Lecture / Ecriture
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Oblomov de Ivan Gontcharov

Ivan Gontcharov
  Oblomov
  A travers la Sibérie orientale

Oblomov - Ivan Gontcharov

Qu'est-ce que l'oblomovisme ?
Note :

   Ils ne sont pas nombreux les comportements nommés à partir de personnages de romans: le donquichottisme, le donjuanisme, le bovarysme, je ne vois que ça, en dehors de l'oblomovisme qui nous occupe aujourd'hui. Encore que cette dernière appellation soit dotée d'un statut spécial puis que c'est Gontcharov lui-même qui emploie le mot à propos de son héros Oblomov.
   
   L'oblomovisme, c'est un mélange de nonchalance, de paresse, de procrastination, de fatalisme, une sorte d'aquoibonisme en un mot, qui rend l'homme incapable d'entreprendre quoi que ce soit, fût-ce pour son bien. Oblomov vit à Pétersbourg. C'est un barine, un petit propriétaire terrien, qui mène une existence végétative dont rien ni personne ne parviendra à le tirer, ni les exhortations de ses amis, ni la menace de la ruine, ni l'amour. Avec Oblomov, Gontcharov n'est pas loin du "roman sur rien" rêvé par Flaubert: la scène du lever, qui ouvre le livre, s'étend sur deux cents pages, il faut dire que cette opération, pour un tel être, peut prendre une journée entière. Elle est ponctuée par une série de visites d'amis et par les disputes entre Oblomov et son valet, Zakhar, qui donnent une touche comique à cette ouverture. Puis vient l'histoire sentimentale, aboutissant à l'échec que l'on sait, puis la lente descente vers la mort. Ce pourrait être le roman d'un échec - et celui d'une société russe sclérosée, celle qui précède l'abolissement du servage - si Oblomov, outre un homme qui dort, était aussi un homme sans qualités. Mais son aboulie dissimule autre chose: une recherche obstinée du bonheur sans tapage, une fidélité à un rêve d'enfance fait de douceur et de nonchaloir, un refus de marcher avec son temps. Stolz, l'ami d'Oblomov qui est aussi tout son contraire, ne s'y trompera pas dans son hommage funèbre en célébrant "son cœur honnête et fidèle. Ce trésor qu'il a sauvegardé tout au long de sa vie. A chaque coup encaissé il tombait, se refroidissait, s'endormait, enfin, abattu et désenchanté, il a perdu les forces vitales, mais non son honnêteté et sa fidélité. Son cœur n'a pas émis une seule fausse note, il ne s'est pas couvert de boue. Aucun mensonge ne le séduira, rien ne lui fera suivre une fausse voie. Même si tout un océan d'ordures ondoyait autour de lui, même si le monde entier se gorgeait de poison et allait à l'envers, jamais Oblomov ne se prosternerait devant l'idole du mensonge. Son âme demeurera toujours aussi pure, limpide et honnête..."
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critique par P.Didion




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Dans le doute, attendons !
Note :

   "Oblomov" est un classique de la littérature russe, écrit par Ivan Gontcharov (1812-1891) en 1859.
   
   Le début de l’histoire :
   
   
Oblomov est un propriétaire terrien d’une trentaine d’années qui vit de ses rentes. Il loge dans un appartement à Saint-Pétersbourg avec quatre domestiques, dont le fidèle et négligent valet de chambre Zakhar. La principale occupation d’Oblomov consiste à rester allongé dans son lit et à rêvasser à de vagues projets d’embellissements de son domaine. Oblomov a pourtant deux problèmes urgents : son propriétaire veut récupérer son appartement et il doit donc déménager dans les plus brefs délais, et le staroste de son domaine (sorte de métayer) lui a écrit pour lui annoncer que ses rentes seraient fortement réduites parce que ses paysans s’étaient enfuis. Mais Oblomov, tracassé par ces deux importants soucis, préfère ne pas prendre de décision dans l’immédiat et aimerait simplement ne plus y penser du tout. Aux visiteurs qui viennent le voir chez lui, il essaye de soumettre ses tracas, mais n’obtient pas de conseil qui le satisfasse. Son ami, Stolz, le voyant sans occupation, sans volonté, et couché toute la journée sur son divan, décide de "le secouer" et de le remettre en activité. Mais Oblomov se laissera-t-il faire?
   
   Mon avis :
   

   Ce magnifique roman est d’abord le portrait d’un homme, Oblomov, qui est rétif à tout changement et qui est pratiquement incapable de prendre une décision. "Paresseux" est le mot le plus souvent employé dans le livre pour le décrire, mais on peut aussi être touché par sa sincérité désarmante et par sa faiblesse qui attire sur lui les profiteurs et les arnaqueurs de toutes sortes. On sent d’ailleurs que Gontcharov a une réelle sympathie, une profonde indulgence, pour son personnage, et il le présente également comme un homme sensible et débonnaire.
   
   J’ai aimé dans ce roman un sens de l’observation très aiguisé, beaucoup d’humour, la finesse de la psychologie, la manière vivante et très réaliste dont sont décrits les personnages car ils ne sont pas figés et évoluent vraiment avec naturel jusqu’au bout de l’histoire.
   
   Un très grand livre!
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critique par Etcetera




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L'aquoiboniste
Note :

   L’oblomovisme, néologisme symbolisant une attitude passive face aux événements. Dans la lignée de ce héros négatif, Bartleby, personnage du roman éponyme d’Hermann Melville revient en mémoire. Il fallait donc que l’été soit le moment de ces lectures ou relectures
   
   1812-1891. Né au printemps de l’invasion des troupes napoléoniennes, sur les bords de la Volga, d’un père négociant et d’une mère devenue veuve l’année de ses sept ans, Gontcharov acquit très tôt le goût des voyages et des livres grâce à son oncle, homme de grande culture. En 1831, il entre à l’université et fréquente Tourgueniev, Herzen, Lermontov, Bielinski. Nommé au ministère des Finances à Saint Petersbourg, il restera fonctionnaire toute sa vie. Trois romans vont marquer sa production littéraire Une histoire ordinaire 1848, Oblomov 1859, La falaise 1869 et un récit de voyage en deux volumes tiré de son tour du monde comme secrétaire de la mission confiée à la frégate Palladaen 1852.
   
   Commencé en 1849 sous le titre "Le songe d’Oblomov", inclus dans la version définitive, Ivan Gontcharov le reprendra après son voyage pour lui donner sa version définitive. Roman du renoncement, de l’immobilité, de la lâcheté, de la paresse, Oblomov est à l’image de cette Russie ancestrale, malade de l’âme.
   
   Quatre parties pour sortir notre héros de son apathie. Même son ami Stolz, homme actif, entreprenant, va échouer à le persuader de sortir de son lit pour un voyage, même Olga dont il tombe amoureux va échouer à l’engager dans la voie du mariage. Oblomov retourne à ses démons.
   
    A quoi bon lutter, s’agiter semble-t-il nous dire. Oblomov rêve d’un bonheur à l’image de ce coin de paradis perdu que fut l’enfance, à l’image de cette Russie ancestrale où rien ne change où chacun respecte l’ordre existant. C’est "Le rêve d’Oblomov", où rien ne vient ternir la quiétude de la vie.
    "Le cours de la vie était réglé une fois pour toutes et imposé par les parents qui tenaient cette leçon de leurs grands-parents…Rien ne leur manquait. La vie pour eux coulait, tel un fleuve paisible. Ils n’avaient qu’à demeurer assis sur la berge…"

critique par Michelle




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