Lecture / Ecriture
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Zona frigida de Anne B. Ragde

Anne B. Ragde
  La terre des mensonges
  La Ferme des Neshov
  L'héritage impossible
  Zona frigida
  Je ferai de toi un homme heureux
  Sa Majesté Maman

Anne Birkefeldt Ragde est une écrivaine norvégienne née en 1957.

Zona frigida - Anne B. Ragde

Blanc comme neige ?
Note :

   Le moins que l'on puisse dire est que je suis loin d'être un grand lecteur d'auteurs norvégiens, ni scandinaves non plus! Un seul, il me semble, figure dans mes fiches! Cette romancière qui est très connue a été couronnée du prix Riksmål. Sa «Trilogie de Neshov»a été traduite en une quinzaine de langues.
   
   Une femelle phoque voit une forme jetée d'un bateau et couler... cela ne la trouble pas plus que ça!
   
   Bea décide de partir en croisière dans le grand nord au fin fond du Spitzberg, un endroit nommé «Svalbard» (dite Zona frigida). Quelle idée farfelue semble lui dire ses amies ou ex-amants! Sur le ton de la plaisanterie, elle rétorque que les taxes sur l'alcool étant très basses, elle pourra boire tout son saoul!
   Par de petites phrases, on devine qu'elle a, bien sûr, un autre but, moins avouable celui là! Et là on se doute bien que ce n'est pas une version nordique de «La croisière s'amuse»!
   
   Les personnages se mettent en place, onze passagers et neuf membres d'équipage... La première étape est Barentsburg où vit d'une manière misérable une forte communauté russe. Puis en route vers Ny-Ålesund, les passagers regardent un film le soir, Bea visite le bateau en compagnie de Georg, un des membres de l'équipage. Un incident assez vif à propos d'un phoque tué oppose celui-ci à Dana, une italienne. Deux conceptions de la vie qui s'affrontent, la citadine et l'homme habitué à vivre dans une nature hostile. Car la faune est partout présente, surtout un nombre très important d'ours relativement dangereux car affamés. Les passagers vont prendre position pour l'un ou pour l'autre des deux camps et l'ambiance du voyage s'en trouve changée. Et la barrière de la langue n'arrange pas forcément les choses. Suite à un incident qui aurait pu avoir des conséquences tragiques, Bea obtient des autres passagers que, quoiqu'il puisse arriver, même la mort d'un des occupants du bateau, le voyage aille à son terme.
   
   Et la croisière continue, la mort est présente, le bateau croise un ours blessé, les autorités refusent à l'équipage la permission de l'abattre, il mourra noyé... Dans le huis-clos du bateau, des relations amoureuses se nouent et très vite; tout se sait et certaines personnes sortent de la mauvaise porte...
   Bref.....la croisière ne va pas tarder à prendre l'eau...
   
   Bea, dessinatrice et caricaturiste, semble être d'ailleurs sa propre caricature! L'auteur n'en fait pas un personnage attachant. Elle semble être une femme libérée, mais prisonnière d'elle même et de ses démons qu'elle noie dans des flots d'alcool... Quel est son mystère? Les membres d'équipage, dont Georg, sont là pour leur travail, ils connaissent la nature peu clémente et bien évidement sont plutôt rudes dans leurs manières. Les passagers, les inévitables touristes, deux français et trois japonais dont la femme est une star dans son pays, et les autres, son manager et son avocat! Mais au fin fond de la Norvège, personne ne la connaît! Elle peut tranquillement regarder un renne. Un certain mystère entoure les relations entre Frikk, le jeune garçon et Turid, femme âgée qui l'accompagne. Oscar un américain d'un certain âge est aussi du voyage... chacun a ses raisons.
   
   L'ambiguïté du titre est renforcée par certaines remarques de Bea envers elle-même et ses relations amoureuses! Un roman qui commence très lentement, d'une manière relativement classique. L'ambiance de ce livre est très particulière avec le grand nord en toile de fond et le dépaysement est garanti avec aussi un regard particulier sur la faune locale, très instructif.
   
   
   Extraits :
   
   - Pour être tout à fait honnête, je suis parti au Spitzberg pour picoler.
   
   - Une bonne rasade d'alcool hors taxes me procure toujours le bagout nécessaire pour être tout à fait moi-même.
   
   - Je partais dans le Grand Nord. En bateau. Pour réaliser des choses importantes.
   
   - La caricature, c'est l'art de se foutre des gens avec tendresse. Exagérer ce qui est révélateur et laisser de côté ce qui est banal.
   
   - On peut avoir envie et être frigide quand même.
   
   - C'est à ce moment-là qu'il faut beaucoup d'alcool pour se sentir bien à nouveau.
   
   - Être amoureuse, je déteste ça. On est à la merci de ses hormones.
   
   - Je ne me sentirai mieux qu'après ce voyage, après l'accomplissement de mon plan.
   
   - Sauf que ce n'est pas une vie d'avoir un partenaire qui vous plaît surtout quand il dort.
   
   - Je n'étais pas préparée au spectacle qui m'attendait: les maisons accrochées au flanc de la colline, les gens, la saleté. Drôle d'ambiance.
   
   - Jamais il ne pourrait raconter que des mains l'ont poussée par-dessus bord...
   
   - … mais j'avais réussi à détourner son invite sexuelle en lançant une discussion enflammée sur la pêche islandaise dans les zones protégées.
   
   - Mais malgré mes précautions, je n'avais pas bu assez vite pour obtenir l'effet souhaité. La fatigue avait raison de moi. J'aurai dû carburer au gin pur!
   
   - C'est grave, Bea. Ne lui raconte pas ta vie uniquement parce que tu bois trop et que tu trouves agréable de dormir sur son bras...
   
   - Bien sûr je lui raconterai plus tard. Tout. C'est à dire rien.
   
   

   Titre original : Zona frigida. (2005)

critique par Eireann Yvon




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