Lecture / Ecriture
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Le Chinois de Henning Mankell

Henning Mankell
  Avant le gel (9)
  La muraille invisible (8)
  Les chiens de Riga (2)
  Meurtriers sans visage (1)
  Les morts de la saint-Jean (7)
  L'homme qui souriait (4)
  Le retour du professeur de danse
  La lionne blanche (3)
  Le guerrier solitaire (5)
  Tea-bag
  Le cerveau de Kennedy
  Les Chaussures italiennes
  L'homme inquiet (10)
  Le Chinois
  La cinquième femme (6)

Henning Mankell est né en Suède en 1943 d'un père juge et d'une mère... qui est partie très vite.
Il est le gendre d'Ingmar Bergman.
Il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique et adore l'Afrique.
Son héros récurrent Kurt Wallander, inspecteur au commissariat d'Ystad et flic dépressif, est mondialement connu.
Mankell écrit également des livres pour la jeunesse et des pièces de théâtre.

Il a reçu le Prix Nils Holgersson (qui récompense les meilleures œuvres littéraires destinées à la jeunesse) en 1991 , le Grand Prix de littérature policière ainsi que le Prix Mystère de la Critique Meilleur roman étrangers en 2000.

Le Chinois - Henning Mankell

Une enquête qui traîne…
Note :

   Wallander a quitté la police, mais Henning Mankell ne renonce pas pour autant au genre policier… Voici donc un autre roman policier dans la lignée du “Cerveau de Kennedy”, c’est à dire sans lien avec la série des “Wallander”, mais très instructif pour ce qui est de l’évolution de notre nouveau monde globalisé!
   
   Dans un petit village du nord de la Suède, tous les habitants (ou presque) sont sauvagement assassinés. Contrairement à la police qui soupçonne un déséquilibré mental, la juge Brigitta Roslin poursuit envers et contre tous une piste très différente, car elle a découvert que toutes les victimes ont un lien avec sa famille. Son enquête la mènera jusqu’en Chine, dans la sphère des nouveaux riches…
   
   Que tous ceux qui s’attendent à un thriller haletant s’abstiennent. L’intrigue devient assez rapidement transparente et traîne quelque peu en longueur. L’intérêt du roman réside beaucoup plus dans la description de cette Chine nouvelle à laquelle nous avons affaire aujourd’hui, ses problèmes, ses contradictions, son grand écart entre son idéologie politique et sa politique économique, ses magouilles africaines. Mankell est bien informé, c’est indéniable, et il se sert de ce roman soit disant policier pour nous faire part de ses convictions politiques. Il crée nombre de personnages secondaires dont l’intérêt n’est guère fondamental pour l’enquête, mais qui baladent le lecteur de la Suède jusqu’en Chine en passant par le Nevada, le Zimbabwe, le Mozambique et Londres. Certes, on voit du pays, et ce n’est pas désagréable, mais l’intrigue criminelle se trouve noyée sous une tonne de leçons de géopolitique. Les accros du thriller resteront sur leur faim!
   ↓

critique par Alianna




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Un roman contrasté
Note :

   « Neige gelée, grand froid. Le cœur de l’hiver. » (p.11). En ces premiers jours de janvier 2006, un silence glacial s’est abattu sur Hesjövallen, un petit village suédois. C’est ce que va découvrir fortuitement un homme de passage qui photographie des villages fantômes et des hameaux en train de se dépeupler. L’objet de ses photographies résonne tragiquement – absurdement? – avec le drame qui s’est abattu sur le village: la plupart de ses habitants ont en effet été sauvagement assassinés. Le meurtrier a cependant laissé une épitaphe dans la neige: un ruban de soie rouge. Un fil ténu, dont va s’emparer Birgitta Roslin – juge suédoise – pour essayer de tricoter une vérité. C’est vers une piste chinoise que ses pas la mènent…
   
   Contrasté: c’est le mot qui me semble résumer ce livre et qui m’est apparu aux 2/3 de ma lecture. «Le Chinois» m’a semblé jouer sur les contrastes entre divers pays, divers continents, au niveau historique, culturel, mais aussi climatique. Henning Mankell transporte son lecteur d’une contrée à une autre: la Suède, tout d’abord, pays du froid et théâtre d’un massacre sans précédent: c’est ainsi que s’ouvre l’ouvrage. La Chine, ensuite. Puis les Etats-Unis avec le désert du Nevada. L’Afrique qui frappe les protagonistes par sa chaleur dense. Enfin, Londres et son quartier chinois: Chinatown. Contraste géographique, donc, mais Henning Mankell joue aussi avec le contraste des époques: la première partie est contemporaine et suédoise. La deuxième nous emmène vers la Chine du 19ème siècle. L’auteur nous conte l’histoire de 3 frères emmenés contre leur gré aux Etats-Unis pour participer à la construction de voies de chemin de fer dans le désert du Nevada. La narration m’a semblé changer du tout au tout, donnant l’impression d’un conte initiatique, au ton un peu naïf. Mais ce changement d’époque donne tout son sens à la suite. Contraste, enfin, au niveau des histoires qui s’entremêlent: le meurtre collectif du début, en Suède, l’histoire dramatique des 3 frères chinois qui deviennent esclaves aux Etats-Unis, l’histoire d’un homme puissant et dangereux dans la Chine actuelle. L’histoire d’une juge suédoise, Birgitta Roslin, fil conducteur de l’intrigue qui s’empare du seul indice laissé par le(s) meurtrier(s).
   
   Contrasté : ce mot s’applique aussi à mon avis sur ce policier nordique. J’ai beaucoup aimé la première partie suédoise où j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans des Mankell lus précédemment («La cinquième femme», «L’homme qui souriait», par exemple): le froid, le silence glacial qui inaugurent un drame, un suspens qui avance pas à pas, des indices ténus, la quête d’une vérité qu’on pressent mais qui file toujours entre les doigts, des personnages qui se cherchent, se questionnent, hésitent, doutent… La deuxième partie (Chine, puis Etats-Unis, 19ème siècle) m’a surprise au niveau du changement de style narratif: si l’histoire est captivante, le ton un peu naïf m’a déplu. Dans la troisième puis la quatrième partie, j’ai trouvé que certains passages étaient longs, notamment quand l’auteur raconte l’histoire de la Chine et sa politique actuelle: je n’aime pas trop, dans les romans, ce genre de considérations. Mais d’autres lecteurs peuvent aimer ces propos qui visent sans doute à ce que s’opèrent des prises de conscience. Dans la toute fin, le suspens revient, Birgitta Roslin est de nouveau le personnage central et se confronte au «Chinois». Dans l’épilogue, une boucle est bouclée: « L’automne approchait dans le Norrland. Lentement, on s’y préparait pour un long hiver» (p. 557)
   
   Un policier intéressant, bien écrit, qui m’a semblé cependant un peu inégal.
    ↓

critique par Seraphita




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Qui trop embrasse, mal étreint
Note :

   Dix-neuf personnes âgées ont été retrouvées mortes, sauvagement assassinées dans un petit village au nord de la Suède. L’équipe policière cherche encore à identifier les victimes, que Birgitta (juge de son état, la cinquantaine), vivant à Stockholm, se rend compte que le vieux couple Andrès, du nombre des victimes, furent les parents adoptifs de sa mère, à présent décédée.
   
   Par intérêt pour le village où sa mère a grandi, et la vie qui fut la sienne, dont elle est restée à presque tout ignorer, elle se rend sur les lieux, profitant de quelques jours de liberté dans son emploi du temps.
   Là-bas, elle furète dans la maison des Andrès, et y trouve un vieux journal intime, rédigé par un ancêtre de la famille, demeurant aux Etats-Unis. Un siècle et demi plus tôt, Il y était contremaître, et dirigeait des Noirs, des Indiens, et des Chinois, pour construire une voie ferrée.
   
   Sans le vouloir vraiment, Birgitta se met à enquêter, trouve une vraie piste, alors que la police piétine.
   
   Dans une seconde partie, le narrateur est un Chinois vivant au 19ème siècle dans d’épouvantables conditions, traité comme une bête. Après d'épouvantables tribulations, le voilà aux Etas Unis avec un de ses frères, sous la direction de James le contremaître du journal lu par Birgitta...
   
   Ce récit débute bien comme un roman policier, avec une brillante scène de crime, et les trouvailles de Birgitta, sont pleines de promesses.
   
   Ensuite, c’est davantage un roman historique, relaté par le menu. La vie du Chinois, en question, les mauvais traitements, le désir de vengeance, sa fréquentation de deux missionnaires qui lui sauvent la vie, l’instruisent, tout en le frustrant. Après ce très long intermède, pas inintéressant, mais où l’on délaisse l’aspect policier, l’enquête de Birgitta va reprendre, et le lecteur se réveiller d’une certaine somnolence. Mais là encore, le récit historique reprend vite ses droits : on nous détaille cent ans d’histoire de la Chine, avec pour héros, si l’on peut dire, des descendants du Chinois initial, et leurs querelles mortifères, au sein d’un régime corrompu. La fin tarde à venir. Elle n’est pas mal, mais il faut être patient. Le mobile des crimes n’apparaît pas clairement, la solution ne nous satisfait pas. Le récit historique est très documenté mais raconté de façon ennuyeuse à mon goût.
   
   Mankell n’aurait pas dû vouloir jongler entre Histoire et récit policier.
   Ni l’un ni l’autre n’ont ici à y gagner.

critique par Jehanne




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