Lecture / Ecriture
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Grenouilles de Mo Yan

Mo Yan
  La carte au trésor
  Beaux seins, belles fesses
  Le maître a de plus en plus d’humour
  Le radis de cristal
  La mélopée de l'ail paradisiaque
  La dure loi du karma
  Le chantier
  Grenouilles
  Le veau, suivi de Le coureur de fond

Mo Yan est né en 1956 dans une famille de paysans pauvres. A l’époque, il s’appelait Guan Moye. De cette enfance lui sont restées la connaissance des conditions de vie dans les campagnes chinoises et une foule de récits et d’anecdotes, vus, vécus ou entendus.

Après être entré dans l’armée populaire de libération, Guan Moye a commencé à écrire en 81 et s’est choisi le pseudonyme de Yan Mo qui signifie «ne pas parler». Il dit qu’il l’a choisi pour ne pas oublier que la prudence veut qu’on n’en dise pas trop (surtout sous certains régimes).

Cette prudence, nécessaire d’ailleurs, n’a pas empêché Mo Yan de fort bien exprimer ce qu’il voulait exprimer. Il a produit environ quatre-vingts romans et nouvelles.

Actuellement retraité de l’armée, traduit en plusieurs langues, Mo Yan est internationalement reconnu.

Mo Yan a obtenu le Prix Nobel de Littérature en 2012 pour être celui «qui avec un réalisme hallucinatoire unit conte, histoire et le contemporain»


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Grenouilles - Mo Yan

Une page rouge de l’histoire chinoise
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Si vous voulez être dépaysé vous allez l’être car l’histoire que Mo Yan nous présente ici, dans le cadre (Chine rurale) et à l’époque (Révolution culturelle puis politique de l’enfant unique) qui sont les siens est vraiment tout à fait étrangère à nos modes de vie et de pensée et il m’a semblé qu’il était bien difficile de comprendre vraiment comment les choses pouvaient se passer comme l’auteur nous le raconte.
   
   D’abord il y a ce ton : la blague n’est jamais loin du drame au point que j’avais du mal à m’y retrouver. Mo Yan raconte des choses atroces (scènes d’autocritiques, avortements forcés etc.) sur un ton assez léger ma foi et sans condamnation de quiconque. On dirait qu’il ne réalise pas ce qu’il dit. Il nous raconte comment par exemple une telle, enceinte malgré l’interdiction, est morte en essayant d’échapper à un avortement forcé, ou telle autre en accouchant en pleine fuite parce que le bébé n’était pas autorisé. Et le poursuivant dans ces affaires… c’est sa tante (je ne dirai pas "bien aimée", mais presque) qui est le personnage principal du livre, et dont il a entrepris de nous raconter la vie. Pour finir en apothéose, le narrateur, si proche de l’auteur, qui a perdu sa femme (avortée de force mais il n’en veut pas à sa tante pour cela), termine l’histoire en racontant comment il a réalisé un trafic de bébé avec vol du nourrisson arraché à sa mère, une pauvresse… exploit qui m’a laissée sans voix.
   
   C’est pourquoi je ne sais plus trop quoi vous dire de ce livre. Autant il est intéressant au niveau historique et m’a permis de mieux connaître les pratiques de cette période pas lointaine du tout, autant je dois avouer que je ne suis jamais parvenue à bien comprendre la psychologie des personnages. Le rire et les drames les plus cruels sont trop mêlés pour moi. La férocité des haines et des coups se mélange trop à une cohabitation d’apparence neutre. La lâcheté est trop mêlée au courage pour que je saisisse comment des choses pareilles pouvaient se faire. Il y a des acceptations qui me semblent impossibles tout autant que des refus totaux que je n’aurais pas attendus, et des trahisons tout à fait imprévues (et dramatiques). Bref l’esprit asiatique semble m’échapper gravement.
   
   Mais ce roman a néanmoins le mérite de dire les choses, crument peut-être, comme elles étaient et comme elles ont été vécues par des millions de Chinois. Ce parti pris de ne rien juger semble très répandu et une chose est sûre, c’est que tout a l’air vrai. Mo Yan nous pose le problème de l’enfant unique drame humain et nécessité nationale tel que le pays l’a pris en pleine face et sa tante, accoucheuse, obstétricienne au service du Parti, plus Garde Rouge que Mao lui-même, dans une Chine qui traverse encore (1960) des famines catastrophiques, était bien placée pour sentir le souffle de la déflagration. Ca, je ne le discute pas.
   
    «La loyauté de la tante à la cause pour laquelle elle œuvrait avait déjà atteint le stade de la folie.» Largement! Mais c’est l’époque qui était folle.
   
   
   Pour le titre : Grenouilles et bébé sont homophones en chinois (eh oui, je l’apprends, comme vous), la tante a la phobie des grenouilles, le narrateur (écrivain, être faible et dénué de volonté mais pas d’ambition) s’appelle Têtard et le mot têtards désigne également (mais là ce n’est pas très étonnant) les spermatozoïdes.
   
    « Si personne n’avait fait cela, que serait la Chine d’aujourd’hui, il est vraiment bien difficile de le dire. »
   Mais aussi, comment peut-on se remettre de cela? aurais-je tendance à demander.

critique par Sibylline




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