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Qu'il était beau mon Meccano - 21 Leçons de choses de Jacques Gaillard

Jacques Gaillard
  Qu'il était beau mon Meccano - 21 Leçons de choses

Qu'il était beau mon Meccano - 21 Leçons de choses - Jacques Gaillard

Les choses de la vie!
Note :

   Quelques chroniques de la vie ordinaire, de ces choses que l'on a côtoyées sans s'en rendre compte, il y a quelque temps. Objets familiers balayés par le progrès, oubliés dans un coin de la mémoire. Une phrase résume à elle seule ce sentiment, les choses ont évolué, mais la pensée également et pas forcément en bien, le politiquement correct envahit notre vie et personnellement m’exaspère: Prenez un film des années 1990, comptez les cigarettes fumées, évaluez l'alcoolémie des héros, examinez les téléviseurs, observez la circulation dans les rues. Vous serez édifiés.  Jacques Tati fumait la pipe, Maigret également, Lucky Luck la cigarette... à l'époque cela ne valait pas une censure draconienne, le ridicule ne tue plus heureusement! Après ces pensées ô combien vaines, lançons nous dans un inventaire à la Gaillard...
   
   L'anti-monte-lait (qui n'a rien à voir avec l'allaitement) est un ustensile bien oublié aujourd'hui, d'ailleurs il n’empêchait pas le liquide bouillant de déborder, mais faisait uniquement un clapotis sonore... après c'était une course de vitesse entre le lait et la personne chargée de retirer la casserole du feu! Pas toujours gagné, hélas.
   Le berlingot «Dop» qui empressons-nous de le signaler, à l'opposé de celui de Carpentras (par exemple, où j'ai vécu plus de dix ans) ne se suce pas, et contrairement à ce que son nom laisse entendre ne fait pas gravir le Ventoux en vélo plus facilement... Certains sportifs de haut niveau en ont-ils abusé ? Peut-être. Les images du chocolat !!!! Ah que de souvenirs! Il me semble que ma mère achetait la marque «Cémoi» et nous collectionnions religieusement ces images qui heureusement n'étaient pas pieuses! Le Mécano des Noël d'avant les sociétés de consommations à outrance... Le papier buvard aussi a disparu le jours où les encriers et plumes Sergent-Major furent relégués au musée des arts périmés! Et ayons une pensée émue pour «L'Isetta», la voiture du pauvre et pauvre voiture... délire d'un styliste yaourtophile en mal de créativité! Une invention qui a bouleversé notre jeunesse, le transistor! «Signé Furax» «La famille Duraton» on avait l'impression d'avoir des cousins inconnus dans une boîte parlante! «La petite Calor», machine à laver des jeunes célibataires ou autres qui débutaient dans la vie...les slips kangourous pour les débutants et autres... le moulin à café mécanique: bel objet; électrique plus performant, mais moins esthétique. Se souvenir de la maison ultra-moderne, mais cauchemardesque créée par Jacques Tati dans «Mon Oncle» en 1960! Le «Teppaz» et la «Mobylette» et la liberté de notre jeunesse, c'est loin tout cela...
   
   Prenons le temps de lire «Post-scriptum- : signes des temps», car le temps aussi se modernise, enfin les moyens que nous avons de le lire, mais est-ce un bien? Car parfois je trouve qu'il passe trop vite et chose étrange j'ai l'impression que suivant les moments, il passe plus rapidement qu'à d'autres. Quelques personnages de l'époque, acteurs de cinéma comme Fernandel, d'autre vedettes de la télé naissante, Rintintin, les «Idoles des jeunes» du moment, mais aussi les horlogers loupe oculaire vissée à l’œil, un des nombreux artisans qui peuplaient tous les quartiers populaires.
   Moments de la scolarité, la cuti-réaction ou les oreillons, les cataplasmes à la moutarde et les ventouses, soupes et bouillons de légumes en prime une semaine au lit... Elle était belle la vie! On était maigre, avec des slips (kangourou, off course) trop grands, mais on survivait à tout ce qui traînait, il n' y avait pas encore beaucoup de télévisions et uniquement en noir et blanc pour les privilégiés. Le téléphone était un luxe et surtout un outil de travail, bref peu de moyens de communication et de locomotion, mais on parlait, on rencontrait ses copains, un ballon de football suffisait à notre bonheur. Le bois de Vincennes était fréquentable pour des garçons d'une douzaine d'années.
   
   Un bon moment de lecture, de celle qui font plaisir et sourire au détour d'une page, qui réveille des souvenirs et permet de retrouver des bons moments de notre vie d'enfant. Même si à cette époque ce n'était pas toujours des moments heureux, mais la mémoire est ainsi faite, elle est sélective et ne conserve que les bons moments.
   Un des plus beaux détournements du sens d'une phrase avec cet exemple dans ce livre :
    « Elle a soixante ans la Nénette », de son vrai nom « véritable lustreuse imprégnée », expression fascinante qui fait penser à une fille facile tombée dans l'éthylisme.
   
   C'est l'heure de redescendre de mon nuage... l'eau a coulé sous le pont... pour nous qui somme passés du Sergent-Major au Sergent Peppers, de l'écriture sage avec pleins et déliés à une musique psychédélique. Beaucoup de sergents, ce qui pour une génération d’antimilitaristes était un comble.
   
   
   Extraits :
   
   - Puisse notre modeste bazar en paraître une pieuse succursale.
   
   - Avec le berlingot Dop, on souffre, mais on a le parfum du progrès: il ouvre l'ère du shampoing démocratique et triomphant.
   
   - On n'en est pas sorti, parce qu'on le vaut bien.
   
   - Un monde sans télévision, quoi.
   
   - Fabriquer. Le mot a perdu de sa grandeur.
   
   - De toute façon, l'encre de l'Histoire n'avait, déjà, plus le temps de sécher.
   
   - Pensons-y : les lendemains qui chantent commencent par des nuits où l'on n'a pas froid aux pieds.
   
   - Cela prouve d'une part que l'homme n'est pas un kangourou, mais aussi que le kangourou n'a pas ses couilles dans sa poche.
   
   - On ne jetait pas. Le ressemelage des souliers était moralement prescrit. On reprisait les chaussettes avec un œuf en bois.
   
   - Exit donc, du coup, la lavandière bretonne et son battoir, dévolue à promouvoir des machines à laver en branlant de la coiffe.
   
   - Mais à Sciences-Po comme à l'Élysée, avoir la mémoire courte n'est pas un inconvénient rédhibitoire.

critique par Eireann Yvon




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