Lecture / Ecriture
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Monsieur Jadis ou l'école du soir de Antoine Blondin

Antoine Blondin
  Monsieur Jadis ou l'école du soir
  Un singe en Hiver
  L'Humeur vagabonde

Antoine Blondin est un écrivain français né en 1922 à Paris et mort en 1991.

Monsieur Jadis ou l'école du soir - Antoine Blondin

La vie parisienne
Note :

   J'ai une certaine tendresse pour Antoine Blondin, écrivain inspiré, grand adepte de la dive bouteille, chroniqueur sportif avisé et parfois aviné.
   Je ne pouvais donc passer à côté de cette œuvre qui sera donc en bonne place dans la série "Mes lectures... jadis " surtout que je me suis fortement inspiré du titre de ce livre pour l'appellation de ces chroniques. Je reconnais une certaine mélancolie à la lecture de cet ouvrage. Le Paris nocturne, à cette époque, devait offrir un cadre de toute beauté à certains vagabondages erratiques et alcoolisés.
   
   On pourrait, à lire ce livre et un peu rapidement penser, que Monsieur Jadis nous offre une visite guidée, sponsorisée par le ministère de l'Intérieur, de certains commissariats de police parisiens tant il semble être des lieux obligés de fins de nuits agitées et brumeuses.
   Des épisodes burlesques, en particulier, et là c'est un grand moment, une reconstitution grandeur soi-disant nature de la bataille d'Austerlitz dans un bistrot parisien au grand effarement d'un jeune couple de Norvégiens en voyage de noces... Souvenirs sûrement inoubliables! Une nuit dans un ministère mal fermé verra bien entendu une aube dans les locaux de la maréchaussée. Autre grand moment, l'auteur et un de ses amis, dans un état sûrement second, confondent la vitrine d'un antiquaire avec la terrasse d'un café et s'y installent... sûrement pour y boire une bouteille de vin millésimé.
   D'autres d'une grande gravité, car la mort est aussi évoquée, en particulier celle d'un jeune vagabond dans un poste de police parisien, et également celle de Roger Nimier. A l'occasion d'un match de rugby Angleterre-France, il connaîtra aussi les prisons londoniennes!
   
   Il va de soi que les personnages, connus ou inconnus, sont nombreux. Honneur aux dames, l'inénarrable Popo, femme de petite vertu, déjeunant de pastis pur accompagné d'un croissant, s'exprimant dans un français aussi précieux qu’obsolète puisé dans un dictionnaire Larousse du XIXème siècle en 17 volumes, cadeau de sa grand-mère Bucéphale. Peu habituée à la fréquentation des églises, et ignorant que les femmes ne devaient pas être tête nue, elle retira son soutien-gorge, pour s'en faire une coiffe qu'elle pensait bretonne... le résultat fut encore pire! Blanche, l'Auvergnate, figure de la nuit, propriétaire du "Bar-Bac" et de ce fait habituée de la viande saoule! Odile, la maîtresse mélomane, madame Jadis mère, adepte de l'accordéon, mais succombant à la musique des Beatles, allant au petit matin en chemise de nuit chercher son fils au commissariat.
   
   Les personnages connus, compagnons des heures de boissons et des heurts avec la maréchaussée, les écrivains, Jacques Vidalie, Silvagni, Marcel Aymé, Roger Nimier , qui un matin viendra payer les folies nocturnes de son ami au volant de son Aston-Martin (avec laquelle il sera victime d'un accident mortel) habillé en chauffeur de maître! L'artiste Dieulefils qui devait sculpter le buste du président Coty, Juliette Gréco chantant Queneau et Sartre, Boris Vian, Jean Dauger le rugbyman, participent à cette sorte de troisième mi-temps littéraire, hymne à la nuit parisienne. Étrangement le lyrisme est beaucoup moins présent dans les pages consacrées par exemple aux quelques jours passés en Espagne, ou alors à Londres. Bref une faune d'anonymes ou d'artistes bon vivant, pas toujours très recommandables, mais terriblement attachants.
   
   C'est merveilleusement écrit, plein de poésie, d'humanité et d'humilité. Et bien entendu d'humour, mais aussi d’auto-dérision, avec le constat amer que le temps passe. C'est toujours pour moi un grand moment de bonheur de me plonger dans la lecture de Blondin, je ne sais pas s'il est encore beaucoup lu, mais personnellement je le recommande vivement. Surtout qu'il existe dans la collection "Bouquins " des éditions Robert Laffont une compilation groupant neuf de ces romans ou essais.
   Jadis me semble très loin, et il est devenu maintenant.
   Une des citations qui commence ce livre est la suivante: "Ma vie est un roman " Tout-Un-Chacun.
   Peut-être, mais tout-un-chacun n'écrit pas obligatoirement aussi bien.
   
   
   Extraits:
   
   - Déjà le printemps agitait sur le quartier l'imminence bigarrée d'un crépuscule hippy.
   
   - J'étais serein, j'avais cent ans, ce qui ne m'empêchait pas d'être ébloui par les longues cuisses sous les jupes courtes.
   
   - Jadis, comme: autrefois?
   Exactement.
   
   - Elle s'appelait Blanche dans la nuit noire et sa silhouette noire ne tarda pas à recevoir l'hommage de toute nuit blanche. Certains ivrognes lui vouaient le culte qu'on réserve aux icônes.
   
   - Entre ce jeune homme délabré et cette vieille dame accoutrée de pilou, elle se sentait dans son élément.
   
   - Il revenait fréquemment à la nôtre où l'on procédait maintenant par bouteilles.
   
   - Il retrouva la jeune femme apaisée, détendue et pour tout dire, gironde: elle avait pris trois kilos de musique, harmonieusement répartis.
   
   - Je n'étais pas un émigré; à Paris, j'étais chez moi.
   
   - Cette soirée au Bar-Bac avait pourtant débutée par une lente traversée sur des vins blancs tranquilles.
   
   - Maintenant, qu'on me laisse entrer! Je suis une pècheresse, une pècheresse bretonne… Et je vais au Pardon pour demander pardon.
   
   - Durant cette période, j'occupais à demeure ma chambre de jeune homme; elle devenait lentement, insidieusement, une chambre de vieil homme.
   
   - Sur Montmartre, la mamelle blafarde du Sacré-cœur appelait l’œil à l'horizon. J'avais une envie poignante de travailler.

critique par Eireann Yvon




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