitter cette femme, mais néanmoins, dès qu'il en rencontre une autre il tombe sous son charme et se croit amoureux. Mais dès qu'Irène ne montre ne serait-ce que le bout de son nez, il redevient l'homme soumis, malheureux. Il fréquente alors les autres femmes plus pour rendre jalouse celle qui lui est inaccessible que par vrai amour. Il en devient énervant de soumission, de non prise en mains de sa vie. On ne voit pas comment avec un tel manque de personnalité et d'affirmation de soi, cet homme pourrait s'en sortir. Vous pourrez me dire que ce n'est pas parce que le héros n'est pas dynamique ou attirant que le livre ne l'est pas non plus. Alors là, je dis: "Eh bien oui, vous avez mille fois raison, mais je ne peux m'empêcher de m'auto-titiller -c'est une image, bien entendu, rien de grivois dans mes propos. Non mais qu'allez-vous chercher là?- et je plaide donc coupable: oui, je suis fautif d'avoir du mal à lire les aventures ou mésaventures de gens mous!
   
   Ensuite, captivant et passionnant parce que Hervé Le Tellier nous balade dans Lisbonne, et dissèque les sentiments amoureux. "En virtuose des jeux de l'amour et du hasard, Hervé Le Tellier veut croire qu'il n'est de destin qui se laisse dompter." (4ème de couverture) Ce Vincent sait agir dès lors qu'il ne le fait pas directement pour lui mais pour un autre; dès qu'il peut et doit le faire pour sa propre personne, il est totalement timoré ou à contretemps.
   
   Un roman qui me laisse un goût d'amertume pour n'y avoir pas totalement adhéré. Cependant, force m'est d'admettre que l'auteur sait retenir son lecteur par des petites intrigues -amoureuses-, par une écriture à la fois érudite et très accessible. Comme les passages relatifs au roman qu'essaye -encore un essai, une velléité- d'entreprendre Vincent sur Evariste Galois et Pescheux d'Herbinville, son assassin -en duel- putatif. Ou encore les savoureux paragraphes dans lesquels Hervé Le Tellier cite l'écrivain portugais Jaime Montestrela: Vincent s'essaye à traduire les Contos Aquosos de cet auteur en français. De petites histoires surréalistes, difficilement traduisibles ou adaptables qui émaillent le texte du roman. Elles sont philosophiques, drôles, sombres, décalées, parlent d'amour, de religion, comme celle-ci:
   "Le peuple de l'archipel d'Adjiji est persuadé que Dieu, qu'ils appellent Niaka, est très méchant et que le diable, qu'ils nomment Puku, est bon. Ils suivent les règles morales édictées par les prophètes de Puku, qui les exhortent à renoncer à Niaka. Cela ne change finalement pas grand-chose." (p.226)

   
   Un roman dont on ne peut pas dire qu'il sera celui de l'année, mais qui ne laisse pas indifférent, ce qui n'est déjà pas si mal lorsque l'on songe à ceux que l'on lit tout au long de l'année, aussi vite oubliés que finis. A lire pour se faire sa propre opinion.

critique par Yv




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