Lecture / Ecriture
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Cet instant-là de Douglas Kennedy

Douglas Kennedy
  L'homme qui voulait vivre sa vie
  Une relation dangereuse
  Cul-de-sac
  La femme du Ve
  Les charmes discrets de la vie conjugale
  La poursuite du bonheur
  Les désarrois de Ned Allen
  Piège nuptial
  Quitter le monde
  Cet instant-là
  Cinq jours
  La symphonie du hasard T1

Douglas Kennedy est un écrivain américain né en 1955 à New York. Il a été régisseur de théâtre aux Etats Unis puis en Irlande. Il commence à écrire en 1978 et quitte son emploi pour s'y consacrer dès 1983. Néanmoins, il doit encore écrire pour des journaux pour assurer sa subsistance. Sa première pièce est jouée en 1986. C'est un four. Il commence à être publié en 1988 et connaît le succès très rapidement.

Cet instant-là - Douglas Kennedy

Ich bin ein Berliner
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   «J’ai reçu les papiers du divorce ce matin. J’ai connu de meilleures façons de commencer la journée. Même si je m’y attendais, les tenir entre mes mains a été incontestablement un choc: leur arrivée annonçait le début de la fin.» 
   
   Ainsi débute le nouveau roman de Douglas Kennedy qui vient de sortir...
   Le narrateur, Thomas Nesbitt, un écrivain new-yorkais, la cinquantaine, hérite de son père et achète aussitôt un cottage rustique, en pleine campagne, loin de tout et surtout de sa femme et de sa fille. C’est là qu’il reçoit un manuscrit venu d’Allemagne, dont l’expéditeur n’est autre que le fils de Petra, son grand amour berlinois.
   
   Flash Back: Tout lui revient de son arrivée à Berlin et de son amour pour une jeune allemande de l’Est réfugiée à l’Ouest, en pleine guerre froide. Avec elle, il vit un amour fou. Elle lui raconte sa vie, douloureuse: son fils a été placé dans une famille de l’est et elle subit le chantage de la Stasi, la police communiste.
   
   Bientôt l’histoire d’amour se transforme en récit d’espionnage et Thomas, l’Américain, doit faire un choix qui engagera sa vie entière. Le manuscrit reçu 25 ans plus tard lui apporte bien des explications quant à la conduite de la jeune femme. La vérité est bouleversante. 
   
   «Mon éditrice a trouvé mon portrait du Berlin moderne "très Isherwoodien" avec ses couleurs tapageuses et ses zones d’ombres pesantes… mais elle a aussi noté une "certaine distance émotionnelle", un "curieux détachement" dans mon évocation, se demandant à voix haute si je ne pouvais pas y ajouter un peu plus d’âme.
   - C’est Berlin, ai-je expliqué, et Berlin est avant tout une ville d’apparences et de décadence de surface.» 
   
   
   "Reconstitution historique, roman philosophique, roman d’espionnage mais surtout histoire d’amour tragique, dans la lignée de «La Poursuite du bonheur», une œuvre ambitieuse située principalement dans le Berlin d’avant la chute du Mur, entre l’effervescence de l’Ouest et l’enfermement de l’Est soumis à la terreur."
dit l'éditeur.
   
   J'ai aimé l'évocation de la ville divisée et de son mur aussi présent qu'un personnage maléfique et menaçant, aimé aussi l'intensité de l'amour que tend à étouffer le tragique des situations passées. La passion est là, belle et intense, comme il se doit, mais le manque de liberté aussi qui s'insinue et se faufile entre eux comme un serpent. La ville devient prison, danger, trahison. L'espoir vient de la fuite vers l'Ouest si maudit jusque là mais y arriveront-ils? Je me suis sentie parfois bien seule au milieu du roman quand des pages entières de dialogues me laissaient complètement indifférente mais dans l’ensemble c’est un récit auquel j’ai fini par m’attacher.
   
   
   Titre original : The Moment
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critique par Mango




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Berlin, à la naissance du mur
Note :

   C’est Berlin qu’a choisi cette fois-ci Douglas Kennedy pour cadre de "Cet instant là". Pas n’importe quel Berlin puisqu’il s’agit du Berlin avec un mur tout frais, cette horrible balafre, qui a chamboulé bien des destins.
   
   Destins ? Il s’agit de ceux de Thomas Nesbitt et de Petra Dussman.
   
   Thomas Nesbitt, jeune américain, qui se lance dans l’écriture et plus précisément dans des récits de voyage, a obtenu une avance pour venir vivre à Berlin, le temps de concocter un nouvel ouvrage.
   Petra Dussman, jeune allemande née du mauvais côté du mur, à l’Est, vient de se faire expulser à l’Ouest, toujours à Berlin. Mariée à la mauvaise personne, aux fréquentations politiquement incorrecte…
   
   Les deux vont se rencontrer et vivre un coup de foudre... comme ça arrive effectivement parfois. Là c’est le côté gold de l’histoire. Mais... il y a un revers de médaille... un côté noir. Et même très noir.
   
   Qui va resurgir bien longtemps après quand Thomas Nesbitt, écrivain finissant terré dans le Maine (Etats-Unis), vivant une histoire qui se termine avec sa femme maintenant que leur fille est devenue adulte, reçoit un paquet en provenance d’Allemagne. Et plus précisément de Berlin...
   Vous croyez comme ça parfois avoir conjuré le sort, vous être mis à l’abri et...
   
   C’est bien fait. Bien imaginé et bien écrit. Amours tragiques mais crédibles. Vous passez de l’euphorie totale au désespoir le plus total. A réserver à ceux qui sont sensibles aux histoires d’amour.
   
   "Puis il a levé la barrière et j'ai fait mes premiers pas en république démocratique allemande.
   Quelle preuve de fidélité inébranlable un Volkspolizei devait-il donner pour être posté ici? me suis-je demandé.
   Quel type de chantage politique était exercé sur les hommes chargés de surveiller un point aussi sensible? Leur faisait-on savoir que leur famille serait sévèrement punie s'ils osaient jamais passer de l'autre côté? Quel genre de complicité tacite pouvait unir ces éléments des forces de l'ordre triés sur le volet? Et qu'en pensaient-ils en secret, ces représentants d'un régime totalitaire, lorsqu'ils voyaient les occidentaux aller et venir librement à travers la frontière idéologique la plus contraignante du monde? N'étaient-ils pas encore plus captifs que leur concitoyens, ces geôliers, parce que leur travail quotidien les exposaient à un tout autre univers où les gens jouissaient d'une liberté assez incroyable, dont celle de se déplacer à leur guise? Ou bien constituaient-ils la dernière phalange des purs et durs, tellement endoctrinés qu'ils ne voyaient dans l'Ouest, qu'une impitoyable machine capitaliste emprisonnant les individus dans un cercle vicieux destructeur, celui du consumérisme et de l'appauvrissement permanent?"

critique par Tistou




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